De nouveaux documents issus des « Epstein Files » mettent en lumière un entrelacement d’échanges institutionnels, financiers et personnels autour de la préparation aux pandémies. Ils relient l’univers philanthropique de Bill Gates, des acteurs majeurs de la finance et de la santé mondiale, le Forum économique mondial et Jeffrey Epstein, dont le rôle apparaît, au fil des archives, comme celui d’un intermédiaire discret mais persistant.
Nous nous sommes déjà intéressé dans un autre article à des documents judiciaires issus des Epstein Files publiés aux États-Unis suivant les flux financiers et mettant en évidence les liens qui unissaient Jeffrey Epstein au contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bill Gates et à la Banque JP Morgan, membre du WEF. D’autres pièces, tout aussi éclairantes, suivent un autre fil conducteur : celui des invitations, des réunions et des convocations à huis clos. Là encore, les trajectoires convergent vers les mêmes cercles de pouvoir, mêlant philanthropie, institutions internationales et réseaux personnels.
Le 9 mars 2015, Amy K. Carter, directrice adjointe des subventions d’intérêt familial à la Fondation Bill & Melinda Gates, membre du FEM écrit à Terje Rød-Larsen, habitué de Danois et président de l’International Peace Institute, un think tank travaillant en collaboration avec les Nations unies sur les questions de multilatéralisme. Il est question d’une proposition de l’IPI visant à organiser « une convocation d’experts pour discuter de la manière dont nous pouvons aborder et prévenir les pandémies le plus efficacement possible ». La Fondation Gates décline le financement de cette initiative, tout en précisant que nombre des groupes mentionnés dans la proposition sont déjà « en discussions avec le personnel de la Fondation Gates sur la préparation et la réponse aux pandémies », en amont de l’Assemblée mondiale de la santé et du G7, où ces sujets sont présentés comme centraux.

Cette correspondance institutionnelle prend une autre dimension à la lumière du contexte relationnel. Terje Rød-Larsen est en effet l’un des invités du dîner organisé en septembre 2013 à la résidence new-yorkaise de Jeffrey Epstein, aux côtés de Bill Gates, de Melinda Gates et de Thorbjørn Jagland, alors secrétaire général du Conseil de l’Europe et habitué de la réunion annuelle du FEM. La proposition pandémique de l’IPI adressée à la Fondation Gates s’inscrit ainsi dans un environnement où les sphères institutionnelles et privées se recoupent.
Trois mois plus tard, le 2 juin 2015, Jeffrey Epstein transmet à Terje Rød-Larsen un article de Vox consacré à Bill Gates et à la préparation à une pandémie de grippe. Le message ne contient aucun commentaire, seulement le lien. Le contraste est notable : le canal institutionnel refuse le financement, tandis qu’un canal informel, via Epstein, maintient la circulation des signaux et des thématiques. Ce rôle d’intermédiaire, déjà observé dans d’autres échanges, apparaît ici de manière récurrente.

La proposition n’est pas restée théorique. En mai 2015, l’International Peace Institute organise à Genève une réunion à huis clos intitulée « Se préparer aux pandémies : leçons tirées pour des réponses plus efficaces ». L’agenda de cette convocation rassemble un niveau de pouvoir institutionnel rarement observé hors période de crise déclarée : la directrice général de l’Organisation mondiale de la santé, Margaret Chan, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, le président du Comité international de la Croix-Rouge, Peter Maurer, la président international de Médecins Sans Frontières, Joanne Liu, tous contributeurs de l’agenda 2030 du FEM, ainsi que de hauts responsables de l’ONU et de la santé mondiale. L’ordre du jour de cette réunion a circulé en amont par des canaux privés et diplomatiques, et il est explicitement référencé dans un courriel daté du 20 mars 2015 transmis par Jeffrey Epstein, soulignant le caractère planifié et coordonné de cette convergence.

Le cadrage même de la réunion est révélateur. L’accent n’est pas mis uniquement sur l’épidémiologie ou l’analyse a posteriori, mais sur des questions de gouvernance prospective : anticipation des pandémies, coordination des acteurs, exercice de l’autorité et mise en place, à l’avance, de mécanismes juridiques, institutionnels et financiers permettant une réponse rapide et centralisée.
Deux ans plus tard, en mai 2017, un fil de courriels impliquant Jeffrey Epstein, Bill Gates et le contributeur du FEM, Boris Nikolic revient sur la question des donor-advised funds. Epstein y présente ces véhicules comme un « contrepoids » à la baisse anticipée des financements publics de la recherche. La réponse de Boris Nikolic retient l’attention : il évoque ces fonds comme une voie pertinente pour « certains domaines clés tels que l’énergie, la pandémie, etc. ». La pandémie est ainsi traitée comme une catégorie durable de financement, comparable à un secteur stratégique, et non comme un événement ponctuel relevant uniquement de l’urgence.

