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Christophe Gomart. Image : Capture d'écran France Info.

Défense : Christophe Gomart estime qu’au moins 10% de la population devrait être en mesure de faire un service militaire volontaire

Invité de Franceinfo, le député Les Républicains Christophe Gomart, vice président de la Commission Défense à l’Assemblée nationale et ancien directeur du renseignement militaire français (DRM) a livré ce matin une analyse sans détour sur le nouveau dispositif de service national annoncé par l’exécutif. Dans un contexte géopolitique tendu, marqué par la guerre aux portes de l’Europe et une inquiétude croissante sur les capacités de défense françaises, le gouvernement prévoit d’accueillir dès l’an prochain 3 000 jeunes volontaires. Pour l’élu, cet effort reste largement insuffisant, même s’il constitue un premier pas.

Christophe Gomar a tout d’abord invité à prendre du recul sur le lien direct que certains établissent entre ce projet et la situation en Ukraine. Il rappelle que cette réforme s’inscrit dans une réflexion amorcée dès 2017 avec le Service national universel. L’ambition initiale était de permettre à des jeunes de participer à l’engagement national, au-delà de l’armée, en revivifiant la cohésion et l’esprit de défense. Il estime que le SNU avait reçu un accueil favorable sur le terrain, notamment dans le Morbihan où il a été expérimenté, mais s’est heurté à une organisation interministérielle lourde et complexe. Un dispositif apprécié des participants mais difficile à déployer, selon l’élu.

Interrogé sur la portée réelle des 3 000 premières recrues, Christophe Gomart estime que ce chiffre ne peut en aucun cas transformer les capacités militaires françaises. Il parle néanmoins d’un effort utile pour renforcer ce qu’il appelle les forces morales du pays. Il souligne l’écart entre ce contingent modeste et une classe d’âge qui rassemble environ 800 000 jeunes. Trois mille volontaires ne représentent que 0,3 %, ce qui reste symbolique, même si le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Emmanuel Macron veut élargir ce dispositif à 80 000 jeunes d’ici 2030,  250 000 d’ici 2036.

Mais ce n’est pas suffisant pour Gomart, pour que ce service national devienne réellement efficace dans une logique de défense, il plaide pour un modèle plus ambitieux, inspiré de la Norvège ou de plusieurs pays scandinaves où une partie significative de la jeunesse effectue une formation militaire. Selon lui, un seuil minimal de 10 % serait nécessaire pour constituer un vivier crédible en cas de crise majeure. Cette montée en puissance demanderait toutefois une préparation plus vaste sur les plans logistique, matériel et humain. Pour Christophe Gomart, cette montée en charge doit être maîtrisée, mais elle devra surtout être accélérée si la France veut faire face à un monde où les menaces ne cessent de se rapprocher.

Jean-Michel Jacques a également expliqué qu’une crise majeure correspondrait d’abord à une attaque sur le sol français, ce qui pourrait rendre le service national obligatoire. Interrogé sur une éventuelle agression contre la Pologne, il rappelle que la France agirait dans le cadre de l’OTAN et de l’Union Européenne, sans être seule en première ligne. Il souligne qu’avant d’en arriver à mobiliser des jeunes du service national, une coalition internationale interviendrait. Christophe Gomart considère pour sa part que la France devrait impérativement s’engager si un pays balte était attaqué, alors que l’Institut Montaigne dirigé par le Henri de Castries président du comité de pilotage du groupe Bilderberg vient de publier une note affirmant que la Russie envisageait de provoquer l »alliante atlantique en attaquant l’un de ces pays. Il invoque les obligations prévues par l’OTAN et par l’article 4.7 du traité européen, estimant qu’une absence de réaction affaiblirait gravement la crédibilité française.

Gomart estime que l’armée française n’est pas en difficulté par manque de compétence, mais parce que la nature des menaces a profondément évolué depuis la fin de la Guerre froide. Après la chute du mur de Berlin, les effectifs et les moyens ont été réduits au nom des dividendes de la paix, avec un redéploiement budgétaire vers d’autres priorités nationales, regrette-t-il. Ce choix a progressivement laissé l’armée avec un format moins adapté à un conflit long et intense. Selon lui, il ne s’agit donc pas d’un aveu de faiblesse des militaires, mais d’un décalage entre les moyens hérités de cette période et les nouvelles réalités géopolitiques. Il souligne que la France a engagé un effort de réarmement depuis 2017, avec une hausse importante du budget de la défense qui doit être doublé sur dix ans.

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