Lors de son meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon a ironisé sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein dans les médias français. Des propos qui lui valent de vives accusations d’antisémitisme, venues de l’ensemble de l’échiquier politique. Le leader de La France insoumise rejette toute ambiguïté et parle d’un « procès d’intention ignoble ».
La séquence a embrasé la classe politique en quelques heures. Jeudi 26 février au soir, lors d’un meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise et ancien du Grand Orient de France a ironisé sur la manière dont le nom du pédocriminel américain Jeffrey Epstein est prononcé dans les médias français. « L’affaire Epstein… Ah, je voulais dire “Epstine”, pardon ! Ça fait plus russe, “Epstine” », a-t-il lancé devant une salle hilare, poursuivant : « Alors maintenant, vous direz “Epstine” au lieu d’“Epstein”, “Frankenstine” au lieu de “Frankenstein”. Eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. »
Ces propos interviennent dans un contexte international toujours marqué par les ramifications de l’affaire Epstein, des États-Unis à l’Europe. À Lyon, la réunion publique était principalement consacrée au meurtre de Quentin Deranque et aux controverses entourant le soutien de La France insoumise à la Jeune Garde, groupuscule dissous cofondé par le député insoumis Raphaël Arnault. Mais c’est cette digression sur la prononciation du nom d’Epstein qui a cristallisé l’indignation.
Dès le lendemain, les réactions se sont multipliées. Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Yonathan Arfi, a dénoncé sur le réseau social X une interprétation « complotiste aux vrais relents antisémites », soulignant que les journalistes « ne font que prononcer un nom américain… à l’américaine ». Ils devront donc désormais parler d’Albert Einstin et non plus d’Albert Einstein ou nommer Londres, London et Rome, Roma, comme ils le font pour Kiev qu’ils appellent Kyiv.
À droite comme à gauche, les condamnations ont fusé. La ministre Aurore Bergé passé par le programme young leader de la Fondation France-Amérique fondée par les présidents Ford et VGE membres du groupe Bilderberg a affirmé que « le nouvel antisémitisme en France s’écrit en trois lettres : L-F-I ».
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, décrit par « un conseiller de ministre » dans un article de Valeurs actuelles publié en novembre 2025, comme un « archétype du franc-maçon », a jugé que le leader insoumis « joue sur l’ambiguïté ». Le président de la République et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron, a relayé une vidéo évoquant « l’antisémitisme d’extrême gauche ».
Au sein même de la gauche, les critiques ont été sévères. L’ancienne ministre socialiste Laurence Rossignol, proche de Julien Day et du contributeur de l’agenda 2030 du FEM, Laurent Fabius et qui a collaboré à un ouvrage collectif sur la laïcité pour la Fondation Jean Jaurès aux cotés de Philippe Foussier, ancien Grand Maitre du Grand Orient de France, a estimé que ces propos relevaient « des codes de l’antisémitisme ».
L’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve qui affirmait dans les colonnes du Nouvel Obs avoir des « ascendants franc-maçons » a tranché : « Mélenchon se rêvait Mitterrand, il finit comme Soral. » La cheffe des Écologistes, Marine Tondelier, a jugé que « rien ne va dans ces propos ». Quant à Jordan Bardella, qui selon Le Canard enchaîné, a été reçu le 15 février 2025 lors d’un déjeuner organisé avec des francs-maçons, il a évoqué des « relents ouvertement antisémites ».
Face à la polémique, la direction de LFI a tenté de contenir l’incendie. Son coordinateur, Manuel Bompard, a assuré que Jean-Luc Mélenchon visait ceux qui, selon lui, prononcent le nom « à la russe » pour suggérer une hypothétique opération d’influence russe et détourner l’attention d’éventuelles complicités françaises dans l’affaire. Il a dénoncé un « procès d’intention absolument ignoble ».
Sur X, Jean-Luc Mélenchon a lui-même qualifié de « consternante » la réaction de ceux qui voient dans ses propos de l’antisémitisme. « La façon de prononcer ce nom a fait l’objet de nombreux articles sans soulever aucune polémique », a-t-il écrit, ajoutant que « l’antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet ».
Alors que la presse nationale semble plus encline à s’offusquer de la mauvaise prononciation du nom du défunt financier, dont les Epstein Files révèlent la proximité avec les services de renseignement israéliens, plutôt qu’à dévoiler les dessous de cette affaire, Jean-Luc Mélenchon a publié aujourd’hui un nouveau message demandant : « Et manipulation médiatique, ça se prononce comment ? »