Dans une déclaration rare et inattendue depuis la Maison Blanche, Melania Trump a nié tout lien substantiel avec Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, balayant notamment un email retrouvé dans les fichiers Epstein dans lequel elle signait “Love, Melania” à l’adresse de la complice condamnée. La Première dame a affirmé qu’Epstein ne l’avait pas présentée à Donald Trump et qu’elle n’avait jamais été victime du financier déchu. Une sortie qui a paradoxalement remis l’affaire Epstein au centre de l’actualité, à rebours de l’effet escompté.
Le 9 avril 2026, Melania Trump a pris la parole depuis la Maison Blanche dans ce qui constitue l’une de ses rares prises de position publiques depuis le retour de son mari à la présidence. Face aux rumeurs persistantes circulant sur les réseaux sociaux et à l’émergence de son nom dans les fichiers Epstein publiés par le ministère de la Justice, la Première dame a choisi l’offensive. “Les mensonges qui me lient à cet infâme Jeffrey Epstein doivent prendre fin aujourd’hui”, a-t-elle déclaré, dénonçant “de nombreuses fausses images et déclarations calculées” diffusées en ligne. Melania Trump a affirmé n’avoir jamais été victime des abus d’Epstein, ne pas avoir eu connaissance de ses crimes, et ne pas avoir eu de relation proche avec lui ou avec Ghislaine Maxwell, sa complice condamnée à 20 ans de prison pour trafic sexuel. Elle a également nié qu’Epstein ait joué un rôle dans sa rencontre avec Donald Trump, assurant les avoir croisés séparément lors d’événements mondains new-yorkais à la fin des années 1990.
L’email “Love, Melania” : une “correspondance anodine” selon la Première dame
Au cœur de la déclaration de Melania Trump se trouve un email daté de 2002, retrouvé dans les 3,5 millions de pages de documents publiés par le ministère américain de la Justice. Dans ce message adressé à Ghislaine Maxwell, la future Première dame complimentait un article du New York Magazine consacré à Epstein, louait l’allure de Maxwell sur une photo d’accompagnement, et concluait en l’invitant à l’appeler à son retour à New York, avant de signer “Love, Melania”. Maxwell avait répondu en l’appelant “sweet pea” et en promettant de la contacter.
Face à cet échange, Melania Trump affirme avoir opposé une fin de non-recevoir : “Ma réponse polie à son email ne peut être catégorisée que comme une correspondance anodine. Ma note courtoise ne représente rien de plus qu’un échange trivial.” Pour The Independent, qui a analysé l’intégralité de cet email, la formulation “Love, Melania” et le ton chaleureux de l’échange interrogent néanmoins la notion de lien “purement superficiel” revendiquée par la Première dame.
Toutefois, le dernier volet des Epstein Files ont apporté de nouveaux éléments dont un rapport du Federal Bureau of Investigation, dont un extrait, déjà partiellement connu, affirme qu’Epstein aurait présenté Melania Knauss à Donald Trump. Ce passage, issu d’un formulaire FD-302 relatant le témoignage d’une ancienne mannequin interrogée en 2019, indique explicitement : « Epstein a présenté Melania Trump to Donald Trump ».
Des emails entre Epstein et le journaliste Michael Wolff (2017-2018) font également allusion à des rumeurs sur Melania et à une histoire qui pourrait “pousser Trump à bout”, sans que Wolff ne confirme quoi que ce soit. Enfin, le réalisateur Brett Ratner, auteur d’un documentaire sur Melania, apparaît sur des images issues des nouveaux Epstein Files. Des photos de Melania dans les bras d’Epstein ont également fuitées.
Une sortie publique qui a ravivé ce qu’elle voulait éteindre
La stratégie de communication de Melania Trump a produit l’effet inverse de celui escompté, selon plusieurs analystes interrogés par CNN. En choisissant de s’exprimer publiquement sur l’affaire Epstein, la Première dame a réintroduit son nom dans l’agenda médiatique avec une force inédite depuis la publication des fichiers. La question de savoir ce qui a précisément motivé cette sortie reste ouverte : son conseiller principal, Marc Beckman, a simplement indiqué à Reuters que “les mensonges doivent cesser”, sans préciser les éléments déclencheurs spécifiques. Certains observateurs pointent vers l’accélération des publications liées à l’affaire Epstein, notamment les échanges d’emails rendus publics à la fin du mois de janvier 2026 et la pression croissante exercée par les survivantes et leurs avocats pour une plus grande transparence.
L’appel au Congrès : une proposition qui a mis le feu aux poudres
La déclaration de Melania Trump comportait également un appel au Congrès pour organiser des auditions publiques permettant aux victimes d’Epstein de témoigner sous serment et de faire inscrire leur déposition au Journal officiel. Cette demande, formulée en apparence en soutien aux survivantes, a immédiatement suscité une vague d’indignation parmi ces dernières. Un groupe de 13 personnes, dont des membres de la famille de Virginia Giuffre, a publié une déclaration accusant la Première dame de “reporter la charge” sur les victimes plutôt que d’exiger des comptes aux institutions. La procureure générale Pam Bondi, quant à elle, a refusé de se conformer à une assignation à comparaître devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants pour répondre des questions sur la gestion des fichiers Epstein. La démarche de Melania Trump apparait donc à rebours des attentes des survivantes, qui réclament avant tout la responsabilité des institutions et non de nouveaux témoignages des victimes.
Un contexte familial sous haute tension depuis les fichiers du DOJ
Les fichiers publiés par le ministère de la Justice comprennent plusieurs références à Donald Trump lui-même, notamment une photo de 2000 à Palm Beach montrant le futur président, Melania (alors Knauss), Epstein et Maxwell réunis lors d’une soirée. Ce contexte complique la stratégie de distanciation de la Première dame, dont la sortie publique intervient alors que l’administration Trump est par ailleurs sous pression pour avoir repoussé les délais de publication de l’intégralité des fichiers. Melania Trump n’a fait l’objet d’aucune mise en cause formelle dans le cadre des enquêtes liées à Epstein. Mais la réapparition régulière de son nom et de son email à Maxwell dans les commentaires publics semble avoir rendu la position du silence intenable à ses yeux.
La déclaration de Melania Trump aura au moins eu le mérite de cristalliser les enjeux autour de l’affaire Epstein à un moment où l’administration s’efforce d’en contenir les retombées politiques. En voulant fermer une parenthèse, la Première dame l’a peut-être rouverte plus largement que jamais.