Invité à revenir sur le traitement des « Epstein Files » par Mediapart lors de l’émission « La Fabrique de l’opinion » de Radio France, le journaliste Fabrice Arfi, a estimé que la publication massive de documents dans le cadre des Epstein Files ne valide pas les thèses complotistes qui circulaient depuis des années autour de l’affaire Jeffrey Epstein.
Lorsque le département de la Justice des États-Unis a rendu publics près de 3,5 millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein, la réaction a été immédiate au sein de Mediapart.
Dès le vendredi soir, la rédaction s’est plongée dans la masse documentaire. Aux côtés de son confrère François Bougon, Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes pour Médiapart est parvenu à publier dès le lundi matin des révélations concernant Jack Lang, sa fille et Jeffrey Epstein. Ces informations ont débouché sur l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier et sur la démission de Jack Lang de l’Institut du monde arabe.
Aujourd’hui, cinq à six journalistes travaillent presque à temps plein sur l’analyse de ces fichiers, selon Arfi.
Le journaliste de Médiapart souligne toutefois le contexte « particulier » des Epstein Files. Contrairement aux leaks classiques, reçus de manière confidentielle et traités en consortium restreint, ces documents sont accessibles au monde entier. Journalistes, chercheurs, citoyens, amateurs éclairés peuvent tous y accéder.
Fabrice Arfi relève également la mise en ligne chaotique par le ministère américain de la Justice, soulignant qu’une partie des documents les plus sensibles n’ont pas été pas rendue publique, notamment ceux relatifs aux faits de pédopornographie, d’abus physiques ou aux circonstances de la mort d’Epstein. Il évoque également les nombreux caviardages, déplorant que certains noms de victimes apparaissent, tandis que des noms de complices présumés sont masqués, ce qui nourrit inévitablement les soupçons.
« Non, les complotistes n’avaient pas raison »
À ce popos, et alors que les millions de documents rendus publics par le département américain de la Justice, semble donner raison aux « complotistes », pour Fabrice Arfi, cette lecture est erronée.
Selon lui, le simple fait que des mots comme « finances », « élite », « pédocriminalité » ou « juif » apparaissent dans un même dossier suffit, pour certains, à constituer une preuve globale d’un système occulte déjà fantasmé. Il parle d’un « bingo » idéologique pour ceux qui cherchaient depuis longtemps à démontrer l’existence d’un complot tentaculaire impliquant indistinctement pouvoir, argent et réseaux internationaux.
D’après Fabrice Arfir, l’existence de crimes graves et de réseaux d’influence « ne démontre pas les thèses les plus sombres que certains pouvaient avancer », souvent antisémites ou fondés sur des généralisations abusives, étaient justes. Pourtant les révélations des Epstein Files dépassent parfois l’imagination des esprits les plus féconds. Sans même évoqué les crimes qui semblent avoir été commis, les liens d’Epstein avec le Mossad sont particulièrement bien documentés et l’on se rend bien compte que le réseaux du financier s’étendait bien à travers l’élite mondialiste, comme en témoigne les problèmes actuelles des contributeurs de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Peter Mandelson, au Royaume-Uni et de la princesse Mette-Marit en Norvège, ou les ramifications menant à l’ancien ministre israëlien et contributeur du FEM, Ehud Barak, ou aux présidents américains,Donald J. Trump et Bill Clinton, eux aussi liés au WEF, pour ne citer qu’eux.
Une double pression sur les journalistes ?
Fabrice Arfi décrit même « une double injonction dans le débat public, une sorte d’étau » dans lequel les journalistes se sont retrouvés pris. D’un côté, la pression consistant à reconnaître que « les complotistes avaient vu juste », de l’autre côté, la demande inverse : « Est-ce que cela ne va pas alimenter le complotisme ou un sentiment anti-élite ? »
Pour lui, ces deux postures sont problématiques. Le rôle du journalisme n’est ni de valider des narratifs préexistants, ni de s’autocensurer par peur de leurs récupérations. Il consiste à établir des faits, à vérifier, à contextualiser.
Pour lui, ces deux postures sont problématiques. Le rôle du journalisme n’est ni de valider des narratifs préexistants, ni de s’autocensurer par peur de leurs récupérations. Il consiste à établir des faits, à vérifier, à contextualiser. L’enjeu n’est pas d’avoir « raison » idéologiquement, mais de produire une information rigoureuse.
Selon Fabrice Arfi, « la difficulté, c’est que le journalisme prend du temps ». « Il faut vérifier, confronter, être prudent. Or il y a une urgence, un appétit énorme, et chacun peut aller chercher dans ces documents ce qu’il a envie d’y trouver. Nous, il faut qu’on tienne la ligne du travail rigoureux. »
Quit à se montrer peut-être un peu trop prudent, comme ce fût le cas dans l’affaire Woerth-Bettencourt, au cours de laquelle, les liens entre l’Oréal et le Forum économique mondial n’ont pas été abordé ?
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