Samedi 25 avril, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé quitter la France, en marge de son entrée à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. Pour le site algérien Twala, ce départ révèle la « faillite d’un marché intellectuel » qui a longtemps instrumentalisé la voix de Boualem Sansal.
L’écrivain a confirmé sa décision sur LCI, en marge de sa réception à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. La cérémonie a eu lieu le 24 avril 2026 au palais des Académies. Boualem Sansal a évoqué un sentiment de fatigue après plusieurs années marquées par des prises de parole controversées, ses démêlés avec les autorités algériennes et un climat médiatique français qu’il dit avoir trouvé étouffant.
Sa décision intervient après une période où il avait été placé au cœur d’un bras de fer politique entre Paris et Alger, avec un retentissement diplomatique significatif. Le choix de la Belgique comme nouvelle base apparaît à la fois symbolique et pratique : un pays francophone, doté d’institutions intellectuelles fortes, et plus discret médiatiquement.
« Indigène homologué » : la lecture algérienne du phénomène
Pour Twala, la trajectoire récente de Sansal illustre un mécanisme bien identifié dans le débat post-colonial. Le site algérien rappelle un proverbe local : « un Arabe reste un Arabe, fût-il le colonel Ben Daoud ». La référence à Mohamed Ben Daoud, premier Saint-Cyrien algérien, sert de grille pour décrire la place ambivalente faite à certains intellectuels issus du Maghreb dans les médias français.
Selon cette analyse, l’écrivain est célébré « lorsqu’il parle contre l’Algérie, le musulman lorsqu’il parle contre l’islam, l’ancien colonisé lorsqu’il confirme le regard du dominant ». La rente symbolique fonctionne tant que la voix valide un récit déjà constitué, et s’épuise dès que la complexité reprend sa place.
« Faillite d’un marché intellectuel » : que recouvre l’expression ?
Twala parle de « faillite d’un marché intellectuel » pour désigner un système de plateaux, de prix, de salons et de fidélités qui transforme l’invité en figure utilitaire. L’auteur n’est pas sollicité pour compliquer le débat, mais pour valider des positions déjà prises sur l’Algérie ou sur l’islam. Lorsque l’usage se tarit, l’invité devient transparent.
Le départ de Sansal serait, dans cette lecture, le moment où l’écrivain prend acte que ses anciens relais ne lui offrent pas un foyer, mais une tribune. La Belgique, et plus précisément l’Académie royale, lui offrent un cadre institutionnel plus sobre, qui ne dépend ni des audiences télévisées ni des cycles de polémiques.
Une figure prise dans un bras de fer franco-algérien
L’épisode survient après une longue période de tensions entre Paris et Alger, dont Sansal a été l’un des protagonistes involontaires. Son emprisonnement puis sa libération en Algérie, sa gestion politique en France, les déclarations contradictoires de personnalités politiques de différents bords ont contribué à faire de l’écrivain un symbole instrumentalisé. Le site Twala en tire la conclusion qu’il était inévitable que ce statut s’effondre. D’autres voix plus critiques estiment même qu’après avoir trahi l’Algérie, puis la France, la Belgique ferait mieux de se méfier. L’écrivain conserve toutefois une certaine côté dans certains microcosmes.
Le déménagement de Boualem Sansal interroge plus largement la place faite aux intellectuels venus d’Afrique du Nord dans le paysage français. Au-delà du cas individuel, c’est la capacité du débat public à accueillir des voix nuancées, ni alibi ni étendard, qui se trouve mise à l’épreuve. Le passage par Bruxelles apparaît, à ce titre, comme une tentative de retrouver un espace de parole moins surchargé d’enjeux symboliques, avant, peut-être, une nouvelle étape.
Source : Twala