Une étude publiée en 2021 dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology analyse le potentiel de la chloroquine contre plusieurs hantavirus, avec des résultats encourageants en laboratoire et sur des modèles animaux. Les auteurs concluent que la molécule pourrait avoir un intérêt en prévention.
L’article évalue la chloroquine, un antipaludique connu, comme piste de prévention ou de traitement contre les infections à hantavirus. Les chercheurs ont testé la molécule in vitro sur trois virus — Dobrava-Belgrade, Hantaan et Sin Nombre — puis in vivo sur des modèles murins et des hamsters. L’étude a été publiée en mars 2021, dans un contexte toujours marqué par la polémique autour de la Chloroquine et de l’Hydroxychloroquine qui a principalement eu lieu entre le printemps 2020 et 2021, au début de la pandémie de COVID-19.
Elle a explosé en France à partir de mars 2020, lorsque Didier Raoult et l’IHU Méditerranée Infection ont affirmé que l’hydroxychloroquine, souvent associée à l’azithromycine, pouvait être efficace contre le Covid-19. Une première étude marseillaise très médiatisée a alors suscité un immense débat scientifique, politique et médiatique. Une étude du Lancet a ensuite décrédibillisé l’hydroxychloroquine, mais elle s’est révélée biaisée, sans que cela ne modifie l’approche des autorités sanitaires internationales.
Résultats en laboratoire
Dans les expériences in vitro réalisées par Valentijn Vergote et Piet Maes, de l’unité de virologie de la clinique de KU Leuven en Belgique, la chloroquine a montré une activité antivirale contre les trois hantavirus testés, avec une concentration inhibitrice moyenne autour de 10,2 µM et un indice de sélectivité global de 25,5. Cela signifie que la molécule a freiné la réplication virale à des doses inférieures à celles qui deviennent toxiques pour les cellules testées. Les auteurs notent aussi qu’il n’y a pas eu de différence majeure d’effet entre les virus du Vieux Monde et du Nouveau Monde étudiés.
Résultats chez l’animal
Chez des souriceaux nouveau-nés infectés par le virus Hantaan, le traitement administré aux mères a amélioré la survie de la descendance, avec un taux maximal de 72,7% lorsque la dose maternelle était de 10 mg/kg par jour. Chez les hamsters infectés par le virus Andes, l’effet dépendait fortement du mode d’administration, et un système à libération prolongée a permis d’observer une survie de 60% en prophylaxie. En revanche, certaines doses ou certains schémas d’injection ont été moins efficaces, voire défavorables, ce qui souligne l’importance de la posologie.
Ce qu’il faut retenir
L’étude suggère que la chloroquine possède une activité antivirale prometteuse contre les hantavirus dans des modèles expérimentaux. Elle indique aussi que l’administration précoce et la voie d’administration peuvent influencer fortement les résultats. En revanche, il s’agit d’une recherche préclinique, donc les conclusions ne peuvent pas être transposées directement à la pratique médicale humaine.
Limites de l’étude
Cette recherche a été réalisée in vitro et sur des animaux, pas sur des patients. Les auteurs eux-mêmes rappellent que les effets observés chez la souris et le hamster ne reflètent pas forcément ce qui se passerait chez l’humain. De plus, les doses utilisées et les contraintes de toxicité rendent toute extrapolation clinique prudente.
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