Figure méconnue mais singulière du socialisme français, Robert Jospin a traversé les grandes secousses du XXe siècle en portant un pacifisme radical. Enseignant, militant libertaire, humaniste et acteur politique, il incarne une trajectoire marquée par les traumatismes de la guerre et les tensions idéologiques de son époque. Père de Lionel Jospin, celui qui semble avoir été proche de la Franc-maçonnerie a laissé une empreinte complexe, entre engagement sincère et controverses historiques.
Né le 9 juin 1899 à Saint-Quentin, dans une famille protestante modeste et pratiquante, Robert Jospin grandit dans un environnement où le travail et la foi structurent l’existence. Très tôt confronté à la rudesse sociale, il est contraint de travailler dès l’âge de treize ans.
Un pacifisme né du traumatisme de la Grande guerre
La Première Guerre mondiale constitue un tournant décisif. Il a été détenu, à seize ans, dans un camp de travail en Allemagne, Son évacuation vers la Belgique en 1917, exposent l’adolescent à la violence brute du conflit. Ces visions de morts et de mutilations forgent en lui une aversion profonde pour la guerre, qui deviendra le socle de son engagement pacifiste.
Dans l’entre-deux-guerres, son parcours oscille entre spiritualité et militantisme. Après avoir envisagé une carrière pastorale, il abandonne ses études de théologie et s’oriente vers l’enseignement. Parallèlement, il s’investit dans les milieux protestants et devient une figure active des Unions chrétiennes de jeunes gens. Son engagement politique prend forme en 1924 lorsqu’il adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) dans la tendance « planiste » de Georges Albertini, journaliste, homme politique socialiste, collaborationniste et militant anticommuniste français, proche de la franc-maçonnerie avant de rejoindre les courants pacifistes menés par Paul Faure.
Robert Jospin s’inscrit également dans le mouvement libertaire, collaborant à plusieurs publications militantes comme Le Libertaire ou La Patrie humaine. Proche de figures comme Victor Méric ou Han Ryner, il participe à l’élaboration d’une pensée pacifiste radicale, refusant toute forme de guerre. Dans les années 1930, son engagement s’intensifie au sein de la Ligue internationale des combattants de la paix, dont il devient secrétaire général en 1939. Orateur prolifique, il multiplie les conférences et défend une paix absolue, sans compromis.
Au printemps 1942, lorsque la Gestapo se présente pour l’arrêter, Jospin surprend les soldats allemands par son inclination germanophile. « Il n’est ni collaborateur ni résistant. Il est ailleurs », écrit Serge Raffy dans son livre Les Secrets de famille. Comme enfermé dans une autre réalité, une sorte de bulle pacifiste où l’on peut encore imaginer qu’un Gandhi puisse venir à bout d’Hitler.
Un positionnement trouble durant la seconde guerre mondiale
La Seconde Guerre mondiale place Robert Jospin dans une position délicate. Installé à Meudon en zone occupée, son pacifisme intégral le rapproche de milieux néopacifistes, notamment la Ligue de pensée française du Franc-maçon, René Château et du journal Germinal avec lequel il était en contact. La Ligue de pensée française, organisation tolérée par les autorités allemandes, suscite des ambiguïtés politiques. Elle ne se réclame pas de l’idéologie fasciste, mais apporte son soutien à la politique de Pierre Laval, lequel a toujours veillé à conserver des relais parmi d’anciens socialistes pacifistes dans ses affrontements avec l’amiral Darlan et avec le cercle maurrassien gravitant autour du maréchal Pétain.
Bien qu’il n’adhère pas à l’idéologie fasciste, Jospin évolue dans un espace trouble, marqué par la volonté de préserver la paix à tout prix. Dans le même temps, il aide ponctuellement des résistants, ce qui lui vaut une arrestation brève en 1942.
Un collaborateur du collabo et franc-maçon Paul Rives ?
Dans La mission de la franc-maçonnerie en France au XXIᵉ siècle, Pierre Quader avance que Robert Jospin fut l’un des « plus éminents collaborateurs » de Paul Rives, ancien député socialiste de l’Allier entre 1932 et 1942, également membre du Grand Orient de France, au sein de la loge « Les Amitiés Internationales ». Rives entretenait par ailleurs des liens avec la LICA, fondée en 1929 par Bernard Lecache, franc-maçon, et devenue ensuite la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme).
Cela ne l’empêche pas de voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, puis de s’engager dans la collaboration. Il participe à plusieurs organes de presse favorables au régime et rejoint le Rassemblement national populaire, formation politique fasciste et collaborationniste, tout en continuant à se revendiquer du socialisme. À partir de 1940, il codirige à Lyon le journal L’Effort entre 1941 et 1944 avec Charles Spinasse. Membre du RNP, il affirme en 1942 la nécessité d’une victoire allemande.
Conseiller municipal sous Vichy exclu de la SFIO après guerre
Au printemps 1944, à la suite du débarquement de Normandie, Robert Jospin, proche du franc-maçon Marcel Déat et d’autres anciens socialistes passés à la collaboration, entre au conseil municipal de Meudon sur nomination des autorités de Vichy. Cette décision lui vaut d’être exclu de la SFIO et de rester écarté du parti pendant une décennie.
Robert Jospin s’engage alors au sein du Parti socialiste démocratique fondé par Paul Faure, une formation qui regroupe des socialistes ayant été exclus de la SFIO.
En 1951, il participe à la création de la revue La Voie de la paix, organe du Comité national de résistance à la guerre et à l’oppression. Elle soutiendra l’ancien déporté et futur « père » du négationnisme français, Paul Rassinier. Robert Jospin contribue également à la fondation de l’Union pacifiste de France en 1961, défendant le désarmement unilatéral et l’objection de conscience.
Réintégré à la SFIO en 1955, il soutient paradoxalement la politique du franc-maçon Guy Mollet pendant la guerre d’Algérie, révélant les contradictions d’un parcours marqué par des choix complexes. Il quitte finalement le parti en 1965, refusant l’alliance avec les communistes autour de François Mitterrand. Fidèle à son anticommunisme, il cherche jusqu’à la fin de sa vie une voie socialiste indépendante.
Sur le plan professionnel, Robert Jospin dirige à partir de 1950 une école spécialisée pour la jeunesse en difficulté à Chamigny, fonction qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1966.
Robert Jospin était-il franc-maçon ?
Plusieurs sources, dont des spécialistes de la franc-maçonnerie et des articles de presse dont « Francs-maçons et politiques : les liaisons dangereuses », article de l’Express publié en 2009, affirment qu’Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, a publiquement déclaré que Robert Jospin avait été membre de la maçonnerie.
Certains récits indiquent qu’il aurait été invité à donner des conférences dans des loges (notamment sur le thème du pacifisme) en tant qu’intervenant, parfois dans le cadre de « tenues blanches », desconférences ouvertes à des non-maçons ou réservées aux membres mais sur des sujets profanes.
Père de sept enfants, dont Lionel Jospin, futur Premier ministre, et l’écrivaine Noëlle Châtelet, Robert Jospin meurt le 9 mai 1990 à Garches. Sa trajectoire, marquée par un pacifisme intransigeant, continue de susciter débats et analyses. Elle témoigne des dilemmes moraux et politiques auxquels furent confrontés nombre d’intellectuels et militants du XXe siècle et de ses liens étroits avec la franc-maçonnerie.
Sources : Wikipédia, L’Express, Blog de Pierre Kader, Le Monde.