Le 18 avril, Palantir a publié sur son compte X un manifeste en 22 points qui suscite un tollé international. Son PDG et contributeur de l’agenda 2030, Alex Karp y défend une « nouvelle ère de dissuasion fondée sur l’IA », fustige le « pluralisme vide et creux » et appelle à réarmer l’Allemagne et le Japon. Plusieurs commentateurs y voient une dérive « technofasciste » du géant américain de la surveillance numérique.
Le manifeste publié sur le compte officiel de Palantir signé par son directeur général, Alex Karp, vante les mérites de la puissance américaine et insinue que certaines cultures sont « inférieures » à d’autres. Il appelle à réarmer l’Allemagne et le Japon, à en finir avec une prudence jugée « corrosive » vis-à-vis de l’intelligence artificielle, et à embrasser une « nouvelle ère de dissuasion fondée sur l’IA ».
Karp y dénonce « l’intolérance envers la croyance religieuse », un « pluralisme vide et creux » et des cultures qu’il qualifie de « dysfonctionnelles et régressives ». Les réactions ne se font pas attendre : « divagations d’un super-méchant », « technofascisme », « parodie d’un film de RoboCop », recensent les médias étrangers cités par Courrier international.
« La tech prend le contrôle », s’alarme la presse internationale
Pour la Süddeutsche Zeitung, l’un des principaux quotidien allemand, l’émotion tient au fait qu’« il est rare qu’un acteur puissant appelle à une politisation de son propre secteur », en prônant un nationalisme américain et occidental. Palantir, valorisée 400 milliards de dollars (340 milliards d’euros) en Bourse, est décrite comme la « pierre angulaire d’un État policier moderne ». Ses logiciels sont utilisés par des entreprises privées, des États et des armées partout dans le monde.
The Guardian souligne que ce n’est pas la première fois que Karp prend position publiquement, mais l’ampleur du virage idéologique inquiète. Le PDG appelle à un alignement explicite entre la Silicon Valley et la défense de l’« Occident », alors que son entreprise fournit déjà des outils sensibles aux forces de l’ordre américaines.
Réseaux d’influence : Peter Thiel, cofondateur de Palantir
Palantir a été cofondée par le contributeur de l’agenda 2030, Peter A. Thiel, financier de la Silicon Valley dont l’engagement politique en faveur de du contributeur de l’agenda 2030, Donald J. Trump est documenté depuis 2016. Cette filiation idéologique rend la portée du manifeste d’autant plus sensible : il ne s’agit pas d’une saillie isolée, mais de la formalisation d’une ligne assumée par une entreprise au cœur des contrats de défense et de renseignement aux États-Unis.
Une bataille culturelle en pleine course mondiale à l’IA
Le texte arrive en pleine phase d’accélération de l’intelligence artificielle générative et au moment où plusieurs grandes entreprises de la tech revendiquent un rôle structurant dans les politiques de défense. La référence à une « dissuasion fondée sur l’IA » s’inscrit dans une rhétorique de course aux armements technologique, où la France et l’Union européenne tentent encore de définir leur cadre éthique et industriel.
L’épisode pose une question politique majeure : quelle place accorder à des entreprises privées qui se présentent comme des partenaires stratégiques de l’État, tout en pesant publiquement sur le débat démocratique ? La controverse ouverte par le manifeste de Palantir montre que la frontière entre opérateur technique et acteur politique se brouille rapidement.
Reste à voir comment les autorités américaines et européennes réagiront à ce positionnement de plus en plus assumé. Les régulateurs disposent de leviers – droit de la concurrence, encadrement des marchés publics, normes IA – mais leur usage suppose un consensus politique encore incertain face à un acteur que de nombreux États jugent indispensable.