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Un Caracara à gorge blanche. Photo : @Raf24~commonswiki

Hantavirus : comment la quête d’un oiseau rarissime a conduit des ornithologues au cœur d’une polémique sanitaire

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La mort de deux ornithologues néerlandais après une expédition en Patagonie a mis en lumière un enchaînement aussi tragique que fascinant. Entre passion extrême pour les oiseaux rares, voyage dans les paysages austères de Terre de Feu et controverse autour de l’origine de la contamination, l’affaire du « MV Hondius » révèle les zones grises d’une pratique naturaliste devenue mondiale. Au centre du récit : un rapace mythique, le caracara à gorge blanche, et une hypothèse sanitaire aujourd’hui contestée par les autorités argentines.

L’histoire ressemble à un récit d’exploration moderne, quelque part entre fascination scientifique et drame sanitaire. Fin mars 2026, un couple d’ornithologues néerlandais se rend dans une décharge située à quelques kilomètres d’Ushuaïa, à l’extrême sud de l’Argentine. Leur objectif : observer le rarissime Caracara à gorge blanche, un rapace emblématique de Patagonie que certains passionnés traquent durant des années sans jamais l’apercevoir. Les caracaras se rendent dans cette décharge pour se nourrir, mais ils ne sont pas les seuls : des milliers de rongeurs sont également présents.

Quelques jours plus tard, l’homme nommé Leo Schilperoord développe les premiers symptômes d’une infection à l’hantavirus. Le 11 avril, il meurt à bord du navire d’expédition polaire « MV Hondius ». Son épouse décède à son tour le 26 avril. Rapidement, le bateau devient un foyer de contamination et l’affaire attire l’attention internationale.

Selon plusieurs médias américains, dont le New York Post, le couple aurait contracté le virus dans cette décharge fréquentée par des rongeurs porteurs de la souche andine de l’hantavirus. Les lieux sont connus pour attirer des ornithologues car les déchets organiques et les carcasses animales favorisent la présence du caracara à gorge blanche. Ce rapace opportuniste se nourrit aussi bien de petits mammifères que de charognes abandonnées dans les plaines patagoniennes.

L’oiseau, dont le nom scientifique est Phalcoboenus albogularis, ne vit que dans le sud du Chili et de l’Argentine. Son plumage noir, sa gorge blanche et sa tête orangée lui donnent une allure immédiatement reconnaissable. Décrit en 1837 par l’ornithologue britannique John Gould à partir d’un spécimen collecté par Charles Darwin, il reste aujourd’hui encore l’un des oiseaux les plus convoités par les passionnés d’ornithologie sud-américaine.

Mais la thèse d’une contamination dans la décharge d’Ushuaïa est aujourd’hui fortement contestée par les autorités sanitaires argentines. Le directeur de l’épidémiologie de la province de Terre de Feu, Juan Petrina, affirme que le couple aurait été contaminé avant son arrivée dans la région. Selon lui, les deux voyageurs avaient séjourné auparavant dans des zones montagneuses du centre du Chili où plusieurs foyers actifs d’hantavirus avaient été recensés ces derniers mois.

Les autorités locales rappellent également qu’aucun cas autochtone d’hantavirus n’avait été enregistré jusque-là dans la province de Terre de Feu. Face aux interrogations grandissantes, le gouvernement argentin du contributeur de l’agenda 2030, Javier Milei a annoncé l’envoi d’experts à Ushuaïa afin de mener des analyses environnementales et épidémiologiques complémentaires.

Cette controverse illustre la difficulté à retracer précisément les chaînes de contamination d’un virus transmis principalement par inhalation de particules provenant des excréments ou de l’urine de rongeurs infectés. Dans les régions andines d’Argentine et du Chili, le principal vecteur identifié reste le rat pygmée à longue queue, un petit rongeur sauvage présent dans les zones humides, forestières et rurales.

L’affaire du « MV Hondius » dépasse désormais le simple fait divers sanitaire. Elle interroge aussi la relation contemporaine à la nature et à l’observation du vivant au moment où l’OMS travaille sur son traité pandémique et l’opérationnalisation de son approche One Health afin de lutter contre les zoonoses.

Sources :
[Ouest-France] – « Hantavirus : que vaut la thèse contestée du patient zéro contaminé dans une décharge près d’Ushuaïa ? » – Ouest-France

[Le Figaro] – « Caracara à gorge blanche : le rapace rarissime observé par les ornithologues morts de l’hantavirus » – Le Figaro

[Le Pèlerin] – « Cocheurs : qui sont ces ornithologues fascinés par la quête de l’oiseau rare ? » – Le Pèlerin

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