Cette approche se retrouve dans un document de cadrage interne daté de mars 2017, intitulé « Livrables et cadrage bgc3 », relatif au bureau stratégique privé de Bill Gates. Parmi les domaines listés figurent la santé domestique, les infrastructures de données de santé, les neurotechnologies et, sans emphase particulière, des « recommandations de suivi et/ou spécifications techniques pour la simulation de pandémie de souche ». La simulation de pandémie y apparaît comme un livrable technique, au même titre que d’autres outils de planification stratégique. Ce courriel est transféré à Jeffrey Epstein, attestant de sa visibilité continue sur ces travaux jusqu’en 2017.
Un autre ensemble de documents apporte un éclairage différent, mais complémentaire. Il s’agit d’un fil de messages texte iMessage daté de janvier 2017, extrait du téléphone de Jeffrey Epstein. Dans cet échange, un associé non identifié décrit son parcours et ses options de carrière, se présentant comme médecin ayant travaillé avec l’ONU, l’OMS, la Fondation Gates et la Banque mondiale.
Il met en avant son expertise en « sécurité sanitaire publique », précisant avoir « récemment réalisé une simulation de pandémie », présentée comme un atout professionnel. La simulation est décrite comme une « plateforme » de carrière, un capital mobilisable pour accéder à des postes au sein de fonds, d’organisations internationales, d’entreprises pharmaceutiques ou d’acteurs de la réassurance.
Les options évoquées couvrent un spectre étendu : le fonds de capital-risque de Boris Nikolic, le bureau privé de Bill Gates, des équipes vaccinales du groupe pharmaceutique, Merck, membre du WEF, des projets de produits pandémiques chez des réassureurs comme Swiss Re, société d’assurance membre du WEF et d’autres structures liées au WEF comme la Fondation Rockefeller, la Banque mondiale, Goldman Sachs, Alibaba, Mastercard et TPG Capital. L’asssocié évoque même de « Rejoindre le Forum économique mondial en tant que conseiller scientifique en chef de Klaus Schwab ». Epstein intervient explicitement comme facilitateur, demandant la préparation d’un CV « pour sa soumission » et orientant les priorités vers Bill Gates.
La veille, le 21 janvier 2017, soit le lendemain de l’investiture du contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Donald J. Trump, Epstein avait envoyé un texto proposant de négocier des réunions privées entre Bill Gates, Steve Bannon, Peter Thiel ou Tom Barrack, proches de DJT.
Deux mois plus tard, un courriel interne intitulé « Livrables et cadrage bgc3 » détaille les travaux envisagés pour bgC3, le bureau stratégique privé de Bill Gates. Parmi plusieurs domaines techniques – santé domestique, infrastructures de données de santé, neurotechnologies et sciences du cerveau – figure explicitement la production de « recommandations de suivi et/ou spécifications techniques pour la simulation de pandémie de souche ». La simulation de pandémie y est traitée comme un livrable technique à part entière, intégré à un ensemble d’outils de planification stratégique proches des dispositifs de surveillance sanitaire et de défense, et non comme un simple exercice public ou académique. Ce courriel a été transféré à Jeffrey Epstein, attestant de sa visibilité continue sur ces travaux jusqu’en 2017.

Cette logique atteindra son paroxysme avec l’Event 201, exercice de simulation de pandémie mettant en scène un nouveau coronavirus organisé le 18 octobre 2019 par la Fondation Bill & Melinda Gates, le Forum économique mondial et le Johns Hopkins Center for Health Security, membre du WEF, soit six semaines avant l’émergence du Covid-19.
Une lettre d’accord datée du 8 août 2013 et adressée à William H. Gates témoigne encore des liens qui unissaient Gates à Epstein. Le document précise que Gates a « expressément demandé » que Jeffrey Epstein agisse « à titre personnel comme représentant » de Boris Nikolic dans le cadre de certaines discussions financières et logistiques. La lettre mentionne également l’existence d’une « relation collégiale préalable » entre Gates et Epstein, au cours de laquelle ce dernier avait déjà eu accès à des « informations confidentielles et ou propriétaires ». Enfin, le texte prévoit une renonciation explicite aux conflits d’intérêts ainsi qu’un dispositif d’indemnisation étendu au bénéfice d’Epstein.
Des registres de planification couvrant la période 2010-2014 font également apparaître une succession de rencontres privées, de dîners, de déplacements en jet privé et de rendez-vous tardifs témoignant qu’Epstein était non seulement proche de Bill Gates, mais qu’il était également liés à de nombreuses entités et personnalités liées au WEF. Il était capable de faciliter directement le placement de collaborateurs au sein du Forum économique mondial ou d’intervenir dans l’organisation de rendez-vous avec la future administration du contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Donald J. Trump.
Sources :
Documents judiciaires américains – Epstein Files, courriels et messages rendus publics – https://www.documentcloud.org