À trois jours d’un procès très attendu, Rue89Lyon a publié de nouveaux éléments pour défendre son enquête sur les investissements de Jean-Michel Aulas et de son fils Alexandre dans un terminal pour jets privés lié à plusieurs juridictions offshore. Le média lyonnais comparaît ce mardi 18 novembre devant le tribunal judiciaire de Lyon après une plainte en diffamation déposée par l’ancien président de l’Olympique lyonnais et son fils, désormais tous deux engagés dans la bataille municipale.
Le dossier remonte au 16 octobre 2023. Rue89Lyon révélait alors que la famille Aulas figurait parmi les investisseurs d’Embassair, une aérogare de luxe pour jets privés installée à Miami. L’enquête s’appuyait sur des documents issus du registre du commerce du Luxembourg, montrant que Jean-Michel Aulas et son fils faisaient partie des fondateurs d’Embassair Group International. Les deux hommes y apparaissaient clairement comme administrateurs, tandis que d’autres documents précisaient leurs rôles au sein de la gouvernance, Jean-Michel Aulas au conseil de surveillance et Alexandre Aulas au directoire.
Le média mettait également en lumière la structuration internationale du projet, reliant le Luxembourg, les Îles Vierges Britanniques et le Delaware, territoire américain régulièrement accusé d’abriter des sociétés écrans. Rue89Lyon publie désormais ces documents, affirmant qu’ils confirment la solidité de son enquête. L’équipe d’Aulas tente de nuancer en évoquant une participation minoritaire et des droits limités de la holding familiale Holnest.
La séquence touche à un autre point sensible : l’existence d’une filiale Embassair Group US immatriculée dans le Delaware. L’équipe d’Aulas réfute l’idée d’un recours à un paradis fiscal. Le média cite pourtant l’analyse de magistrats spécialisés dans les affaires politico-financières, dont Renaud Van Ruymbeke, pour qui le Delaware constitue de facto une juridiction permettant d’échapper à certains impôts. Rue89Lyon rappelle qu’un million de sociétés y sont enregistrées, parfois sans activité réelle.
L’enquête évoque également la participation d’un autre proche de Jean-Michel Aulas, l’entrepreneur Michel Reybier, via une société implantée dans les Îles Vierges Britanniques. Si l’équipe Aulas se montre évasive sur ce point, les documents mentionnés semblent faire apparaître des liens capitalistiques entre les véhicules offshore et Embassair.
Les représentants de Jean-Michel Aulas dénoncent des insinuations diffamatoires et un amalgame entre enjeux financiers anciens et contexte politique actuel, alors que l’ancien président de l’OL est candidat à la mairie de Lyon. Ils affirment que leur investissement relève d’une logique d’innovation dans le service et non d’un positionnement sur l’aviation privée. Rue89Lyon souligne de son côté que l’audience tombe à quelques mois des municipales en raison même du choix procédural opéré par la famille Aulas, qui avait opté pour une plainte contre X avec constitution de partie civile, un processus plus long qu’une citation directe.
Le procès du 18 novembre s’annonce particulièrement scruté. Il interroge à la fois la liberté de la presse, la responsabilité des personnalités publiques dans leurs montages financiers et les effets politiques d’une affaire révélée deux ans plus tôt. Rue89Lyon affirme se rendre à l’audience avec des preuves solides. Du côté d’Aulas, on dénonce une entreprise de déstabilisation. Le tribunal devra trancher.
L’ancien président de l’OL semble, en tout cas, déterminé à s’appuyer sur l’outil judiciaire pour encadrer sa campagne. Il y a quelques semaines, lorsque le sénateur écologiste Thomas Dossus avait souligné que les sondages flatteurs accompagnant le lancement de la candidature de Jean-Michel Aulas avaient été financés par sa propre société, l’élu avait immédiatement été contacté par les avocats du chef d’entreprise.
Source : Rue89Lyon.