Le président de la Métropole de Lyon et le maire de Lyon ont engagé une action en justice contre le média en ligne Lyon People, qu’ils accusent de diffamation à la suite d’un article publié en février 2025. En cause, un titre jugé outrageant après un accident mortel survenu dans le 3ᵉ arrondissement de Lyon. Le tribunal rendra sa décision le 17 mars, en pleine période électorale.
La confrontation s’est jouée sans les principaux intéressés. Mardi, devant le tribunal judiciaire de Lyon, s’est tenue l’audience opposant le média Lyon People au président de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, et au maire de la ville, Grégory Doucet. Les deux élus écologistes réclament chacun 10 000 euros de dommages et intérêts, estimant avoir été diffamés par un article publié le 16 février 2025 sur le site du magazine.
L’article incriminé revenait sur un accident dramatique survenu deux jours plus tôt, le 14 février 2025, avenue Félix-Faure, dans le 3ᵉ arrondissement de Lyon. Deux frères âgés de 19 et 22 ans avaient perdu la vie après avoir été percutés par un automobiliste alors qu’ils circulaient à contresens sur une voie cyclable, à bord d’une même trottinette. Le conducteur du véhicule, une Tesla, aurait été victime d’un malaise selon les premiers éléments de l’enquête.
C’est le titre de l’article, « Bernard et Doucet ont deux nouveaux morts sur la conscience », qui a motivé la plainte des deux responsables politiques, ainsi que plusieurs passages du texte jugés « diffamatoires ». Depuis 2020, Lyon People multiplie les critiques acerbes à l’encontre de la majorité écologiste lyonnaise, oscillant entre satire politique, montages photographiques et édito enflammés. Jusqu’à cette publication, les élus concernés n’avaient jamais engagé de poursuites judiciaires.
Absents à l’audience, le journaliste Marc Engelhard, connu sous le pseudonyme de Marco Polisson, et le directeur de la publication Nicolas Winckler étaient représentés par leur avocat, Jean-Pierre Stouls. Ce dernier a plaidé la liberté d’expression, évoquant des « jugements de valeur » et soulignant la dangerosité du secteur au moment de l’accident. Il a décrit une avenue transformée par des travaux en « véritable souricière » pour les cyclistes, pointant la présence de barrières en béton et l’absence d’éclairage public. Selon lui, il était légitime d’interroger la responsabilité politique après plusieurs accidents mortels survenus dans la ville.
La défense des élus a été assurée par Étienne Tête, ancien élu écologiste devenu avocat. Celui-ci a contesté fermement les accusations portées par le média, rappelant que la largeur de la voie, fixée à 4,50 mètres, respectait les normes en vigueur. Il a également invoqué des données officielles montrant une baisse de la mortalité routière dans les villes ayant réduit la place de la voiture, et souligné que l’accident était, selon l’enquête, lié à un malaise du conducteur.
L’avocat a enfin insisté sur une différence notable entre les versions numérique et papier de l’article, affirmant que cette dernière ne contenait plus les passages jugés diffamatoires. « Cela ressemble à un aveu », a-t-il estimé à l’audience, en référence aux modifications apportées après publication.
Outre les dommages et intérêts, Bruno Bernard et Grégory Doucet demandent le remboursement de leurs frais de justice, évalués à 4 000 euros. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 17 mars, une date loin d’être anodine puisqu’elle interviendra entre les deux tours des élections municipales et métropolitaines. Une échéance judiciaire qui pourrait ainsi peser sur un climat politique lyonnais déjà particulièrement tendu.
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