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Campagne de Russie : des analyses ADN révèlent les véritables causes de la défaite de Napoléon

Deux siècles après l’effondrement de la Grande Armée lors de la campagne de Russie, une étude scientifique remet en cause l’explication longtemps admise du typhus. Publiées en octobre 2025, des analyses ADN menées sur des soldats morts en 1812 révèlent le rôle décisif d’autres agents infectieux dans l’une des plus grandes défaites de Napoléon Bonaparte.

La campagne de Russie de 1812 demeure l’un des épisodes les plus étudiés et les plus dramatiques de l’histoire militaire européenne. À la tête d’une armée de plus de 600 000 hommes, Napoléon Bonaparte entend alors contraindre l’Empire russe à plier et poursuivre l’expansion territoriale de la France impériale vers l’Est. L’entreprise se solde par une débâcle sans précédent, marquée par la mort de près d’un demi-million de soldats en quelques mois seulement.

Pendant longtemps, l’historiographie a attribué cette hécatombe à une combinaison de facteurs bien identifiés : la stratégie de la terre brûlée menée par les troupes du tsar Alexandre Ier, l’immensité du territoire, l’effondrement logistique de la Grande Armée et, surtout, une épidémie massive de typhus. Cette dernière hypothèse semblait solidement étayée par les témoignages de médecins militaires et de survivants, décrivant des fièvres ravageuses, ainsi que par la découverte de poux de corps, principaux vecteurs de la maladie, sur des restes humains exhumés.

Des analyses antérieures avaient même permis d’identifier des traces ADN de Rickettsia prowazekii, la bactérie responsable du typhus épidémique, renforçant l’idée que la maladie avait joué un rôle central dans l’effondrement des forces françaises. Pourtant, une étude récente vient bouleverser ce récit largement admis.

Publiée le 24 octobre 2025 dans la revue scientifique Current Biology, cette recherche repose sur l’analyse ADN des dents de treize soldats morts lors de la retraite de l’armée française à Vilnius, en actuelle Lituanie. Or, contre toute attente, les chercheurs n’y ont retrouvé aucune trace du typhus.

À la place, les analyses révèlent la présence de deux autres agents pathogènes : Salmonella enterica et Borrelia recurrentis. La première est responsable de la fièvre typhoïde, une maladie distincte du typhus, bien que leurs symptômes puissent être proches. La seconde, transmise elle aussi par les poux de corps, provoque la fièvre récurrente, caractérisée par des accès fébriles violents et répétés.

Ces découvertes permettent de comprendre pourquoi la confusion s’est installée durablement dans les récits historiques. Au début du XIXᵉ siècle, la fièvre typhoïde n’était pas encore clairement identifiée comme une maladie spécifique. Ses manifestations cliniques, proches de celles du typhus, ont conduit médecins et témoins à employer des termes imprécis, voire interchangeables, pour décrire des pathologies pourtant différentes.

L’étude suggère ainsi que la défaite de Napoléon ne fut pas principalement causée par le typhus, mais par un cocktail d’infections bactériennes favorisées par des conditions sanitaires désastreuses, l’épuisement des troupes et la désorganisation logistique de la retraite. Ces maladies ont agi comme un accélérateur de l’effondrement d’une armée déjà fragilisée par le froid, la faim et les combats.

Si ces résultats n’effacent ni les erreurs stratégiques de Napoléon ni le rôle déterminant de l’hiver russe, ils apportent un éclairage nouveau sur les causes médicales de la catastrophe. Deux cents ans après les faits, la science permet ainsi de revisiter l’un des mythes fondateurs de l’histoire napoléonienne, en distinguant enfin ce qui relevait du typhus… et ce qui n’en relevait pas.

Sources :

Science et vie.

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