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Bruno LeMaire. Photo : @ Sebastiaan ter Burg from Utrecht, The Netherlands

Affaire Epstein : les personnalités françaises citées dans les documents déclassifiés

La déclassification de plus de trois millions de pages issues du dossier Jeffrey Epstein, décidée par le ministère américain de la Justice fin janvier 2026, a ravivé les interrogations en France. Des noms de responsables politiques, de figures du monde culturel et d’intermédiaires économiques français apparaissent dans ces archives judiciaires, révélant des contacts, échanges ou projets passés avec le financier américain. Si la présence dans ces documents ne vaut pas implication pénale, certaines révélations soulèvent des questions sensibles sur les relations entretenues avec Epstein.

La publication massive de documents liés à Jeffrey Epstein, annoncée le 30 janvier 2026 par le ministère américain de la Justice, marque une nouvelle étape dans un scandale aux ramifications internationales. Parmi les millions de pages rendues publiques figurent des courriels, carnets d’adresses, contrats et notes internes, dont certains mentionnent des personnalités françaises issues des sphères politique, culturelle et économique.

L’ancien ministre de la Culture Jack Lang apparaît à plusieurs reprises dans ces archives. Les documents évoquent des échanges réguliers avec Epstein et une proximité relationnelle à une période où les crimes du financier n’étaient pas encore connus publiquement. Jack Lang a reconnu ces liens passés, déclarant assumer des relations nouées « à une époque où rien ne laissait supposer » l’existence d’un réseau criminel. Son nom apparaît également dans des discussions portant sur des projets culturels et immobiliers, sans qu’aucune poursuite judiciaire n’ait été engagée à son encontre à ce stade.

Sa fille, Caroline Lang, est elle aussi citée dans les documents. Une enquête publiée par Mediapart révèle qu’elle a cofondé en 2016 avec Epstein une société offshore enregistrée aux îles Vierges américaines, présentée comme un fonds destiné à l’acquisition d’œuvres d’art. Caroline Lang a affirmé n’avoir perçu aucun bénéfice personnel et avoir quitté toute fonction liée à cette structure dès la révélation des agissements criminels d’Epstein. À la suite de ces révélations, elle a annoncé sa démission de ses fonctions au Syndicat des producteurs indépendants, invoquant la volonté de ne pas fragiliser l’institution.

Les archives mentionnent également des échanges impliquant des figures politiques françaises de premier plan. Des courriels font état de contacts indirects autour de Marine Le Pen et du Rassemblement national, dans un contexte de recherche de financements à l’international à la fin des années 2010. Ces éléments, rapportés comme des discussions ou des tentatives de mise en relation, ne constituent pas des preuves d’un financement effectif.

D’autres noms apparaissent de manière ponctuelle dans les échanges. C’est le cas de l’ancien ministre de l’Économie et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bruno Le Maire qui aurait rendu visite à Epstein à New York en 2018. Selon des échanges de courriels, Olivier Colom, ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, aurait approché Jeffrey Epstein en 2013 dans le but de rechercher des financements en vue de la candidature de Bruno Le Maire à l’élection présidentielle de 2017. Les mêmes documents font également état d’échanges de messages à caractère salace et raciste entre Colom et le financier américain.

Le mathématicien et ancien député Cédric Villani, médaille Fields 2010 et membre de la Fondation France-chine qui compte parmi ses membres fondateurs le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Arnaud Ventura, apparait également dans des échanges de courriels datant de 2017. C’est également le cas de la banquière Ariane de Rothschild qui aurait discuter avec Epstein du cas de Dieudonné.

Le volet français de l’affaire reste toutefois indissociable de la figure de Jean-Luc Brunel, présenté par plusieurs victimes comme un intermédiaire clé du réseau Epstein en France. Mis en examen pour viols sur mineures, il s’est suicidé en février 2022 à la prison de la Santé, emportant avec lui des éléments centraux de l’enquête. L’appartement parisien d’Epstein, situé avenue Foch, est décrit dans les documents comme un point d’ancrage européen du réseau, déjà perquisitionné par la justice française en 2019.

Des courriels mentionnent également le président français et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron à plusieurs reprises, avant et après son élection. En 2016, le Sultan Ahmed bin Sulayem, homme d’affaires émirati aurait indiqué à Epstein avoir échangé avec Macron, alors ministre de l’Économie, sur des projets en France. En 2018, Epstein relaie auprès du président du Forum économique mondial, Børge Brende des propositions présentées comme venant de Macron, tandis qu’un autre message sollicite son aide en décrivant un président en quête d’idées « disruptives » et animé d’ambitions européennes, voire mondiales. Aucun de ces échanges n’établit toutefois de lien direct ou d’implication personnelle entre Macron et Epstein.

À noter que Ghislaine Maxwell, franco-britannique considérée comme le bras droit d’Epstein, purge quant à elle une peine de 20 ans de prison aux États-Unis. Elle est la fille de Robert Maxwell, politicien et magnat des médias britannique juif d’origine Tchèque et d’Elisabeth Maxwell née Meynard, une historienne française spécialiste de la Shoah qui fut la première femme vice-présidente du Comité exécutif du Conseil international des chrétiens et des juifs, une fédération mondiale de 38 associations de 32 pays différents engagées dans le dialogue entre les chrétiens et les Juifs judaïques.

Les autorités judiciaires rappellent que figurer dans les archives Epstein ne signifie ni culpabilité ni implication pénale. Les documents déclassifiés rassemblent des matériaux bruts, parfois non vérifiés, qui reflètent aussi bien des relations professionnelles que des projets avortés ou des opinions personnelles. En France, l’enquête ouverte par le parquet de Paris se poursuit, malgré les obstacles liés au décès des principaux protagonistes.

Ces révélations relancent néanmoins le débat sur la transparence, l’éthique et les zones grises des relations entre élites politiques, culturelles et financières. Plus de six ans après la mort de Jeffrey Epstein, son réseau continue ainsi de projeter une ombre durable sur des institutions et des personnalités bien au-delà des frontières américaines.

Sources :

Ministère américain de la Justice – Publication des documents Epstein – 30 janvier 2026

AFP – Synthèses et réactions françaises – février 2026

Mediapart – Enquête sur les liens financiers avec Jeffrey Epstein – 2026

Méditerranée

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