Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon 2, a été pris à partie le 1er avril par un groupe d’étudiants militants en pleine intervention. L’enseignant, accusé de positions pro-israéliennes et prorégime syrien, a quitté l’amphithéâtre sous les huées. Une enquête est en cours.
La tension est montée d’un cran à l’université Lumière Lyon 2. Mardi 1er avril, Fabrice Balanche, maître de conférences en géographie et spécialiste du Moyen-Orient, a vu son cours interrompu par une quinzaine d’individus encapuchonnés scandant des slogans hostiles tels que : « Racistes, sionistes, c’est vous les terroristes ».
L’enseignant a préféré quitter la salle immédiatement, dans un climat houleux, marqué par des accusations de « colonialisme » et de « militantisme d’extrême droite ». Une pancarte « Pour une Palestine libre » a également été brandie.
Des militants revendiquent l’action
Le groupe Autonomes de Lyon 2 a revendiqué l’intrusion via un communiqué publié le 4 avril sur Instagram. Ils accusent Fabrice Balanche de tenir des propos « colonialistes », d’être un soutien affiché au régime de Bachar al-Assad et de promouvoir la politique israélienne. « Sa place n’est pas à l’université mais sur un plateau de CNews », peut-on lire dans leur texte.
En réponse, le syndicat UNI, classé à droite, a dénoncé ces méthodes et appelé l’université à rétablir l’ordre.
Le professeur dénonce des intimidations
Interrogé sur CNews, Fabrice Balanche, parle d’une campagne de harcèlement menée par des groupes propalestiniens présents à Lyon 2 depuis deux ans, et renforcée selon lui depuis les attaques du 7 octobre 2023. Il affirme avoir été pris pour cible après s’être opposé à une soirée de rupture du jeûne sur le campus.
Le parcours de Fabrice Balanche
Passé par l’université de Tours et Lyon 2, ce spécialiste du Proche-Orient et plus particulièrement de la Syrie, avait déposé un recours administratif pour avoir été écarté en décembre 2014 de la candidature à un poste de maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Lyon. Il dénonçait depuis une idéologie dominante dans le monde universitaire, qu’il qualifiait de « totalitaire », pointant un « islamisme rampant ».
En 2015, Fabrice Balanche décide de se mettre en disponibilité de Lyon 2 et de s’expatrier aux États-Unis. Il avait d’ailleurs travaillé entre 2012 et 2015 pour le Washington Institute for Near East Policy (WINEP), un think tank américain basé à Washington par lequel est passé le contributeur de l’agenda 2030 du Forum économique mondial, Michael Herzog, qui se concentre sur la politique étrangère des États-Unis vis-à-vis des pays du Proche-Orient. Le WINEP a été fondé par des proches de l’AIPAC, l’un des plus puissants organes de lobbying pro-israélien aux États-Unis, par lequel sont passés les contributrices du FEM, Ruth Moatti et Nikol Roitman. Le WINEP est régulièrement accusé de proposer des analyses favorables à l’extrême droite israélienne.
En 2016, Fabrice Balanche a participé à un voyage en Syrie organisé par l’association Al Karma, proche du régime de Damas et en lien avec SOS Chrétiens d’Orient. Il accompagne plusieurs figures de l’extrême droite française comme André Bercoff, Thierry Mariani et Julien Rochedy, et rencontre à cette occasion le président syrien Bachar el-Assad.
L’universitaire a également collaboré de 2017 à 2018 à la Hoover Institution, une bibliothèque et un think tank américain situé à l’université Stanford, membre du Forum économique mondial, qui fut financée à sa création par la fondation Rockefeller et qui a longtemps assuré la formation des élites du Parti républicain, notamment sous Georges W. Bush.
Conseiller municipal membre de la majorité du maire LR de Caluire-et-Cuire, Philippe Cochet est ami sur LinkedIn avec l’ancien député et franc-maçon, Hubert Julien-Laferrière. Dans un papier sur Lattaquié, il fait également l’éloge du contributeur du FEM, Jacques R. Saade, fondateur de CMA CGM, le groupe maritime membre du FEM, qui avait permit à la ville de relancer son activité conteneur.
L’université et le parquet réagissent
Suite à l’incident de mardi, le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour entrave à l’exercice de la fonction d’enseignant. L’université a, de son côté, accordé une protection fonctionnelle à l’enseignant et l’accompagne dans sa plainte. Un signalement a été transmis au procureur.
Les réactions politiques
Dans un communiqué conjoint, les ministres Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) et la contributrice du FEM, Elisabeth Borne (Éducation) ont exprimé leur soutien à Fabrice Balanche et exigé des sanctions : « Rien ne peut justifier que des individus masqués et cagoulés menacent un professeur. »
L’eurodéputé LR, François Xavier Bellamy, qui est passé par les cabinets de la garde des Sceaux, Rachida Dati et de Nathalie Kosciusko-Morizet, Young Leader de la Fondation France-Amérique, fondée par les présidents Gérald Ford et VGE, membres du groupe Bilderberg, qui préconisait un rapprochement avec Éric Zemmour, lors de l’élection présidentielle 2022, afin de faire face au « défi de civilisation » a apporté son soutien à Balanche et condamné « la violence d’extrême-gauche ».
Le député LR et young leader de la Fondation France-Amérique, Laurent Wauquiez, a qualifié cet acte d’ « Intolérable ». « Pas de compromis, pas de compromission. Une seule règle : la laïcité à l’université. »
Marine Le Pen a également adressé son soutien « à un courageux professeur qui a été malmené sous les insultes à relent antisémite pour avoir refusé que nos valeurs et la laïcité soient bafouées au sein de l’université« . « Il est temps que ces attaques ne soient plus tolérées et de mettre fin à cet entrisme islamiste. Nous exigeons une enquête, des sanctions exemplaires et des suites judiciaires contre ces individus ».