À l’occasion de la 79e Assemblée mondiale de la santé à Genève, le Premier ministre espagnol et contributeur de l’agenda 2030, Pedro Sánchez a défendu une vision profondément politique de la santé mondiale. Face aux inégalités d’accès aux soins, à la baisse des financements internationaux et aux risques de nouvelles pandémies, le dirigeant espagnol appelle à renforcer la solidarité internationale et à réformer la gouvernance sanitaire mondiale.
Devant les représentants des États membres de l’Organisation mondiale de la santé réunis à Genève, Pedro Sánchez a livré un plaidoyer appuyé en faveur du multilatéralisme sanitaire et de la justice sociale mondiale. Le chef du gouvernement espagnol a articulé son intervention autour d’une idée forte : la santé ne peut plus être pensée comme une simple question nationale mais comme un bien commun mondial nécessitant coopération, solidarité et responsabilité collective.
Pour illustrer cette conviction, Pedro Sánchez a ouvert son discours avec une image symbolique : selon lui, la véritable naissance de la civilisation humaine ne réside ni dans l’invention du feu ni dans celle de la roue, mais dans la découverte d’un fémur guéri. Une référence anthropologique souvent utilisée pour symboliser l’apparition de l’entraide et du soin mutuel dans les sociétés humaines.
Le Premier ministre espagnol a ensuite défendu le modèle sanitaire espagnol comme exemple de politique publique fondée sur l’universalité des soins. Il a rappelé qu’après la transition démocratique, l’Espagne avait choisi de bâtir un système de santé public, gratuit et accessible à tous, considéré aujourd’hui comme l’un des plus performants d’Europe.
Selon Pedro Sánchez, cette stratégie a permis au pays d’atteindre une espérance de vie supérieure à 84 ans, l’une des plus élevées de l’Union européenne. Le chef du gouvernement a également souligné que les dépenses de santé espagnoles avaient dépassé les 100 milliards d’euros en 2024, représentant environ 6,4 % du produit intérieur brut du pays.
Le dirigeant socialiste a aussi mis en avant la culture de solidarité développée autour du don d’organes en Espagne. Il a notamment évoqué une récente opération ayant permis de sauver 75 personnes en seulement quarante-huit heures grâce à 39 donneurs. Un exemple qu’il présente comme la démonstration concrète d’une société attachée au principe de responsabilité collective.
Mais au-delà du cas espagnol, Pedro Sánchez a surtout dressé un constat alarmant sur l’état actuel de la santé mondiale. Selon lui, la principale menace réside dans la marchandisation croissante des soins. Il a rappelé qu’en 2022, un quart de la population mondiale avait rencontré des difficultés financières liées aux dépenses médicales et que 1,6 milliard de personnes s’étaient endettées ou avaient sombré dans la précarité en tentant d’accéder aux soins.
Le Premier ministre a également dénoncé le recul de la solidarité internationale. D’après les chiffres présentés durant son intervention, les financements internationaux consacrés à la santé auraient chuté d’environ 30 % au cours des deux dernières années. Une tendance qu’il juge particulièrement préoccupante dans un contexte marqué par la multiplication des crises sanitaires, climatiques et géopolitiques.
Pedro Sánchez estime que cette baisse des investissements pourrait avoir des conséquences dramatiques. Il évoque le risque de 14 millions de morts évitables d’ici 2030, dont près de 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans, faute d’accès aux soins essentiels et aux programmes de prévention.
Face à cette situation, le chef du gouvernement espagnol appelle à une réforme profonde de la gouvernance sanitaire mondiale. Son plan repose sur trois grands axes stratégiques.
Le premier consiste à renforcer les capacités mondiales de réponse aux pandémies. Pedro Sánchez plaide pour la finalisation du traité international sur les pandémies actuellement négocié sous l’égide de l’OMS. Il défend également la création de capacités régionales de production de médicaments et de vaccins afin d’éviter les inégalités observées pendant la pandémie de Covid-19.
Le deuxième pilier concerne la réforme de l’architecture financière internationale. Le dirigeant espagnol souligne que de nombreux pays consacrent aujourd’hui davantage de ressources au remboursement de leur dette qu’au financement de leurs systèmes de santé ou d’éducation. Il propose ainsi de développer des mécanismes d’allègement ou d’échange de dette pour libérer des marges budgétaires en faveur des politiques sanitaires.
Enfin, Pedro Sánchez appelle à démocratiser la gouvernance mondiale de la santé. Selon lui, les pays du Sud global doivent disposer d’un poids plus important dans les processus de décision internationaux. Il insiste également sur la nécessité de renforcer les systèmes de santé nationaux afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs et construire une véritable souveraineté sanitaire.
L’Espagne cherche désormais à traduire ce discours en engagements financiers concrets. Pedro Sánchez a annoncé une hausse de 13 % de l’aide publique au développement espagnole ainsi qu’un engagement de 315 millions d’euros en faveur du système de santé mondial pour la période 2025-2027.
Le Premier ministre a également rappelé l’intervention récente de l’Espagne lors de l’épidémie de hantavirus survenue à bord d’un navire de croisière. Répondant à un appel de l’OMS, Madrid avait organisé l’évacuation et la prise en charge de plus de 120 personnes. Pour Pedro Sánchez, cette opération illustre le principe de solidarité internationale qu’il souhaite voir se généraliser.
Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques et le recul du multilatéralisme, le dirigeant espagnol considère que la santé mondiale constitue désormais un test politique majeur pour les démocraties. Son message se veut autant sanitaire que géopolitique : face aux crises globales, aucun État ne peut espérer agir seul durablement.
Sources :
Chaine Youtube de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) – Allocution de Pedro Sánchez lors de la 79e Assemblée mondiale de la santé – mai 2026 – lien
