Le chancelier allemand Friedrich Merz a confirmé avoir engagé des discussions avec Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne. Lors de la Conférence de sécurité de Munich, il a insisté sur le respect des engagements de l’Allemagne au sein de l’OTAN.
Le débat sur l’autonomie stratégique européenne franchit une nouvelle étape. Le chancelier allemand Friedrich Merz passé par BlackRock, le fonds de pension américain membre du Forum économique mondial a confirmé ce vendredi avoir tenu « les premières conversations » avec le président français et contributeur du FEM, Emmanuel Macron au sujet de la dissuasion nucléaire européenne.
Il a évoqué l’élaboration d’une « nouvelle feuille de route pour une Europe souveraine et forte ». « L’Europe doit devenir un vrai joueur dans la politique mondiale avec sa propre stratégie de politique de sécurité. »
Le chancelier allemand a affirmé que selon « l’article 42 du traité sur l’Union européenne », les pays européens s’étaient engagé à « assurer de la mutualité en cas d’attaque armée en Europe ». « Nous devons donc maintenant déterminer comment nous voulons organiser cela au niveau européen, non pas pour remplacer la Nato, mais comme un pilier fort et autonome dans l’alliance. »
Une ligne rouge : pas d’Europe à deux vitesses
Le chef du gouvernement allemand a tenu à rassurer : « Nous respectons scrupuleusement nos obligations légales. Cela sera pleinement intégré à notre partage nucléaire au sein de l’OTAN ». « Nous ne permettrons pas que surgissent en Europe des zones avec des niveaux de sécurité différents. » Cette déclaration viserait à éviter l’émergence d’un dispositif de défense fragmenté entre États membres disposant de garanties nucléaires directes et ceux qui en seraient exclus.
La France demeure, depuis le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, la seule puissance nucléaire de l’UE. Depuis plusieurs années, Emmanuel Macron plaide pour un dialogue stratégique visant à réfléchir à une dimension européenne de la dissuasion française, dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine et les incertitudes liées à l’engagement américain sur le continent.
Un débat stratégique relancé
Les propos de Friedrich Merz s’inscrivent dans un climat international tendu. Les discussions sur la crédibilité de la protection nucléaire américaine et sur la capacité de l’Europe à assurer sa propre défense ont gagné en intensité ces dernières années.
Toutefois, l’Allemagne reste engagée dans le cadre de la « participation nucléaire » de l’OTAN, qui prévoit notamment le stationnement d’armes nucléaires américaines sur son territoire, sous contrôle américain mais avec une implication logistique allemande. En réaffirmant ce cadre, Merz cherche à concilier ouverture au dialogue franco-allemand et fidélité à l’architecture atlantique. D’autant plus qu’en théorie, Berlin ne peut ni posséder ni développer l’arme nucléaire. Deux textes l’en empêchent explicitement : le Traité de non-prolifération nucléaire de 1969 et le traité dit « deux plus quatre » de 1990, qui a scellé la réunification allemande.
« L’interdiction de posséder l’arme ne signifie pas que nous ne pouvons pas discuter d’une dissuasion nucléaire partagée avec d’autres pays européens », avait déjà déclaré Friedrich Merz le 29 janvier denier. Propos qui avaient été appuyés par Thomas Roewekamp, président de la commission parlementaire de la défense.
Au mois de décembre dernier, l’ancien ministre lituanien des Affaires étrangères Gabrielius Landsbergis avait déjà estimé que « l’Europe a besoin de sa propre force de dissuasion », avec l’Allemagne comme pilier stratégique et non la France. Cette annonce a été faite dans une tribune publiée le 3 décembre, dans le média allemand, Table Média, fondé par le young global leader du Forum économique mondial, Sebastian Turner.
Ainsi à Munich, Merz vient de franchir un nouveau pallier. Le signal envoyé est double : Berlin accepte d’explorer une réflexion européenne sur la dissuasion, mais sans remettre en cause l’équilibre existant ni créer de fracture stratégique au sein du continent. Une équation délicate, mais qui semble a géométrie variable, au cœur des débats sur l’avenir de la défense européenne.
Sources :
EFE – Múnich (Alemania), 13 feb 2026 – https://www.efe.com/
Infobae – Merz confirma conversaciones con Macron sobre la disuasión nuclear europea – 13 février 2026 – https://www.infobae.com/