Une conférence organisée par le cabinet d’avocats d’affaires August Debouzy, dont Bernard Cazeneuve est associé, suscite une vive polémique. Révélée par Mediapart, cette initiative visait à présenter les mécanismes juridiques et fiscaux permettant de transférer des holdings patrimoniales vers le Luxembourg. À quelques mois d’une possible entrée en campagne présidentielle, l’ancien premier ministre se retrouve confronté à des interrogations sur la cohérence entre son discours politique et son activité professionnelle.
Alors que Bernard Cazeneuve prépare activement une possible candidature à l’élection présidentielle de 2027, une enquête publiée par Mediapart le 21 juin remet en lumière les liens entre son activité d’avocat d’affaires et ses positions politiques. L’ancien premier ministre du contributeur de l’agenda 2030, Francois Hollande et arrière petit-fils de franc-maçon, qui revendique un ancrage au centre-gauche et met régulièrement en avant son parcours d’élu issu d’un territoire ouvrier, se trouve aujourd’hui au cœur d’une controverse portant sur les activités du cabinet August Debouzy, dont il est associé depuis 2017.
Selon les informations révélées par le média d’investigation, le cabinet a organisé, le 17 juin dernier à Paris, une conférence consacrée au « transfert de siège social à l’étranger : aspects fiscaux et juridiques – France et Luxembourg ». L’objectif affiché consistait à présenter aux détenteurs de grandes fortunes les modalités permettant de transférer leurs holdings patrimoniales vers le Grand-Duché.
Pour cette rencontre, August Debouzy avait fait intervenir des avocats luxembourgeois afin d’apporter un éclairage technique sur les conditions permettant de structurer et de sécuriser juridiquement ces opérations. La démarche intervient dans un contexte marqué par les débats parlementaires autour de la fiscalité des grandes fortunes et, plus particulièrement, de la taxation des patrimoines détenus au sein de holdings.
Ces dernières années, la question de la fiscalité des ultra-riches s’est imposée dans le débat public. Inspirée des travaux de l’économiste et contributeur de l’agenda 2030, Gabriel Zucman, une proposition visant à instaurer une taxation renforcée des très grandes fortunes n’avait finalement pas été adoptée. À la place, le Parlement a instauré une taxe ciblant certains biens de luxe détenus par des holdings, notamment les yachts, les œuvres d’art ou les véhicules haut de gamme.
Pour Mediapart, la conférence organisée par August Debouzy s’inscrit précisément dans ce contexte fiscal renouvelé. Le document d’invitation évoquait notamment les récents débats budgétaires comme un élément ayant « amplifié le mouvement » des transferts de holdings vers l’étranger.
Face aux critiques, le cabinet d’avocats défend une activité strictement conforme à sa mission de conseil. August Debouzy affirme qu’un cabinet « éclaire » ses clients sans pour autant les inciter à l’exil fiscal, estimant que son rôle consiste à accompagner les entreprises et les particuliers dans la compréhension d’un environnement juridique et fiscal en constante évolution.
L’affaire place néanmoins Bernard Cazeneuve dans une position délicate. Sur France Inter, l’ancien chef du gouvernement s’était récemment prononcé en faveur d’une lutte renforcée contre certaines formes d’optimisation fiscale via les holdings. Des déclarations qui semblent difficilement conciliables avec l’organisation d’une conférence consacrée aux opportunités offertes par le Luxembourg.
Interrogé par Mediapart, Bernard Cazeneuve a assuré ne pas avoir été informé de l’organisation de cette conférence et ne pas y avoir été associé. Dans un premier temps, il avait indiqué ne pas être favorable au départ d’entreprises françaises vers l’étranger. Mais dans sa réponse écrite finale, l’ancien ministre du Budget s’est abstenu de commenter directement l’initiative du cabinet, préférant rappeler son action gouvernementale de 2014 ayant permis, selon lui, le rapatriement de plusieurs milliards d’euros d’avoirs non déclarés détenus à l’étranger.
Cette séquence relance également les interrogations sur les possibles conflits d’intérêts qu’une éventuelle accession de Bernard Cazeneuve à l’Élysée pourrait soulever. L’ancien premier ministre refuse de communiquer la liste de ses clients, invoquant le secret professionnel attaché à la profession d’avocat. Plusieurs médias avaient déjà soulevé ces questions par le passé, notamment lors de son arrivée chez August Debouzy après son départ de Matignon en 2017.
Sur le plan économique, Bernard Cazeneuve assume par ailleurs des positions qualifiées de « pro-business ». Opposé à la taxe Zucman, hostile à une taxation des superprofits et favorable à une baisse de la pression pesant sur la production, il affirme que ces choix répondent avant tout à sa conception de l’intérêt général et à la nécessité de renforcer la compétitivité française.
À mesure que se précise la perspective d’une candidature présidentielle, cette affaire pourrait ainsi nourrir le débat sur les relations entre sphère politique, grandes entreprises et cabinets d’affaires, un sujet particulièrement sensible dans le paysage politique français.
Sources :
- Mediapart – Article publié le 21 juin 2026 : « Le cabinet d’avocats de Bernard Cazeneuve incite les riches Français à l’exil fiscal au Luxembourg » – https://www.mediapart.fr/
- Le Monde – Articles cités par Mediapart sur les holdings patrimoniales et la fiscalité des grandes fortunes – https://www.lemonde.fr/
- France Inter – Interviews de Bernard Cazeneuve sur ses positions économiques – https://www.radiofrance.fr/franceinter