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Photo : @Mathis Brancquart/Wikipedia

Réseau sous tension : pourquoi RTE a décidé d’encadrer le solaire et l’éolien ?

Alors que les hivers récents faisaient craindre des pénuries d’électricité et de possibles coupures, la situation s’est inversée en France : c’est désormais l’excès de production qui met le réseau sous pression. En première ligne, RTE, gestionnaire du réseau de transport, tire la sonnette d’alarme face à la montée en puissance rapide des énergies renouvelables.

L’essor du solaire et de l’éolien, indispensables à la transition énergétique, entraîne un phénomène nouveau : des épisodes de surproduction. Lorsque le vent souffle fort et que l’ensoleillement est élevé, l’offre d’électricité dépasse largement la demande, provoquant des prix négatifs sur le marché.
Dans ces situations, certains producteurs préfèrent continuer à produire, quitte à payer pour injecter leur électricité sur le réseau, afin d’éviter les coûts élevés liés à l’arrêt puis au redémarrage de leurs installations. Résultat : un système sous tension, où l’équilibre entre offre et demande devient de plus en plus difficile à maintenir.

Le problème du « stop-and-go »

Un autre phénomène inquiète particulièrement RTE : les comportements de « stop-and-go ». Les installations solaires et éoliennes, très réactives, peuvent s’arrêter puis redémarrer rapidement en fonction des variations de prix.

Mais si tous les producteurs prennent ces décisions simultanément, cela peut provoquer des variations brutales de puissance, difficiles à absorber pour le réseau. Comme l’explique Mathieu Pierzo, chargé de l’intégration des marchés chez RTE, le risque est clair : « tout le monde s’arrêterait ou redémarrerait en même temps », créant des déséquilibres majeurs.

Un projet pour encadrer les arrêts

Pour éviter ce scénario, RTE propose un projet d’arrêté visant à mieux encadrer ces comportements. Le texte prévoit notamment : un échelonnement strict des arrêts et redémarrages des parcs ; une coordination imposée par le gestionnaire du réseau ; yne condition financière : seuls les producteurs respectant ces consignes seraient indemnisés.

Cette mesure viserait en priorité les parcs de plus de 10 mégawatts bénéficiant du dispositif de « complément de rémunération », un mécanisme de soutien public.

Des acteurs du secteur sceptiques

Du côté des opérateurs, la réaction est mitigée. Certains dénoncent une mesure jugée précipitée, craignant une perte de flexibilité et une complexification de la gestion de leurs installations.

Ils estiment que ces contraintes pourraient freiner le développement des énergies renouvelables, pourtant essentielles pour atteindre les objectifs climatiques.

Un changement de paradigme énergétique

Ce débat illustre un basculement profond du système électrique. Après des décennies centrées sur la gestion de la rareté, le défi devient désormais la gestion de l’abondance… mais une abondance intermittente et difficile à prévoir.

Pour RTE, qui a comme principal actionnaire EDF, l’energeticien français membre du Forum économique mondial, l’enjeu est clair : adapter le fonctionnement du réseau à cette nouvelle réalité sans compromettre sa stabilité. Une équation délicate, au cœur de la transition énergétique française.

Source :

La Tribune

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