À Lyon, la marche prévue le 21 février en hommage au militant néofasciste Quentin Deranque cristallise les tensions. Derrière l’événement présenté comme une simple commémoration, son organisatrice, Aliette Espieux, apparaît étroitement liée aux milieux les plus radicaux de l’extrême droite lyonnaise. Son époux, Eliot Bertin, est un militant néonazi poursuivi pour des faits de violences, notamment après l’attaque d’une conférence sur la Palestine.
Depuis la mort de Quentin Deranque, l’extrême droite française affiche un front commun. À Lyon, une marche est annoncée pour le 21 février à 15 heures, avec l’ambition de rassembler plusieurs milliers de participants. Des figures politiques locales ont confirmé leur présence, parmi lesquelles Alexandre Dupalais et Thibaut Monnier. La perspective de ce défilé inquiète la municipalité. Le maire écologiste Grégory Doucet a évoqué la possibilité d’une interdiction, estimant qu’elle constituerait « la seule décision responsable » pour prévenir d’éventuels débordements.
Officiellement, l’événement se veut une marche de recueillement. La déclaration en préfecture a été déposée par Aliette Espieux, présentée comme proche de la famille du défunt. Militante issue des réseaux catholiques traditionalistes, elle est porte-parole de la Marche pour la Vie et a figuré sur une liste du Rassemblement national lors des municipales lyonnaises de 2020.
L’épouse d’Eliot Bertin, ancien leader du groupuscule Lyon populaire
Selon des révélations publiées par StreetPress, Aliette Espieux est l’épouse d’Eliot Bertin, ancien leader du groupuscule Lyon populaire. Leur mariage, célébré à l’été 2025 selon des informations relayées par une paroisse du Vaucluse, était connu dans les cercles militants lyonnais. Le couple s’est affiché publiquement lors d’événements militants, notamment autour de conférences portant sur l’« écologie intégrale », concept prisé par certains milieux catholiques identitaires.
Le parcours d’Eliot Bertin s’inscrit dans la frange la plus radicale de l’ultradroite. Entre 2018 et 2023, il aurait été impliqué dans au moins huit agressions. En novembre 2023, il participe, avec une quarantaine d’individus armés de bâtons, à l’attaque d’une conférence consacrée à la Palestine dans un local associatif lyonnais, faisant six blessés. Mis en examen pour « association de malfaiteurs », il est placé en détention provisoire durant l’hiver 2024 avant d’être remis en liberté en mai de la même année. À ce stade, aucune condamnation définitive n’a été prononcée dans ce dossier.
À l’été 2025, le gouvernement prononce la dissolution de Lyon populaire pour « apologie de la collaboration avec le nazisme » et provocation à la haine et à la violence envers les étrangers. Le réseau militant ne disparaît pas pour autant. Il se reconfigure autour d’Audace Lyon, structure au sein de laquelle Quentin Deranque était décrit comme « actif » selon des informations de Mediapart. Dans un message publié après la mort du militant, le groupe affirmait qu’il leur incombait de faire en sorte que leur « camarade ne soit pas mort en vain ».
Le parcours d’Eliot Bertin traverse plusieurs organisations emblématiques de l’ultradroite contemporaine. Il est passé par Génération identitaire, par le Parti nationaliste français fondé par Yvan Benedetti, ainsi que par le Bastion social. À Lyon, il a organisé des « forums » réunissant différentes chapelles néofascistes, contribuant à structurer un écosystème militant local particulièrement actif.
Interrogée par Franceinfo, Aliette Espieux a déclaré que l’hommage pourrait permettre à certains participants d’exprimer « leur colère et leur désir de justice », ajoutant que l’absence de réponse judiciaire pourrait faire évoluer cette colère vers la vengeance. Des propos qui, dans un contexte déjà inflammable, nourrissent les inquiétudes des autorités locales.
Sources :
StreetPress – 21 février 2026 – lien