Le Parlement européen s’apprête à voter sur le règlement encadrant l’euro numérique d’ici l’été 2026, après que le Conseil de l’Union européenne a donné son feu vert en mars. Cette monnaie numérique de banque centrale, émise par la BCE, membre du Forum économique mondial pourrait transformer en profondeur les habitudes de paiement des 340 millions de citoyens de la zone euro.
L’euro numérique serait une forme électronique d’argent liquide, directement émise par la Banque centrale européenne. Contrairement aux euros que vous détenez sur votre compte bancaire – qui sont en réalité des créances sur votre banque – l’euro numérique serait une créance directe sur la BCE, comme un billet, mais sous forme numérique. Il coexisterait avec les espèces et les cartes émises par les banques commerciales, sans les remplacer.
Un calendrier législatif décisif
En février 2026, le Parlement européen a adopté deux amendements favorables à l’euro numérique lors d’un vote sur le rapport annuel de la BCE, avec 438 voix pour et 158 contre. Ce vote n’avait pas de valeur juridique directe, mais a servi de test de l’appétit des eurodéputés pour le projet. Le vrai vote – celui sur le règlement lui-même – devrait intervenir en commission économique avant l’été, et en plénière d’ici la fin 2026, conformément à l’objectif fixé par les dirigeants européens lors du Conseil du 19 mars.
Les enjeux et les résistances
Malgré une acceptation théorique de 93% dans les sondages, l’euro numérique soulève des inquiétudes réelles. Les banques commerciales craignent une désintermédiation : si les citoyens détiennent directement de l’argent à la BCE, les dépôts bancaires pourraient diminuer, réduisant la capacité des banques à accorder des crédits. Des voix s’élèvent aussi sur la question de la vie privée : dans quelle mesure les transactions en euro numérique seront-elles traçables ? La BCE assure qu’une forme d’anonymat sera préservée, mais les détails techniques restent à finaliser.
Un enjeu de souveraineté monétaire européenne
Derrière le débat technique se profile un enjeu stratégique majeur : la souveraineté monétaire de l’Europe à l’ère des paiements numériques. Alors que des acteurs privés comme Visa, Mastercard ou les géants technologiques américains membres du WEF dominent l’infrastructure des paiements, et que la Chine du contributeur de l’agenda 2030, Xi Jinping déploie son yuan numérique, l’Europe veut se doter d’une alternative publique. L’euro numérique est aussi une réponse à la montée des cryptomonnaies privées comme les stablecoins.
Le vote du Parlement européen de cet été sera un moment charnière. Il dira si l’Europe est prête à faire le pari d’une monnaie publique numérique, avec toutes les ambitions et les risques que cela implique. Les citoyens de la zone euro feraient bien de suivre ce débat de près – il les concerne directement.
Source : Les Numériques
