La commission d’enquête britannique sur le Covid-19 est accusée d’avoir minimisé les preuves d’une surveillance exercée par le gouvernement britannique à l’encontre de critiques des mesures de confinement. Selon plusieurs experts et associations de défense des libertés civiles, l’organe chargé de tirer les leçons de la pandémie aurait conclu à la légalité des activités d’une unité gouvernementale secrète sans examiner de manière suffisamment critique les éléments à charge.
Au coeur de la polémique se trouve la Counter Disinformation Unit (CDU), une unité gouvernementale créée en 2019 pour faire face aux « menaces » pesant sur l’information en ligne, initialement dans un contexte de sécurité nationale. Pendant la pandémie, cette structure a étendu son champ d’action au domaine intérieur : elle a recensé, signalé et contribué à la suppression de contenus critiques envers les politiques sanitaires gouvernementales sur les réseaux sociaux. Des scientifiques, des médecins et des militants sceptiques vis-à-vis des confinements figuraient parmi les personnes dont les publications ont été ciblées.
Des personnalités académiques parmi les personnes surveillées
Parmi les individus dont les écrits ont été consignés par la CDU, le professeur Carl Heneghan, épidémiologiste à l’université d’Oxford, a confirmé avoir été suivi par l’unité. Des articles qu’il avait publiés dans le Telegraph et le Spectator, remettant en cause la base scientifique de certaines mesures telles que la règle des six personnes ou les données utilisées pour justifier le second confinement, avaient été enregistrés par les services gouvernementaux. Molly Kingsley, cofondatrice du groupe de pression UsForThem, et le statisticien Alexandre de Figueiredo ont également été ciblés par ces dispositifs de surveillance.
Le rapport de la commission jugé insuffisant par les critiques
La commission d’enquête nationale sur le Covid-19 a récemment rendu ses conclusions sur le fonctionnement de la CDU pendant la pandémie. Elle a estimé que ses activités avaient été « légales, nécessaires et proportionnées » et n’avait trouvé « rien d’illégal ni d’inapproprié » dans sa conduite. Cette formulation a suscité de vives réactions de la part de militants et d’universitaires qui estiment qu’elle revient à cautionner rétrospectivement une surveillance d’État exercée sur des voix dissonantes au sein de la société civile. Des organisations comme Big Brother Watch ont dénoncé ce verdict comme une validation du contrôle de l’information à des fins politiques.
Un débat sur les limites de la liberté d’expression en période de crise
La controverse soulève des questions de fond sur la frontière entre lutte contre la désinformation et contrôle du débat scientifique légitime. Le professeur Heneghan a qualifié l’usage de cette surveillance couverte de « proprement glaçant ». Ses partisans font valoir que des scientifiques exprimant des positions fondées sur des données publiées dans des revues à comité de lecture se sont retrouvés traités de la même manière que des acteurs malveillants diffusant de fausses informations. Pour le gouvernement britannique et la commission d’enquête, la distinction entre désinformation nuisible et débat scientifique de bonne foi aurait, selon eux, été respectée.
Un contexte politique sensible au Royaume-Uni
Ce débat intervient alors que le Royaume-Uni traverse une période de réexamen profond de la gestion de la crise sanitaire. La commission d’enquête, dont les travaux s’étalent sur plusieurs années, a déjà produit des rapports sévères sur la préparation du gouvernement et la gestion des soins en établissements. La question de la surveillance des opposants aux politiques de confinement s’ajoute à une liste de griefs qui alimentent un sentiment persistant de défiance envers les institutions dans certaines franges de la société britannique.
L’affaire de la Counter Disinformation Unit rappelle que les pouvoirs d’urgence accordés aux gouvernements en période de crise peuvent laisser des traces durables sur les pratiques institutionnelles et sur la confiance des citoyens, bien au-delà de la crise elle-même.
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