Une enquête menée par SOS Racisme met en lumière une pratique encore largement répandue dans l’immobilier français. En 2025, près de la moitié des agences testées ont accepté ou facilité une discrimination raciale dans l’accès au logement. Des résultats jugés alarmants, malgré un cadre légal pourtant très clair.
La discrimination raciale dans l’accès au logement demeure une réalité structurelle en France. C’est le constat dressé par SOS Racisme à l’issue d’un testing conduit en 2025 auprès de 198 agences immobilières appartenant à dix grandes enseignes nationales. L’association révèle que 96 d’entre elles ont accepté, explicitement ou implicitement, de sélectionner des locataires sur la base de critères raciaux, à la demande d’un prétendu propriétaire.
Le scénario mis en place par les militants était volontairement explicite. Se faisant passer pour des bailleurs, ils demandaient aux agences d’éviter des locataires non européens, évoquant des « problèmes de voisinage » rencontrés par le passé. Une requête illégale, parfaitement identifiée comme telle par de nombreux professionnels interrogés, mais contournée par divers subterfuges.
Certaines conversations enregistrées illustrent ces pratiques. « En tant qu’agence immobilière, je ne peux pas refuser l’accès à un logement par rapport à une couleur de peau, une ethnie ou une culture », explique ainsi une salariée avant d’ajouter : « Par contre, je peux trouver un autre moyen pour dire que le dossier n’a pas été validé. Il y a toujours une solution. » D’autres agents promettent plus directement de « filtrer » les candidatures, parfois en s’abritant derrière des clauses générales liées aux nuisances supposées.
Une courte majorité des agences testées, 102 précisément, ont néanmoins refusé toute discrimination et rappelé leur opposition à une sélection fondée sur l’origine. Un chiffre insuffisant aux yeux de Dominique Sopo, qui dénonce des pratiques professionnelles contribuant à exclure durablement des personnes perçues comme maghrébines ou subsahariennes du marché locatif.
Cette enquête s’inscrit dans une continuité inquiétante. Déjà en 2018, puis en 2022, SOS Racisme avait documenté des écarts significatifs de traitement entre candidats selon leur origine supposée, avec des probabilités d’acceptation nettement plus faibles pour les personnes racisées. « Ce nouveau testing prouve que les choses n’ont pas évolué », déplore Dominique Sopo dans les colonnes du Parisien.
Sur le terrain, ces discriminations se traduisent par des parcours résidentiels bloqués. Sophie, d’origine algérienne, témoigne auprès de BFMTV de six mois de recherches infructueuses malgré un CDI et un salaire stable. « Dès que j’envoie le dossier complet, c’est silence radio », confie-t-elle, décrivant une expérience partagée par de nombreux candidats.
Face à ces révélations, la Fédération nationale de l’immobilier a dénoncé des pratiques « inadmissibles ». Son président, Loïc Cantin, a appelé à renforcer la formation et les sanctions à l’encontre des professionnels fautifs. Dans le même temps, la ministre chargée de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a annoncé la mise en place prochaine d’une formation obligatoire pour l’ensemble des agents immobiliers, via un décret attendu dans les prochaines semaines. Une convention a également été signée entre la Fnaim et SOS Racisme, avec l’ambition affichée de reléguer ces pratiques au passé.
Source : BFMTV