You are currently viewing Capgemini : l’aide apportée à la police américaine de l’immigration provoque malaise et colère en interne
Photo : @Rd.capgemini

Capgemini : l’aide apportée à la police américaine de l’immigration provoque malaise et colère en interne

La collaboration de Capgemini, groupe français membre du Forum économique mondial avec l’ICE, la police américaine de l’immigration, suscite une vive contestation parmi les salariés du groupe français. Syndicats et employés dénoncent un contrat jugé contraire aux valeurs affichées de l’entreprise, dans un contexte de durcissement des politiques migratoires aux États-Unis.

Le climat social se tend chez Capgemini. Révélée il y a une semaine par l’Observatoire des multinationales, l’existence d’un contrat entre une filiale américaine du groupe et la police fédérale de l’immigration américaine, l’Immigration and Customs Enforcement, provoque une onde de choc en interne. Plusieurs salariés et représentants syndicaux expriment leur opposition à une collaboration qu’ils estiment incompatible avec les principes éthiques revendiqués par le fleuron français de l’informatique.

Selon les bases de données gouvernementales américaines, Capgemini serait partenaire de l’ICE depuis au moins 2007, à travers divers contrats portant sur des missions de support informatique, de gestion des centres de détention ou encore d’optimisation des procédures d’expulsion. Le contrat le plus récent cristallise toutefois les critiques. Il confie à Capgemini Government Solutions des services de « skip tracing », c’est-à-dire de recherche et de localisation de personnes, à l’échelle nationale, afin de faciliter les opérations de la police de l’immigration.

D’après les informations rendues publiques, ce contrat aurait déjà rapporté 4,8 millions de dollars à l’entreprise pour le seul mois de décembre. À terme, les montants pourraient atteindre jusqu’à 365 millions de dollars, en fonction de critères de performance. Une perspective financière qui heurte une partie des salariés, d’autant plus que cette collaboration intervient dans un contexte de durcissement des pratiques de l’ICE sous l’administration de Donald Trump, récemment mise en cause après la mort de deux citoyens à Minneapolis lors d’opérations policières.

La réaction interne ne s’est pas fait attendre. Au micro de France Inter, Frédéric Boloré, représentant CFDT chez Capgemini, dit ressentir « du dégoût, de la honte et de la colère ». Il évoque également, dans d’autres médias, une véritable « nausée » face à l’implication de son entreprise. Des propos relayés par d’autres représentants syndicaux, dont Benjamin Girard pour la CGT, qui estime que ces contrats sont en totale contradiction avec les engagements éthiques et sociétaux mis en avant par le groupe.

La polémique est d’autant plus vive que Capgemini a affiché une santé financière solide. En 2024, l’entreprise a reversé près d’un milliard d’euros à ses actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions. Pour plusieurs salariés, l’argument économique ne saurait donc justifier un partenariat perçu comme moralement problématique. « Il s’agit d’un choix éthique », résument-ils, soulignant que le groupe n’est pas contraint d’accepter ce type de contrat pour assurer sa rentabilité.

Face à la contestation, Capgemini se retranche derrière l’autonomie de sa filiale américaine et assure examiner la situation. En interne, toutefois, la défiance grandit. Pour nombre d’employés, cette affaire révèle un décalage croissant entre les discours de responsabilité sociale de l’entreprise et certaines de ses activités à l’international, faisant planer la menace de remous sociaux durables au sein du groupe.

Sources :

Les numériques.com, Observatoire des multinationales

Laisser un commentaire