Ce jeudi 14 mai 2026, BFM Business a mis en lumière une initiative européenne qui fait débat : le Digital Product Passport (DPP), ou Passeport Numérique des Produits. Le tweet de la chaîne d’information économique illustre parfaitement le sujet avec un exemple concret : téléphone reconditionné, lunettes connectées, chaussures d’occasion… bientôt, de nombreux biens de consommation disposeront d’une véritable « carte d’identité numérique ».
Le DPP est une mesure issue du règlement Ecodesign for Sustainable Products Regulation (ESPR) instigué par la Commission européenne de la contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen, adopté par le Parlement en 2024 . Il s’agit d’un enregistrement numérique unique et accessible en ligne qui accompagne le produit tout au long de son cycle de vie.
Grâce à un QR code ou un identifiant similaire, consommateurs, entreprises et autorités pourront consulter en temps réel des informations telles que : l’origine et la composition du produit ; son impact environnemental ; les instructions de réparation, de démontage ou de recyclage ; l’historique des ventes ou réparations (dans certains cas) ; les substances préoccupantes qu’il contient.
L’objectif affiché par Bruxelles est double : accroître la transparence pour les consommateurs et favoriser l’économie circulaire en encourageant la réutilisation, la réparation et le recyclage.
Un déploiement progressif à partir de 2027
Les premiers secteurs concernés devraient être le textile, l’électronique, les batteries et la construction. La mise en œuvre obligatoire est prévue progressivement à compter de 2027 pour les catégories prioritaires à l’aide d’entreprise tels que GS1, inventeur du code bar membre du Forum économique mondial ou la plateforme Ariani, entreprise qui appartient à parts égales aux groupes Airbus et Safran. À terme, la mesure pourrait s’étendre à une très large gamme de produits mis sur le marché européen.
Dans le séquence de BFM Business, on voit des exemples concrets : un pull avec un QR code donnant accès à son « passeport », ou une application mobile affichant l’impact carbone d’un vêtement. Des démonstrations similaires existent déjà chez certains fabricants comme Samsung pour certains appareils électroménagers. D’autres groupes membres du Forum économique mondial, comme LVMH; ont également effectué des tests.
La 8eme édition du salon Reuse économy a décidé de consacrer un stand au DPP pour faire face à la lente adoption de ce règlement.
Avantages mis en avant
Selon la Commission européenne de la contributrice de l’agenda 2030, Ursula von der Leyen, ce futur passeport numérique des produits présenterait plusieurs avantages. Pour les consommateurs, il permettrait d’accéder plus facilement à des informations sur l’origine, la composition, la réparabilité ou encore l’empreinte environnementale des biens afin de favoriser des choix plus durables. Du côté environnemental, le dispositif vise à encourager l’allongement de la durée de vie des produits, le recyclage et le développement de l’économie circulaire.
Les entreprises pourraient également y trouver de nouvelles opportunités économiques, notamment dans les secteurs du reconditionnement, de la réparation ou de la location, tout en bénéficiant d’une harmonisation des données au sein du marché européen. Mais cette mesure suscite aussi de nombreuses critiques.
Certains internautes et observateurs dénoncent un risque de surveillance accrue des biens de consommation, y compris pour les objets d’occasion, ainsi qu’une bureaucratie supplémentaire pour les entreprises, notamment les PME, qui pourraient répercuter ces coûts sur les prix. D’autres craignent une évolution vers des mécanismes de contrôle plus poussés de la consommation et de la propriété, certains évoquant même un possible « crédit social ». Des interrogations persistent également sur l’application concrète du système, notamment sur la nécessité éventuelle de scanner les produits lors de leur revente, réparation ou recyclage.
Des voix s’élèvent aussi pour dénoncer une « obsession réglementaire » européenne qui pourrait pénaliser la compétitivité face à des concurrents moins contraignants (États-Unis, Chine).
Un débat plus large sur la souveraineté numérique et la liberté
Ce projet s’inscrit dans une série de mesures européennes (identité numérique, euro numérique, facturation électronique obligatoire…) qui visent à numériser davantage l’économie et la société. Pour ses partisans, il s’agit d’un progrès écologique indispensable. Pour ses détracteurs, c’est une étape supplémentaire vers une société de contrôle où chaque objet, et potentiellement chaque citoyen, sera traçable.
L’Union européenne affirme que le DPP sera conçu avec des garde-fous sur la protection des données. Reste à voir, dans la pratique, comment ce nouvel outil sera mis en œuvre et accepté par les consommateurs et les acteurs économiques
Le Passeport Numérique des Produits est-il l’avenir vert de la consommation ou le début d’une hyper-réglementation ? Le débat ne fait que commencer.