Le Japon intensifie sa préparation face aux risques liés à Claude Mythos, l’intelligence artificielle développée par Anthropic, entreprise membre du Forum économique mondial et réputée pour ses capacités avancées de détection de vulnérabilités informatiques. Alors que les autorités financières japonaises multiplient les réunions d’urgence, les trois plus grandes banques du pays devraient obtenir un accès au modèle dans les prochaines semaines. Une évolution stratégique qui alimente autant les ambitions de cybersécurité que les inquiétudes autour d’un possible usage offensif de l’IA.
Le gouvernement japonais et les principales institutions financières du pays accélèrent leur coordination face à la montée des risques liés aux nouvelles intelligences artificielles spécialisées dans la cybersécurité. Au centre des préoccupations figure Claude Mythos, un modèle développé par la société américaine Anthropic, capable d’identifier rapidement des vulnérabilités critiques dans des systèmes informatiques complexes.
Selon des informations rapportées par Reuters, les trois plus grandes banques japonaises membres du Forum économique mondial : Mitsubishi UFJ Financial Group, Mizuho Financial Group et Sumitomo Mitsui Financial Group devraient obtenir un accès à Mythos d’ici environ deux semaines. Cette ouverture marquerait une étape majeure dans la diffusion internationale du modèle d’Anthropic, jusqu’ici réservé à un nombre limité d’acteurs principalement américains.
Cette perspective intervient alors que les autorités japonaises s’inquiètent de plus en plus des conséquences potentielles de l’IA avancée sur la stabilité financière et la sécurité des infrastructures critiques. Dans les milieux spécialisés, Claude Mythos est décrit comme un outil particulièrement performant dans la recherche automatisée de failles dites « zero day », ces vulnérabilités inconnues des éditeurs de logiciels et donc extrêmement difficiles à contrer avant leur exploitation.
Pour les banques, l’enjeu est colossal. Les systèmes financiers japonais reposent encore largement sur des architectures technologiques anciennes, parfois héritées des décennies 1980 et 1990, interconnectées à des plateformes modernes. Cette complexité rend la surface d’attaque particulièrement sensible face à des outils capables d’automatiser l’analyse de millions de lignes de code ou de configurations réseau en quelques heures seulement.
Conscient du danger, le gouvernement japonais a lancé une réponse coordonnée avec le secteur privé. Mardi, la ministre japonaise des Finances et contributrice de l’agenda 2030, Satsuki Katayama, a rencontré le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, afin d’aborder les risques de cybersécurité associés à Mythos et aux futures générations d’IA offensives. À l’issue de cette rencontre, Tokyo a annoncé la création d’un groupe de travail public-privé chargé d’évaluer les menaces potentielles pesant sur le système financier japonais.
La première réunion du groupe s’est tenue jeudi à l’Agence japonaise des services financiers. Autour de la table figuraient des représentants du ministère des Finances, de la Banque du Japon, des grandes banques privées du pays ainsi que des filiales japonaises d’entreprises technologiques américaines spécialisées dans l’intelligence artificielle, dont Anthropic.
La réunion s’est déroulée à huis clos. Selon plusieurs sources proches du dossier, les discussions ont porté sur les moyens de corriger rapidement les failles détectées par Mythos, d’améliorer les protocoles de réponse aux cyberattaques et de préparer des mécanismes de coordination d’urgence entre institutions financières et autorités publiques.
L’objectif du groupe de travail est désormais d’élaborer d’ici la fin du mois un ensemble de mesures transitoires afin de renforcer les défenses du secteur financier japonais. Le gouvernement prévoit également de poursuivre sa coopération avec Washington pour encadrer les usages potentiellement malveillants de ces nouvelles IA de cybersécurité.
Dans le même temps, Anthropic poursuit discrètement l’extension internationale de Mythos. Reuters révélait déjà le mois dernier que plusieurs grandes banques américaines membres du WEF avaient obtenu un accès au modèle et que l’entreprise cherchait désormais à l’étendre à des établissements européens et britanniques.
Ni Mitsubishi UFJ Financial Group, ni Mizuho Financial Group, ni Sumitomo Mitsui Financial Group n’ont souhaité commenter ces informations. SMFG a également refusé de répondre aux sollicitations de Reuters. De son côté, Anthropic n’a pas donné suite aux demandes de commentaire formulées par l’agence de presse.
Officiellement présenté comme un outil défensif destiné à renforcer la sécurité informatique, Mythos cristallise néanmoins les craintes d’une nouvelle génération de cybermenaces dopées à l’intelligence artificielle. Car une technologie capable d’identifier massivement des vulnérabilités peut aussi, potentiellement, permettre à des acteurs malveillants de les exploiter avant même que des correctifs ne soient déployés. Dans les cercles financiers internationaux, certains responsables redoutent déjà une accélération brutale des risques systémiques liés aux cyberattaques automatisées.
Sources :
[Reuters] – Japan megabanks to gain access to Anthropic’s Mythos in about two weeks – https://www.reuters.com/technology/japan-megabanks-gain-access-anthropics-mythos-about-two-weeks-source-says-2026-05-13/
[Reuters] – Japan’s bank regulator sets up forum to counter Mythos-powered cyber threats – https://www.reuters.com/sustainability/boards-policy-regulation/japans-bank-regulator-sets-up-forum-counter-mythos-powered-cyber-threats-2026-05-12/
[Reuters] – Japan launches financial task force amid AI security fears – https://www.reuters.com/sustainability/boards-policy-regulation/japan-launches-financial-task-force-amid-ai-security-fears-2026-04-24/
[Financial Times] – Latest AI models could threaten world banking system, financial officials warn – https://www.ft.com/content/5760b56a-ec83-46da-a301-4b0e8c73c238