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Photo : @Greg Fiori

Lyon : après la fin du plan Grand Froid, les associations cherchent désespérément des solutions pour les mineurs isolés remis à la rue

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La levée du plan Grand Froid dans le Rhône, ce mardi 13 janvier au matin, a entraîné l’expulsion d’une centaine de mineurs isolés jusque-là hébergés en urgence dans le gymnase Chanfray situé dans le 2e art de Lyon. Faute de solution pérenne proposée par les autorités, les collectifs citoyens ont cherché des solutions pour ces jeunes qui se retrouvent de nouveau à la rue. Si certains d’entre eux seront logés dans l’Eglise Sainte-Polycarpe, les collectifs ont tenté de rouvrir l’ancien squat chez Gemma, mais en ont été empêché par les forces de l’ordre.

Activé le 29 décembre pour faire face à l’épisode de froid intense, le plan Grand Froid a pris fin ce matin dans le département du Rhône, à la faveur d’un redoux des températures. Une décision administrative aux conséquences humaines immédiates. À Lyon, près d’une centaine de mineurs non accompagnés, qui avaient trouvé refuge dans le gymnase Chanfray durant cette période, ont été contraints de quitter les lieux et se sont retrouvés sans solution d’hébergement.

Depuis plusieurs jours, les collectifs de soutien alertaient sur l’impasse dans laquelle se trouvaient ces jeunes, parfois en recours depuis des mois, vivant dans une extrême précarité. Selon le collectif Migrants Croix-Rousse, la fermeture du gymnase est intervenue sans qu’aucune alternative crédible ne soit proposée, malgré des demandes répétées de rendez-vous avec la Métropole de Lyon et la préfecture du Rhône.

Face à cette situation, deux rassemblements ont été organisés dans la journée pour réclamer une mise à l’abri immédiate. En réponse à l’urgence, l’église Saint-Polycarpe, située dans le 1er arrondissement de Lyon, a accepté d’ouvrir ses portes dès ce soir afin d’accueillir environ 80 personnes. Une solution précaire, reposant sur la solidarité locale, qui ne saurait toutefois se substituer à une prise en charge institutionnelle.

En fin d’après-midi, les collectifs ont également tenté d’investir un ancien bâtiment inoccupé, connu sous le nom de « Chez Gemma », qui avait déjà servi de lieu d’hébergement pour des mineurs non accompagnés il y a quelques années. L’objectif affiché était d’engager des discussions avec le bailleur social propriétaire afin de mettre en place une convention d’occupation temporaire. Cette tentative a cependant été interrompue par une intervention des forces de l’ordre, empêchant toute installation durable.

Anne, membre du collectif Soutien Migrants Croix-Rousse, dénonce une réponse policière disproportionnée face à une mobilisation citoyenne pacifique. Elle évoque des pressions, des évacuations forcées et l’usage de gaz lacrymogènes contre des personnes venues exprimer leur solidarité. À ce stade, aucun arrêté préfectoral ni décision judiciaire n’aurait pourtant été prononcé pour ordonner l’évacuation du lieu visé, soulignant selon elle l’absurdité de laisser des bâtiments vides alors que des mineurs dorment dehors.

Sur le plan institutionnel, la responsabilité continue de faire l’objet d’un renvoi croisé. La Métropole de Lyon pointe la compétence de l’État, tandis que la préfecture assure avoir renforcé son dispositif de veille sociale. Une position contestée par les collectifs, qui rappellent les recommandations du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, préconisant la prise en charge des mineurs isolés par les services de protection de l’enfance jusqu’à leur passage devant un juge. Une question qui vient d’ailleurs d’être tranchée à l’Assemblée nationale, même si la proposition de loi sur la présomption de minorité doit encore faire la navette parlementaire.

Présent sur place, Florestan Groult, vice-président insoumis de la Métropole de Lyon, a exprimé sa colère face à une situation qu’il qualifie de révulsante. Il déplore qu’au sein d’un pays disposant de ressources suffisantes, des enfants soient remis à la rue alors que des bâtiments restent inoccupés depuis plusieurs années. Pour l’élu, la question dépasse le cadre administratif et renvoie à un choix de société, en contradiction avec les principes de solidarité et d’égalité inscrits dans la devise républicaine.

Alors que les débats législatifs semblent évoluer en faveur d’une meilleure reconnaissance de la présomption de minorité pour les jeunes en recours, sur le terrain, l’urgence demeure entière.

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