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Photo : @pxhere

Donneurs de sperme au Danemark : la sélection par QI relance un vif débat éthique

Au Danemark, certaines banques de sperme refusent désormais les donneurs dont le QI est inférieur à 85, affirmant vouloir garantir la qualité des dons. Cette politique, qui s’inscrit dans un cadre légal particulièrement permissif en matière de procréation médicalement assistée, soulève des interrogations éthiques, sociales et scientifiques.

Au royaume de la procréation assistée, le Danemark fait figure de pionnier depuis plusieurs décennies. Son système libéral, ouvert aussi bien aux couples qu’aux femmes célibataires, attire chaque année de nombreuses ressortissantes étrangères, dont un nombre significatif de Françaises. Dans ce paysage déjà très structuré, certaines banques de sperme ont récemment franchi un pas supplémentaire en introduisant une sélection basée sur le quotient intellectuel des donneurs. Concrètement, les hommes dont le QI est évalué en dessous de 85 ne sont plus retenus, une mesure officiellement destinée à garantir ce que les opérateurs considèrent comme la meilleure “qualité” possible pour les futurs enfants. Une forme de tri qui, pour les institutions concernées, n’aurait rien d’un projet élitiste, mais relèverait d’un devoir de vigilance envers les receveuses.

Cette pratique s’inscrit dans un cadre de sélection déjà exigeant. Outre les tests psychométriques, les candidats doivent présenter un casier judiciaire vierge et ne montrer aucune prédisposition à des maladies génétiques connues. Au-delà du discours commercial des banques, ce filtrage rigoureux répond aussi à une demande croissante des patientes, nombreuses à solliciter des informations détaillées sur le profil médical, social et parfois scolaire des donneurs. Dans un marché mondialisé où certaines cliniques se livrent à une concurrence féroce, la mise en avant d’un “QI minimum” est devenue pour certains acteurs un argument stratégique, même si l’approche divise jusque dans le monde médical.

L’introduction de ce critère fait surgir un vieux débat européen autour de la frontière ténue entre médecine reproductive et eugénisme. Pour les critiques, conditionner l’accès au don à une norme intellectuelle revient à suggérer qu’un QI élevé équivaudrait à un avantage génétique transmissible de manière déterministe, une idée largement discutée dans la littérature scientifique. Les promoteurs de la mesure balayent l’objection en rappelant que le QI n’est qu’un élément parmi d’autres, un indicateur statistique censé optimiser les chances de réussite sociale future de l’enfant, même si cette logique paraît pour le moins réductrice. Dans les couloirs des cliniques, certains professionnels admettent d’ailleurs à demi-mot que la demande d’un “donneur intelligent” provient autant du marché que de la science.

Le contexte danois nourrit encore davantage la controverse. Des recherches menées dans le pays ont en effet documenté une évolution historique du QI moyen chez les hommes, avec une progression notable entre les années 1940 et 1980, suivie d’un léger recul dans les décennies récentes. Ce phénomène, qui interroge les spécialistes du développement cognitif, ne peut être dissocié des facteurs socio-économiques, éducatifs ou environnementaux. Mais il nourrit un débat public plus vaste autour de ce que signifie, en 2025, sélectionner des donneurs sur des critères cognitifs dans une société attachée à l’égalité des chances. Certains observateurs évoquent une forme de glissement culturel, où les banques de sperme deviennent des vecteurs de projection sociale, presque des agences de casting génétique.

Si la législation danoise n’interdit pas ce type de sélection, elle en expose les paradoxes. Le pays qui se veut en pointe sur la liberté des femmes en matière de procréation se retrouve également à arbitrer entre libertés individuelles et tentation de contrôler les attributs des générations futures. Une tension à la fois technologique et philosophique, qui ne devrait pas s’atténuer à mesure que les outils de prédiction biologique gagnent en précision. Dans un monde où la médecine reproductive s’empare de marqueurs toujours plus fins, la question demeure : jusqu’où faut-il aller dans la sélection de ce que l’on transmet ?

Sources :

  • TF1 Info a publié des articles et vidéos sur cette pratique et ses implications éthiques.
  • Une vidéo et un reportage diffusés par LCI présentent le sujet en détail.
  • Des études et analyses scientifiques sur l’évolution du QI au Danemark, disponibles sur PMC et des bases académiques, apportent un contexte supplémentaire.

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