Dans une crise sanitaire aussi inhabituelle que sensible, une Française se retrouve au cœur du dispositif international. Anaïs Legand, experte de l’Organisation mondiale de la santé spécialisée dans les fièvres hémorragiques virales, coordonne les recommandations techniques déployées autour de l’épidémie de hantavirus apparue à bord d’un navire en route vers les Canaries. Lors d’une intervention détaillée aux côtés de la directrice de la communication d’urgence de l’OMS, elle a dévoilé les mécanismes de gestion mis en place pour éviter toute propagation.
Le visage technique de la réponse de l’Organisation mondiale de la santé à l’épidémie de hantavirus actuellement surveillée entre le Cap-Vert et les îles Canaries est français. Depuis Genève, Anaïs Legand, responsable technique des fièvres hémorragiques virales à l’OMS, orchestre une partie cruciale de la gestion sanitaire autour de ce foyer épidémique maritime qui a déjà provoqué trois morts. Les habitués des conférences de presse de l’OMS ont pu découvrir son visage hier, lors d’un point d’étape exceptionnel réunissant les cadres de l’OMS.
Au cours d’une visioconférence organisée par l’agence onusienne aujourd’hui, la spécialiste française a repris la parole pour détailler les mesures élaborées par les équipes internationales mobilisées autour du navire concerné. Huit cas confirmés ou suspects sont actuellement recensés. Si l’OMS considère toujours que le risque pour la population générale demeure faible, la situation reste suffisamment exceptionnelle pour nécessiter une coordination renforcée.
« Toutes les débarquations devront être organisées de manière sûre pour tout le monde, en commençant par les passagers eux-mêmes », a expliqué Anaïs Legand lors de cette prise de parole très suivie.
La spécialiste française travaille depuis plus de quatorze ans au sein de l’OMS sur les maladies virales émergentes et les fièvres hémorragiques. Diplômée de l’EHESP et passée par Sciences Po Rennes, elle possède également une expérience dans les politiques internationales de santé et les maladies transmissibles.
Face à cette crise atypique, son rôle consiste notamment à élaborer les protocoles sanitaires destinés aux autorités espagnoles qui accueilleront le navire aux Canaries. L’enjeu dépasse largement le simple débarquement des passagers : il s’agit de reconstruire avec précision les interactions à bord afin d’évaluer les niveaux d’exposition potentiels au virus.
Durant son intervention, Anaïs Legand a longuement insisté sur le travail des équipes d’épidémiologie déployées dans cette opération. « Nous regardons chaque étape », a-t-elle expliqué, évoquant les entretiens réalisés avec les passagers, les analyses médicales et la reconstitution des contacts rapprochés avec les cas confirmés.
L’OMS s’appuie également sur des spécialistes de la prévention des infections afin de déterminer les équipements de protection nécessaires. Masques, gants ou protections oculaires pourront être imposés selon le niveau de risque identifié. « Tout dépend du degré d’exposition », a rappelé la responsable française.
Mais au-delà de l’aspect logistique, Anaïs Legand a surtout cherché à rendre compréhensible un vocabulaire sanitaire souvent anxiogène pour le grand public. Elle a notamment détaillé le fonctionnement du “contact tracing”, devenu central dans la gestion des épidémies contemporaines.
Concrètement, chaque personne ayant potentiellement été exposée au virus se voit attribuer un niveau de risque. En fonction de cette classification, un suivi médical quotidien peut être mis en place pendant 42 jours. Les passagers devront surveiller leur température et signaler immédiatement l’apparition de symptômes comme la fièvre ou une fatigue inhabituelle.
« Les personnes recevront des recommandations précises sur ce qu’elles doivent surveiller et sur les numéros à contacter en cas de symptômes », a-t-elle précisé.
L’experte française a également décrit les différentes méthodes de suivi envisagées par les autorités sanitaires : visites médicales quotidiennes, appels téléphoniques réguliers ou encore outils numériques de surveillance. « Certains pays peuvent être très innovants », a-t-elle souligné, évoquant la possibilité d’un suivi via applications mobiles.
L’un des éléments marquants de cette intervention réside dans le caractère inédit de la situation. Anaïs Legand l’a reconnu sans détour : un foyer de hantavirus à bord d’un bateau resté longtemps en mer avec plusieurs décès constitue un scénario extrêmement rare. Cette singularité explique la mobilisation de nombreux experts internationaux venus notamment du Royaume-Uni, du Chili ou d’Argentine, pays confrontés par le passé à des cas similaires.
« Nous voulons nous assurer que tout le monde soit le plus aligné possible », a-t-elle résumé au sujet de cette coopération internationale.
L’OMS a également profité de cette prise de parole pour rappeler qu’aucun traitement spécifique contre le hantavirus n’existe actuellement. Les soins reposent essentiellement sur une prise en charge rapide des symptômes afin d’améliorer les chances de survie. Anaïs Legand et les responsables de l’agence ont par ailleurs démenti les rumeurs circulant sur l’efficacité supposée de l’ivermectine contre le virus, faute de preuves scientifiques.
Alors que le navire approche désormais des Canaries, l’experte française continue de superviser l’élaboration des recommandations sanitaires transmises aux autorités espagnoles. Une mission technique, discrète mais stratégique, au cœur d’une crise que l’OMS considère encore sous contrôle.
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