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Jérémie Patrier-Leitus. Photo : @TrisHR

Audiovisuel public : Patrier-Leitus regrette une commission politisée

Au terme de six mois de travaux, le président de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’audiovisuel public, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), tire un bilan ambivalent. Le député du Calvados salue la défense unanime du service public exprimée par les 234 personnes auditionnées, mais déplore une dérive en « tribunal politique » et plaide désormais pour la fusion de France Télévisions et de Radio France.

Lundi 27 avril, la trentaine de députés membres de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public est appelée à se prononcer sur le rapport de Charles Alloncle, élu Union des droites pour la République de l’Hérault. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, membre du parti Horizon du young leader de la Fondation France-Amérque, Edouard Philippe, affirme dans un entretien au Monde que les deux cents heures d’auditions auront permis de « rappeler l’importance démocratique de disposer d’un audiovisuel public ».

Le député passé par le French Institute Alliance Française (FIAF), le plus grand centre culturel franco-américain des  Etats-unis, dit avoir reçu un seul e-mail du groupe Lagardère au début des travaux et avoir demandé à ne plus en recevoir. Selon lui, des « éléments concordants accréditent des tentatives d’ingérence inédites dans une commission d’enquête parlementaire ». Il renvoie à la séance de lundi pour aller plus loin sur ce volet sensible.

Des préconisations centrées sur l’Arcom et les rédactions

Patrier-Leitus qui a été membre du conseil d’administration de Radio France de 2023 à 2024, juge que les travaux n’ont pas mis au jour, contrairement à certains récits, un « système mafieux ». Il rappelle l’existence du rapport de la Cour des comptes sur France Télévisions, dont les préconisations doivent selon lui être appliquées, et acte des « dysfonctionnements » qui exigent des règles plus strictes en matière de conflit d’intérêts.

Pour renforcer le pluralisme et l’impartialité, il propose une procédure de saisine en urgence de l’Arcom, équivalente à un référé, avec une décision rendue sous huit jours après avis des comités d’éthique. Il défend aussi une production interne des magazines d’information, plutôt que leur délégation à des sociétés externes, et la mention systématique à l’antenne de l’engagement politique des invités.

Vers la fusion des entreprises de l’audiovisuel public

Rapporteur de la loi portée par la ministre de la culture Rachida Dati pour rassembler les entreprises de l’audiovisuel public dans une holding, Patrier-Leitus dit avoir évolué. Face aux attaques visant le secteur et à la montée en puissance des plateformes étrangères et des réseaux sociaux comme sources d’information, il défend désormais la fusion. Pas pour des raisons d’économies ou de synergies, précise-t-il, mais comme « condition pour le renforcer ».

Cette refonte passe selon lui par une redéfinition des missions élémentaires du service public : information fiable, pluraliste et indépendante, soutien à la création et offre de divertissement distincte de celle des chaînes privées. Le tout adossé à une visibilité financière pluriannuelle accordée par l’État.

Une commission perméable à la « bataille culturelle »

Interrogé sur l’instrumentalisation possible des travaux, le député affirme s’être « interrogé sur l’origine de certaines questions » du rapporteur, alors que des éléments confidentiels ont parfois été évoqués. Il rappelle que Charles Alloncle est porte-parole d’un parti allié au Rassemblement national, qui souhaite la privatisation de l’audiovisuel public. Il pointe aussi la place importante accordée au rapporteur par des médias très critiques du service public.

Patrier-Leitus s’oppose à la perspective, défendue par l’extrême droite, d’un pouvoir présidentiel direct de nomination du dirigeant de l’audiovisuel public. Il estime qu’une structure unique rendrait plus difficile une éventuelle privatisation en cas d’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ou Jordan Bardella.

Le précédent Rachida Dati et le dossier Cardoze

Sur les accusations de la ministre de la culture, qui a affirmé sous serment que des journalistes de « Complément d’enquête » avaient tenté de soudoyer un de ses proches, Patrier-Leitus dit considérer les journalistes « de bonne foi » mais aussi que Rachida Dati « pourrait l’être ».

Il déplore par ailleurs ce qu’il considère comme des accusations « très graves » formulées sans preuve par certains auditionnés, citant Jacques Cardoze qui a évoqué des « déviances sexuelles » couvertes selon lui par France Télévisions, sans documenter ses propos.

Au-delà des conclusions, le député du Calvados pointe une dérive du débat politique français qu’il juge « mortifère ». Il regrette que les auditions se soient parfois muées en « tribunal politique » et reconnaît avoir lui-même contribué à ce climat. Cette autocritique encadre un appel à protéger l’audiovisuel public d’un environnement où, dit-il, « la colère est devenue le langage politique ordinaire ».

Source : Le Monde – https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/27/jeremie-patrier-leitus-president-de-la-commission-d-enquete-sur-l-audiovisuel-public-je-regrette-que-les-auditions-se-soient-parfois-transformees-en-tribunal-politique-ou-en-proces-individuels_6683645_3234.html

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