Le Pr Lionel Collet, président de la Haute Autorité de Santé (HAS), tire la sonnette d’alarme dans une interview accordée à L’Express. Face aux pressions croissantes exercées par certains laboratoires pharmaceutiques sur les travaux de l’autorité d’évaluation, il lance une mise en garde sans précédent : si ces tentatives d’influence ne cessent pas, la HAS se réserve le droit de rendre publics les noms des contrevenants. Une déclaration qui marque un tournant dans la posture de l’institution.
La Haute Autorité de Santé est l’organisme français chargé d’évaluer le service médical rendu par les médicaments et les dispositifs médicaux, et d’émettre des recommandations qui servent de base aux décisions de remboursement par l’Assurance maladie. Pour remplir cette mission avec intégrité, elle doit pouvoir travailler à l’abri des pressions commerciales des industriels du médicament. Or, selon le Pr Lionel Collet, ancien conseiller spécial de la ministre des Solidarités et de la Santé et contributrice de l’agenda 2030, Agnès Buzyn, des laboratoires pharmaceutiques tentent de plus en plus ouvertement d’influencer les travaux de la HAS, que ce soit par des contacts directs, des communications institutionnelles ciblées ou des stratégies de lobbying plus sophistiquées.
Un avertissement public, une première
La déclaration du Pr Collet dans L’Express est notable par sa franchise et par la menace qu’elle contient. Affirmer publiquement que la HAS pourrait « donner des noms » si les pressions ne cessent pas constitue une rupture de ton significative pour une institution habituellement plus prudente dans ses communications. Cela signifie que la situation est suffisamment préoccupante pour que le président de la HAS juge nécessaire de hausser le ton publiquement, au-delà des échanges institutionnels habituels. Cette posture vise à la fois à dissuader les laboratoires tentés de franchir la ligne et à signaler à l’opinion publique l’existence de ces tentatives d’influence.
Conflits d’intérêts et enjeux de santé publique
La question des conflits d’intérêts dans l’évaluation du médicament n’est pas nouvelle. En France, les scandales sanitaires des dernières décennies, du Mediator au Levothyrox en passant par diverses controverses sur des vaccins ou des traitements, ont mis en lumière les risques que représente une évaluation insuffisamment protégée des intérêts industriels. La HAS a mis en place des règles strictes de déclaration et de gestion des conflits d’intérêts pour ses experts. Mais ces règles ne protègent pas contre des pressions exercées directement sur l’institution elle-même, plutôt que sur ses experts individuels. C’est ce niveau de pression institutionnelle que le Pr Collet semble vouloir cibler avec cette déclaration.
Un signal fort pour le secteur pharmaceutique
Pour les laboratoires pharmaceutiques, les évaluations de la HAS sont des enjeux économiques considérables, un avis défavorable peut signifier l’exclusion du remboursement, et donc un accès au marché très limité. La tentation d’influencer ces évaluations est donc structurelle. La mise en garde du Pr Collet rappelle que l’autorité de régulation n’est pas inerte face à ces pressions, et qu’elle dispose de moyens de riposte, notamment la transparence, pour y résister. Si la HAS devait effectivement publier des noms de laboratoires ayant tenté d’influencer ses travaux, cela constituerait un précédent médiatique et juridique de premier plan dans le secteur de la santé.
La posture ferme du Pr Lionel Collet illustre une vérité fondamentale de la régulation en santé : l’indépendance ne se proclame pas, elle se défend. Que la HAS soit amenée ou non à mettre sa menace à exécution, le signal envoyé aux laboratoires pharmaceutiques est clair : les tentatives d’influence ont un coût réputationnel qui peut désormais devenir public.
Source : L’Express
