Face aux crises sanitaires, aux coupes budgétaires et aux tensions géopolitiques, le directeur général de l’OMS et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé les États à refonder la gouvernance mondiale de la santé. Lors de l’ouverture de la 79e Assemblée mondiale de la santé à Genève, il a défendu la transformation engagée depuis neuf ans au sein de l’organisation et plaidé pour une nouvelle ère de « souveraineté sanitaire ».
Dans un contexte mondial marqué par les épidémies, les conflits et les restrictions budgétaires, Tedros Adhanom Ghebreyesus a livré un discours à forte portée politique lors de l’ouverture de la 79e Assemblée mondiale de la santé, organisée à Genève. Devant les représentants des États membres de l’Organisation mondiale de la santé, le directeur général de l’OMS a défendu les réformes engagées depuis près d’une décennie et présenté sa vision d’une architecture sanitaire mondiale plus résiliente et moins dépendante des financements extérieurs.
Le chef de l’OMS a d’abord rappelé l’accumulation des crises récentes, évoquant à la fois l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, désormais propagée à l’Ouganda, et la récente flambée de hantavirus ayant nécessité l’évacuation de passagers du navire MV Hondius en Espagne. Deux épisodes qui, selon lui, illustrent la permanence des menaces sanitaires dans « un monde difficile, dangereux et divisé ».
Tedros Adhanom Ghebreyesus a également souligné les conséquences des importantes réductions de financement subies récemment par l’OMS. Face aux inquiétudes des États membres sur l’avenir de l’organisation, il a assuré que les réformes engagées depuis 2017 avaient précisément anticipé ce type de choc budgétaire. Il a présenté cette transformation comme « l’agenda de réforme le plus ambitieux de l’histoire de l’OMS ».
Le directeur général a structuré son intervention autour de trois axes majeurs : la modernisation scientifique de l’organisation, la réforme de la gestion des urgences sanitaires et la refonte du modèle financier de l’OMS. Le thème de l’Assemblée mondiale de la Santé de cette année est d’ailleurs « Repenser la santé mondiale : une responsabilité partagée ».
Sur le plan scientifique, l’OMS a profondément restructuré ses capacités d’expertise et de normalisation. Tedros a rappelé la création d’une division scientifique centralisée dirigée par un Chief Scientist afin de mieux coordonner la production de recommandations médicales et sanitaires. Cette réforme vise notamment à accélérer les procédures de validation des traitements et des directives internationales.
Le patron de l’OMS a cité l’exemple du lenacapavir, médicament innovant dans la prévention du VIH, dont la préqualification et les recommandations d’utilisation ont été réalisées simultanément en huit mois seulement, contre plusieurs années auparavant.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a aussi mis en avant l’ouverture de l’Académie de l’OMS à Lyon en 2024. Cette structure, qui propose aujourd’hui plus de 400 formations en 23 langues, aurait déjà touché plus de 120 000 apprenants à travers le monde. L’organisation poursuit également le développement de ses capacités numériques, avec la création d’un World Health Data Hub destiné à centraliser les données sanitaires mondiales et l’intégration de solutions d’intelligence artificielle dans l’analyse des risques sanitaires.
Le discours a longuement abordé les leçons tirées de la pandémie de Covid-19. Tedros a détaillé les nouvelles structures mises en place pour renforcer la sécurité sanitaire internationale. Parmi elles figurent le Hub de l’OMS pour l’intelligence pandémique à Berlin, le réseau de partage technologique sur l’ARN messager basé au Cap ou encore le Pandemic Fund créé avec la Banque mondiale, membre du FEM qui a déjà distribué 1,4 milliard de dollars de subventions à 128 pays.
Le directeur général a aussi insisté sur l’importance des réformes juridiques internationales engagées ces dernières années. Après l’adoption des amendements au Règlement sanitaire international et de l’Accord mondial sur les pandémies, il reste selon lui un dernier chantier majeur : le mécanisme de partage des agents pathogènes et des bénéfices associés, connu sous le nom de PABS. Tedros s’est toutefois montré confiant quant à la poursuite des négociations entre États membres.
Mais c’est sans doute la question du financement qui a occupé la place centrale de son intervention. Le directeur général a souligné la dépendance historique de l’OMS aux contributions volontaires ciblées des grands donateurs, un modèle qu’il considère comme une menace pour l’indépendance et la stabilité de l’institution.
Il a rappelé qu’en 2017, les contributions obligatoires des États ne représentaient plus que 20 % du budget de base de l’organisation, contre 80 % pour les financements volontaires souvent affectés à des projets spécifiques. Une situation qui exposait l’OMS aux fluctuations géopolitiques et aux décisions unilatérales des principaux bailleurs.
Pour corriger cette fragilité, les États membres ont validé en 2022 une augmentation progressive des contributions obligatoires afin qu’elles atteignent 50 % du budget de base de l’organisation. Deux étapes ont déjà été franchies et trois autres doivent encore intervenir d’ici 2031. Selon Tedros, cette réforme a permis d’amortir les conséquences des récentes coupes budgétaires.
Le dirigeant a néanmoins reconnu que l’OMS avait dû engager un vaste processus de restructuration interne. Plusieurs programmes ont été réévalués et de nombreux postes supprimés. Il a rendu hommage aux employés contraints de quitter l’organisation tout en affirmant que cette crise avait confirmé la pertinence des réformes entreprises depuis neuf ans.
Au-delà de l’OMS elle-même, Tedros Adhanom Ghebreyesus a plaidé pour une transformation plus large de la gouvernance mondiale de la santé. Il estime que l’architecture sanitaire internationale est devenue trop fragmentée, complexe et inefficace. Les États membres examineront ainsi durant cette Assemblée une proposition visant à lancer un processus commun de réforme piloté par les États et hébergé par l’OMS.
Le directeur général a particulièrement salué l’initiative « Accra Reset », lancée par le président ghanéen John Mahama, qui défend une nouvelle approche fondée sur la souveraineté sanitaire des pays africains. Pour Tedros, les réductions brutales de l’aide internationale observées récemment ont mis en évidence les limites du modèle de dépendance aux bailleurs étrangers.
« Aucun pays ne veut être dépendant », a-t-il affirmé devant les délégations internationales, appelant à construire un système fondé sur l’équité, la solidarité et l’autonomie sanitaire des États.
En conclusion, Tedros Adhanom Ghebreyesus a présenté ce moment comme un tournant historique pour la santé mondiale. Reprenant une expression entendue lors d’un déplacement en Malaisie « boleh boleh », signifiant « c’est possible », il a voulu transmettre un message d’optimisme aux États membres, convaincu que les réformes engagées peuvent encore permettre de construire un système de santé mondial plus juste et plus résilient.
Sources :
Organisation mondiale de la santé (OMS) – Discours d’ouverture de la 79e Assemblée mondiale de la santé par Tedros Adhanom Ghebreyesus – 18 mai 2026
