Dans une analyse publiée aujourd’hui par Le Monde, la journaliste Julie Carriat éclaire la stratégie progressive de l’exécutif pour habituer les Français à l’idée d’un pays confronté à un risque de guerre. Entre discours présidentiels, initiatives institutionnelles et tensions politiques, le quotidien décrypte les ressorts d’une communication gouvernementale qui cherche autant à préparer qu’à rassurer.
L’article du Monde, signé Julie Carriat, met en lumière une évolution lente mais déterminée du discours présidentiel sur la question de la guerre. Depuis plusieurs mois, le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron déploie une communication visant à familiariser les Français avec la possibilité d’un conflit majeur, notamment face à la Russie. En mars, déjà, rappelle le quotidien, le chef de l’État expliquait dans la presse quotidienne régionale que Moscou représentait « une menace existentielle pour les Européens ».
Le 27 novembre, depuis Varces-Allières-et-Risset, Emmanuel Macron franchit une étape supplémentaire en annonçant la création d’un service national volontaire de dix mois, exclusivement militaire, à compter de l’été 2026. Le Monde souligne la solennité d’un discours où le président appelle la nation à refuser « la peur » et « l’impréparation ». Pour la journaliste, cette intervention s’inscrit dans une logique d’ensemble : ancrer l’idée que la résilience doit devenir un réflexe collectif.
Le journal rappelle que cette ligne est partagée par le chef d’état-major, le général Fabien Mandon, dont les propos récents ont déclenché une polémique en évoquant la nécessité d’« accepter de perdre ses enfants », expression choc qui a réveillé un imaginaire pacifiste très français. Le Monde insiste sur la portée symbolique de cette phrase, qui réactive des souvenirs historiques allant du Chemin des Dames aux monuments aux morts.
Le quotidien décrit également l’effort institutionnel de sensibilisation, illustré par la publication du livret « Tous responsables » par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. Celui-ci invite les citoyens à se préparer à d’éventuelles crises, qu’elles soient climatiques, sanitaires ou militaires. La députée écologiste Delphine Batho, citée par Le Monde, regrette toutefois que ce document n’ait pas été diffusé à grande échelle, dénonçant une « ambiguïté » gouvernementale oscillant entre vérité et peur d’affoler.
Le Monde rappelle que malgré une image publique favorable, l’armée reste perçue comme distante depuis la fin de la conscription en 2001. Le politologue et contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Bertrand Badie, interrogé dans l’article, explique la difficulté de rendre intelligible une menace contemporaine fragmentée : cyberattaques, infrastructures vulnérables, conflits hybrides. Selon lui, la population pressent la menace mais ne dispose pas de clés pour y répondre, ce qui nourrit l’anxiété.
Sur le terrain politique, l’analyse du Monde montre une fracture inattendue. Les mouvements les plus nationalistes, de Marine Le Pen à certaines voix souverainistes, se révèlent aujourd’hui les plus réticents à l’idée d’un affrontement direct avec la Russie. Jean-Luc Mélenchon, lui aussi cité, dénonce un alarmisme inutile. Quant à Fabien Roussel, il rappelle le traumatisme des conflits mondiaux pour critiquer la rhétorique guerrière du général Mandon.
L’article développe enfin un point central : la transformation du patriotisme français, qui glisserait progressivement vers un patriotisme européen, selon l’historienne Annie Crépin. Cette évolution servirait à justifier un engagement accru pour la défense de l’Ukraine ou la participation à des opérations de l’OTAN.
Pour Le Monde, cette stratégie de communication s’inscrit dans un débat politique profond, où se confrontent mémoire historique, perception du risque et arbitrages budgétaires. L’analyse rappelle que la fin des « dividendes de la paix », annoncée par Emmanuel Macron, oblige le pays à repenser ses priorités et ses moyens. Une bataille des esprits est engagée, conclut en substance le quotidien, sans certitude sur la manière dont elle sera reçue.
Sources :
Le Monde – Comment l’exécutif tente de préparer l’opinion à l’éventualité d’une guerre (28 novembre 2025) – lien