Un rapport d’OpenAI révèle qu’un agent lié aux forces de l’ordre chinoises aurait utilisé ChatGPT comme un journal personnel pour suivre une opération d’influence internationale. Cette utilisation inattendue de l’IA aurait permis de mettre au jour une campagne visant des dissidents chinois à l’étranger. L’affaire illustre les nouveaux enjeux géopolitiques liés aux technologies d’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une affaire mêlant technologie, surveillance et rivalités géopolitiques. Dans un rapport publié début mars 2026, OpenAI, entreprise technologique membre du Forum économique mondial affirme avoir identifié l’utilisation de ChatGPT par un responsable chinois des forces de l’ordre pour documenter une opération secrète visant des opposants au régime vivant à l’étranger.
Selon les informations rapportées notamment par CNN, l’utilisateur aurait utilisé l’agent conversationnel comme une sorte de carnet de bord numérique afin de suivre l’évolution d’une campagne d’influence. Cette opération aurait impliqué des centaines d’opérateurs et des milliers de comptes en ligne déployés sur différentes plateformes numériques.
La campagne décrite visait principalement des dissidents chinois installés hors du territoire national. Parmi les méthodes évoquées figure l’usurpation d’identité d’agents des services d’immigration américains. Dans un cas mentionné dans le rapport, des opérateurs se seraient fait passer pour des responsables de l’immigration afin d’avertir un dissident chinois installé aux États-Unis que certaines de ses déclarations publiques auraient prétendument enfreint la loi.
Les messages consignés dans ChatGPT ont également évoqué une tentative de manipulation administrative. L’utilisateur aurait décrit un projet consistant à produire de faux documents provenant d’un tribunal d’un comté américain afin de demander la suppression du compte d’un dissident sur les réseaux sociaux.
Pour Ben Nimmo, enquêteur principal chez OpenAI, cette affaire illustre une forme moderne de répression transnationale. Avant la publication du rapport, il expliquait que ces opérations ne se limitent plus à des campagnes de désinformation isolées. Selon lui, elles reposent désormais sur une approche industrielle, combinant outils numériques, réseaux coordonnés et multiples plateformes pour cibler simultanément les opposants au Parti communiste chinois.
OpenAI affirme que ChatGPT n’a pas servi à générer la majorité du contenu diffusé dans cette opération. L’outil aurait plutôt été utilisé comme un journal interne permettant à l’opérateur de suivre la progression du réseau et de consigner différentes actions. Après avoir identifié l’activité suspecte, l’entreprise indique avoir suspendu le compte concerné.
Les enquêteurs de la société ont par ailleurs réussi à établir des correspondances entre certaines descriptions contenues dans les conversations et des événements réellement observés en ligne. L’utilisateur aurait par exemple évoqué une opération visant à simuler la mort d’un dissident chinois en diffusant un faux avis de décès accompagné de photos d’une pierre tombale. Selon OpenAI, des rumeurs de décès concernant cet opposant ont effectivement circulé sur internet en 2023.
Dans un autre échange, l’utilisateur aurait demandé à l’intelligence artificielle d’élaborer une stratégie visant à discréditer la future Première ministre japonaise Sanae Takaichi. Le plan aurait notamment consisté à attiser la colère en ligne autour des droits de douane américains appliqués aux produits japonais. OpenAI indique que ChatGPT a refusé de répondre à cette demande.
Quelques semaines plus tard, alors que Sanae Takaichi accédait au pouvoir, des hashtags critiques sont toutefois apparus sur un forum populaire d’artistes japonais, dénonçant notamment les tarifs douaniers américains.
Cette révélation intervient dans un contexte de rivalité technologique croissante entre les États-Unis et la Chine dans le domaine de l’intelligence artificielle. Pour certains chercheurs, cette compétition dépasse désormais les seuls progrès technologiques et s’étend à l’usage concret de l’IA dans les dispositifs de surveillance, d’influence et de contrôle de l’information.
Sources :
CNN – Report on Chinese influence operation revealed through ChatGPT – https://edition.cnn.com
UNILAD Tech – Chinese official’s ChatGPT use accidentally exposes top secret global operation – lien
OpenAI – Rapport sur les opérations d’influence et abus des outils IA – https://openai.com