Le ministère américain de la Justice a rendu publics, vendredi 30 janvier, près de trois millions de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein. Vidéos, images et archives écrites viennent enrichir un dossier déjà tentaculaire, relançant les interrogations sur les réseaux, les complicités et les liens passés avec plusieurs figures du pouvoir américain. Les premières analyses médiatiques esquissent un paysage encore trouble, marqué par la lenteur des révélations et la persistance des zones d’ombre.
L’ampleur est inédite. Plus de 2.000 vidéos, 180.000 images et environ trois millions de pages de documents ont été publiés par le ministère américain de la Justice dans le cadre du dossier Jeffrey Epstein. Cette diffusion massive, imposée par une loi votée au Congrès, s’inscrit dans une séquence entamée fin décembre avec la publication de dizaines de milliers de pièces déjà partiellement expurgées.
Lors d’une conférence de presse, Todd Blanche, numéro deux du ministère de la Justice, a précisé que la majorité des images et vidéos relevaient de la pornographie. Les visages de toutes les femmes ont été masqués, à l’exception de celui de Ghislaine Maxwell, ancienne complice du financier, aujourd’hui condamnée. Les autorités justifient ces caviardages par la nécessité de protéger les victimes.
Cette nouvelle salve intervient dans un contexte politique sensible. Todd Blanche a tenu à affirmer que la Maison-Blanche n’avait exercé « aucun contrôle » sur l’examen des documents, ajoutant sans ambiguïté : « Nous n’avons pas protégé le président Trump. » Tout membre du Congrès peut, selon lui, consulter les versions non expurgées directement au ministère. L’administration assure par ailleurs avoir achevé l’examen des dossiers, tout en reconnaissant que leur analyse complète prendra plusieurs semaines.
Les médias américains se sont aussitôt plongés dans cette masse d’archives. La chaîne CNN relève notamment l’existence d’un courriel de 2013 attribué à Elon Musk, dans lequel le milliardaire semble évoquer avec Epstein l’organisation d’un séjour sur l’une de ses îles privées. Une révélation qui contraste avec les déclarations antérieures de Musk, assurant avoir refusé toute invitation du financier sur ses propriétés de Little St. James et Great St. James, lieux centraux des abus commis pendant des décennies.
Les publications précédentes avaient surtout mis en lumière l’étendue du réseau relationnel d’Epstein, ancien financier new-yorkais retrouvé mort en prison en 2019 avant son procès pour exploitation sexuelle de mineures. Elles ont également nourri un sentiment d’inachèvement, laissant en suspens la question d’éventuels complices et celle de la première affaire Epstein, antérieure aux poursuites engagées à New York.
La lenteur de la diffusion et l’importance des documents encore non publiés alimentent la défiance. Des élus républicains comme démocrates ont fait front commun pour exiger la transparence, face aux réticences attribuées à Donald Trump. Cette prudence a irrité une partie de sa base, pour laquelle l’affaire Epstein incarne la corruption supposée des élites américaines.
Parmi les pièces déjà rendues publiques figurent des photographies de Bill Clinton en compagnie d’Epstein, ainsi que des documents attestant d’une proximité passée entre le financier et Donald Trump. Si ce dernier n’a jamais été accusé d’agissements criminels liés à Epstein, son nom apparaît à huit reprises sur la liste des passagers de l’avion privé du milliardaire entre 1993 et 1996, selon un courriel d’enquêteur daté de 2020 désormais accessible.
La publication progressive de ces archives, entre transparence revendiquée et protection des victimes, continue ainsi de nourrir un débat politique et judiciaire majeur aux États-Unis, où la demande de vérité se heurte encore à l’opacité d’un dossier hors normes.
Sources :
Le Point – Article publié le 30 janvier 2026 – https://www.lepoint.fr
AFP – Dépêches sur la publication des documents Epstein – https://www.afp.com