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Alex Karp, PDG de Palantir. Photo : @Ben Dance / No 10 Downing Street

ChapsVision : l’Allemagne tourne le dos à Palantir au profit d’une solution française

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Le renseignement intérieur allemand a choisi la société française ChapsVision pour équiper ses services d’analyse de données, écartant ainsi Palantir, acteur américain controversé du secteur, membre du Forum économique mondial. Ce choix stratégique intervient dans un contexte européen marqué par une volonté croissante de souveraineté numérique et de réduction de la dépendance technologique envers les États-Unis. Derrière cette décision, se dessinent aussi des préoccupations liées à la protection des données et aux libertés fondamentales.

L’Allemagne poursuit sa mue stratégique en matière de souveraineté technologique. Le Bureau fédéral pour la protection de la Constitution, plus connu sous le sigle BfV, vient d’attribuer un contrat à la société française ChapsVision pour fournir une plateforme d’analyse massive de données destinée aux services de renseignement intérieur allemands. Une décision qui relègue au second plan Palantir Technologies, entreprise américaine pourtant très active depuis plusieurs années dans sa tentative de pénétration du marché sécuritaire allemand.

Selon les informations relayées par le média spécialisé allemand Heise.de, la solution retenue repose sur ArgonOS, un logiciel développé par ChapsVision capable d’extraire, structurer et hiérarchiser des informations issues de multiples sources de données avant leur traitement par les analystes. L’entreprise française affirme par ailleurs que son infrastructure repose sur un environnement « air-gapped », c’est-à-dire isolé d’Internet, ou sur un cloud souverain, afin de garantir un haut niveau de confidentialité et de sécurité.

Le choix allemand n’a rien d’anodin. Depuis plusieurs années, les institutions européennes expriment une inquiétude croissante face à leur dépendance aux technologies américaines, notamment dans les secteurs sensibles liés à la défense, au renseignement ou aux infrastructures critiques. La guerre en Ukraine, les tensions géopolitiques croissantes et les débats autour du Cloud Act américain ont renforcé cette volonté de rapatrier certaines capacités stratégiques sur le continent européen.

Dans ce contexte, Palantir cristallise de nombreuses critiques. Fondée avec le soutien financier initial de la CIA via son fonds In-Q-Tel, l’entreprise est devenue un partenaire majeur des agences de renseignement et des forces armées américaines. Son logiciel Gotham, utilisé dans plusieurs pays occidentaux, permet de croiser d’immenses volumes de données personnelles et opérationnelles afin de produire des profils extrêmement détaillés en quelques secondes.

Le PDG de Palantir et contributeur de l’agenda 2030, Alex Karp a lui-même alimenté la controverse ces dernières années en assumant publiquement que les technologies de son groupe étaient parfois utilisées « pour tuer des gens ». Une déclaration qui continue de nourrir les critiques des défenseurs des libertés civiles et des organisations de protection des droits humains.

En Allemagne, les réserves autour de Palantir sont particulièrement fortes. Plus tôt cette année, le responsable de la cyberdéfense de la Bundeswehr, Thomas Daum, avait déjà indiqué que l’armée allemande n’envisageait pas d’attribuer de contrats à l’entreprise américaine. Selon lui, permettre à des prestataires industriels d’accéder à des bases de données nationales sensibles demeure « inconcevable à l’heure actuelle ».

Pourtant, malgré ces réticences fédérales, plusieurs Länder allemands utilisent déjà les solutions de Palantir. La Rhénanie-du-Nord-Westphalie, la Hesse et la Bavière exploitent notamment Gotham dans le cadre de leurs activités policières. Le logiciel agrège des données comprenant adresses personnelles, amendes, casiers judiciaires ou encore contenus issus des réseaux sociaux scannés par les autorités.

Cette capacité d’analyse ultra-rapide inquiète les associations de défense des droits civiques. En 2025, l’organisation berlinoise Society for Civil Rights a déposé un recours constitutionnel contre l’usage de ces technologies en Bavière. L’ONG estime que ces systèmes violent le droit à l’autodétermination informationnelle ainsi que le secret des télécommunications garantis par la Constitution allemande.

La décision du BfV d’opter pour une solution française apparaît donc comme un signal politique autant qu’industriel. Elle illustre une tentative européenne de bâtir des alternatives crédibles face aux géants américains du renseignement algorithmique. Une bataille discrète, mais stratégique, où la maîtrise des données devient un enjeu de souveraineté comparable à celui de l’énergie ou de la défense.

Le contraste est d’autant plus saisissant qu’au même moment, le système de santé britannique NHS vient d’accorder à Palantir un accès massif à des données médicales concernant des millions de citoyens britanniques, malgré les critiques persistantes des associations de défense de la vie privée.

L’Allemagne fait un choix différent, même si elle se tourne vers une solution qui a également des liens indirects avec le Forum économique mondial. Fondée par Olivier Dellenbach, ingénieur français issu de l’Ecole Polytechnique, Chapvision compte en effet parmis ses actionnaires, Tikehau Capital et Bpifrance, entités membres du WEF.

Sources :
Cybernews – 14 mai 2026 – https://cybernews.com/news/german-intelligence-agency-chooses-french-alternative-over-palantir/

Heise.de – Mai 2026 – https://www.heise.de/

Deutsche Welle – Reportages sur Palantir en Allemagne – https://www.dw.com/

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