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Freeze Corleone. Photo : capture d'écran : Le Figaro

Freeze Corleone condamné pour apologie du terrorisme : 15 mois avec sursis et 50 000 euros d’amende

Le rappeur Freeze Corleone a été condamné lundi à Nice à 15 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour apologie du terrorisme. La chanson incriminée, “Haaland”, contient des paroles suggérant une référence à l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, sans jamais la nommer explicitement. Le rappeur, absent du procès, va faire appel.

Le titre «Haaland », duo entre Freeze Corleone et le rappeur allemand Luciano, est au coeur de l’affaire. Dans ce morceau, le rappeur, dont le vrai nom est Issa Lorenzo Diakhaté, semble s’identifier à l’auteur de l’attentat du 14 juillet 2016, qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés sur la Promenade des Anglais à Nice. Extrait dans haaland : « J’arrive dans le rap à fond comme un camion qui bombarde sur la… ». La référence ne passe jamais par le nom de l’avenue ou de l’attentat, mais s’appuie sur des rimes et un silence laissé en suspend après une phrase interrompue. C’est ce mécanisme implicite que le tribunal correctionnel de Nice a jugé constitutif d’une apologie de l’acte terroriste, au-delà de la simple provocation artistique.

Un débat sur les limites de la liberté d’expression artistique

Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, avait requis 18 mois de prison avec sursis, reconnaissant que « l’art peut et doit nous bousculer », mais qualifiant le fond idéologique de Freeze Corleone de « nauséabond » et son attitude de « Dieudonné du rap français ». La condamnation à 15 mois avec sursis, légèrement inférieure aux réquisitions, traduit la volonté du tribunal de sanctionner fermement tout en évitant l’incarcération. L’avocat du rappeur, Me Adrien Chartron, a vivement contesté la décision, estimant qu’elle « relève plus de l’autoritaire, du discrétionnaire que du droit », puisqu’elle porte sur des mots qui n’ont pas été prononcés.

L’absence du rappeur, un signal fort

Tout au long de la procédure, Freeze Corleone a choisi le silence. Absent lors de l’enquête, il n’est venu ni au procès ni au délibéré. Cette posture, délibérément provocatrice ou simplement distante, a été amèrement dénoncée par les victimes de l’attentat et les associations qui s’étaient portées parties civiles. Elles reprochaient au rappeur d’instrumentaliser leur souffrance à des fins commerciales, en faisant de la référence à la tragédie un ressort d’image. Le tribunal a retenu cet argument, condamnant également Freeze Corleone à verser 2 800 euros de dommages et intérêts à chacune des parties civiles et à une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes pendant trois ans.

La liberté d’expression face aux limites pénales

Ce jugement relance le débat récurrent en France sur les frontières entre liberté d’expression artistique et incitation à la haine ou au terrorisme. Si le rap, comme d’autres formes d’expression populaire, a toujours repoussé les limites du dicible, certaines formulations se heurtent à des barrières légales que les tribunaux sont chargés de définir au cas par cas. Cela intervient également à un moment où plusieurs défenseurs des libertés soulignent un recul notable de la liberté d’expression. La condamnation de Freeze Corleone – qui va faire appel selon son avocat – sera scrutée de près par la scène rap française, dont plusieurs artistes ont déjà été confrontés à des poursuites similaires.

L’affaire Freeze Corleone illustre la tension permanente entre protection des victimes du terrorisme et liberté d’expression artistique. L’appel annoncé pourrait amener la cour à préciser les contours juridiques de l’apologie par allusion, une question qui dépasse largement le seul cas du rappeur.

Source : Konbini

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