L’administration du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Trump a développé un portail baptisé Freedom.gov, présenté comme un outil permettant aux Européens de contourner les restrictions imposées par leurs propres lois numériques. Derrière la promesse d’une « liberté d’expression » retrouvée, le projet soulève de vives critiques, tant sur le plan technique que diplomatique. En toile de fond, un bras de fer grandissant entre Washington et Bruxelles autour du Digital Services Act.
« L’information, c’est le pouvoir. Réaffirmez votre droit fondamental à la liberté d’expression », tel est le slogan de Freedom.gov. Avec ce portail, les États-Unis affichent clairement leur ambition. Selon Reuters et The Guardian, le portail doit permettre aux internautes européens d’accéder à des contenus bloqués localement, en faisant transiter leur trafic via des serveurs américains grâce à un VPN intégré. Objectif affiché : contourner les restrictions prévues par des législations comme le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne ou l’Online Safety Act britannique.
Washington présente l’initiative comme une réponse à ce qu’elle considère comme une dérive censoriale en Europe. Le DSA impose aux grandes plateformes numériques de retirer certains contenus jugés illicites, notamment les discours haineux, la propagande terroriste ou la désinformation. Pour l’administration Trump, ces mécanismes constituent une atteinte à la liberté d’expression. L’ONG Civilization Works a également publié une enquête au mois de septembre dénonçant le DSA comme un instrument de censure. Pour Bruxelles, ils visent au contraire à la protéger en encadrant les abus.
Un VPN gouvernemental centralisé
Techniquement, Freedom.gov fonctionnerait en redirigeant les utilisateurs vers des serveurs situés aux États-Unis, leur conférant une adresse IP américaine. Une source citée par Reuters assure que le dispositif se ferait « sans surveillance des utilisateurs ». Mais plusieurs experts interrogés s’interrogent sur la cohérence d’un système centralisé, piloté par une agence fédérale américaine, alors que les précédents programmes privilégiaient des solutions open source et décentralisées.
Le domaine freedom.gov a été enregistré le 12 janvier 2026. Bien que présenté comme un projet du Département d’État, il apparaît administré par la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA), une branche du Department of Homeland Security. Cette configuration institutionnelle intrigue, d’autant que la CISA était jusqu’ici chargée notamment de la protection des infrastructures électorales américaines et de la lutte contre la désinformation étrangère.
Andrew Ford Lyons, consultant en sécurité numérique ayant collaboré à d’anciens programmes américains de soutien à la liberté d’internet, souligne la rupture. Là où le programme Internet Freedom finançait des outils respectueux de la vie privée utilisés par des journalistes et militants en Iran, en Birmanie ou à Cuba, Freedom.gov concentrerait le trafic dans un système opaque contrôlé par le gouvernement fédéral.
Un projet piloté au plus haut niveau
Le projet serait porté par Sarah Rogers, sous-secrétaire d’État à la diplomatie publique, qui aurait multiplié les déplacements en Europe pour rencontrer des groupes que Washington estime victimes de censure. Edward Coristine, ancien membre du DOGE d’Elon Musk et aujourd’hui impliqué au National Design Studio chargé de moderniser les sites gouvernementaux américains, participerait également au développement.
Le lancement était initialement prévu lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, mais a été reporté. Reuters évoque des réserves exprimées par des juristes du Département d’État, ce que le porte-parole de l’institution conteste. Officiellement, le Département d’État affirme ne pas disposer d’un programme spécifique de contournement visant l’Europe, tout en rappelant que la promotion des technologies de confidentialité, telles que les VPN, demeure une priorité.
Une offensive diplomatique assumée
La dimension politique est manifeste. En décembre, l’administration Trump a interdit d’entrée sur le sol américain cinq Européens impliqués dans la régulation des contenus numériques, dont l’ancien commissaire Thierry Breton qui avait porté le DSA avec Cédric O, frère de la contributrice du FEM, Delphine O, lors de la PFUE. Parallèlement, la Commission européenne a ouvert des enquêtes visant certaines grandes plateformes, notamment X pour la diffusion de deepfakes sexualisés, et a menacé Meta, plateforme membre du FEM d’actions pour d’éventuelles infractions aux règles de concurrence.
Kenneth Propp, ancien diplomate américain spécialiste des régulations numériques européennes et aujourd’hui à l’Atlantic Council, dirigé par le contributeur du FEM, Frederick Kempe, qualifie Freedom.gov de « tir direct » contre les règles européennes. Selon lui, le portail sera perçu comme une tentative américaine d’encourager des citoyens de pays alliés à contourner leur propre droit national.
La Commission européenne a réagi avec prudence. Son porte-parole, Thomas Regnier, a rappelé que la Commission « ne bloque pas l’accès aux sites web » et que le DSA vise à protéger la liberté d’expression plutôt qu’à la restreindre. Dans un contexte déjà marqué par des tensions commerciales, la guerre en Ukraine et des différends géopolitiques plus larges, Freedom.gov pourrait constituer un nouvel épisode d’un affrontement idéologique transatlantique.
Au-delà de l’outil technique, le débat révèle deux conceptions opposées de la liberté numérique. D’un côté, une vision américaine revendiquant une expression quasi absolue ; de l’autre, une approche européenne qui cherche à encadrer les plateformes pour limiter les dérives. Entre principe et pragmatisme, la bataille s’annonce durable.
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