Au terme d’un scrutin vivement contesté, le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Yoweri Museveni a été réélu président de l’Ouganda avec 72 % des suffrages, prolongeant un règne entamé en 1986. L’opposition dénonce une élection verrouillée, marquée par des violences, une coupure d’Internet et des accusations d’intimidations massives. Le principal opposant, Bobi Wine, parle de « résultats truqués » et affirme avoir échappé à une tentative d’enlèvement.
Sans véritable surprise, Yoweri Museveni, 81 ans, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle ougandaise organisée le 15 janvier, avec 72 % des voix selon les résultats officiels. Le taux de participation est annoncé à 52 %, un chiffre qui n’a pas suffi à dissiper les soupçons entourant un scrutin dénoncé comme une mascarade par l’opposition et plusieurs observateurs internationaux.
Au pouvoir depuis près de quarante ans, l’ancien chef de la guérilla a affronté pour la deuxième fois Bobi Wine, figure populaire issue du monde de la musique et leader de la Plateforme d’unité nationale. Crédité de 25 % des suffrages, ce dernier a immédiatement rejeté les résultats, affirmant qu’ils ne reflétaient pas la volonté des électeurs. Selon la BBC, Bobi Wine dénonce un processus électoral profondément biaisé, au bénéfice du chef de l’État sortant.
La campagne et le scrutin ont été marqués par un climat de forte répression. Les Nations unies ont évoqué une élection entachée par « des intimidations généralisées » visant notamment les rassemblements de l’opposition. À la veille du vote, les autorités ont également ordonné une coupure quasi totale d’Internet sur l’ensemble du territoire, officiellement pour prévenir la désinformation et la fraude électorale. Une mesure déjà utilisée lors de précédents scrutins et vivement critiquée par les défenseurs des libertés publiques.
Les violences ont alourdi le bilan de cette séquence électorale. Bobi Wine affirme qu’au moins vingt et une personnes ont été tuées dans différents incidents à travers le pays, tandis que les autorités reconnaissent sept morts. Des chiffres difficiles à vérifier de manière indépendante dans un contexte de restrictions médiatiques et numériques.
La tension est encore montée d’un cran dans les heures suivant l’annonce des résultats. Bobi Wine a accusé l’armée d’avoir tenté de l’enlever lors d’un raid à son domicile. « Je ne suis actuellement pas chez moi, même si ma femme et les autres membres de ma famille sont toujours assignés à résidence », a-t-il déclaré, cité par Al-Jazeera. Les autorités ont fermement démenti toute tentative d’arrestation ou d’enlèvement, assurant que la sécurité du pays restait leur seule priorité.
Au-delà des frontières ougandaises, l’élection est suivie avec attention, notamment par le Kenya voisin, premier partenaire commercial de Kampala. Selon The East African, la stabilité politique de l’Ouganda est cruciale pour les échanges régionaux, des milliards de shillings de marchandises transitant chaque année entre les deux pays. La reconduction de Yoweri Museveni garantit une continuité politique, mais au prix d’un affaiblissement supplémentaire du processus démocratique, estiment de nombreux observateurs.
Sources :
Courrier international – 17 janvier 2026 – https://www.courrierinternational.com
BBC – Couverture de l’élection présidentielle en Ouganda – 17 janvier 2026 – https://www.bbc.com
Al-Jazeera – Élection présidentielle en Ouganda – 17 janvier 2026 – https://www.aljazeera.com
The East African – Résultats et contexte régional – 17 janvier 2026 – https://www.theeastafrican.co.ke