Elon Musk a annoncé un virage stratégique majeur pour SpaceX. Dans un mémo adressé aux investisseurs, le patron de la firme spatiale affirme vouloir concentrer les efforts de l’entreprise sur la création d’une « ville autonome » sur la Lune d’ici à 2036. Un projet spectaculaire, présenté comme une étape décisive pour la survie de la civilisation humaine et pour l’exploration spatiale à long terme.
Le changement est brutal et assumé. Longtemps obsédé par Mars, Elon Musk place désormais la Lune au centre de sa vision spatiale. Dans un document interne transmis aux investisseurs de SpaceX, le milliardaire américain annonce que la priorité stratégique de l’entreprise sera la construction d’une « ville autonome » sur le satellite naturel de la Terre, pensée comme une base avancée pour des expéditions plus lointaines dans le système solaire.
Cette inflexion tranche avec les déclarations passées de l’entrepreneur. Encore récemment, Elon Musk jugeait les projets lunaires secondaires, qualifiant la Lune de « distraction » par rapport à l’objectif martien. Il affirmait vouloir envoyer une première mission vers la planète rouge lors du prochain alignement planétaire dès la fin de l’année 2026. Désormais, la Lune apparaît comme une étape jugée plus rapide et plus sûre pour assurer, selon ses mots, « l’avenir de la civilisation ».
Dans un message publié le 8 février sur X, Elon Musk assume ce repositionnement : « SpaceX se concentre désormais sur la construction d’une ville autonome sur la Lune, un objectif potentiellement atteignable en moins de 10 ans, contre plus de 20 ans pour Mars ».
Il maintient que « La mission de SpaceX demeure inchangée : étendre la conscience et la vie, telles que nous les connaissons, aux étoiles ». Elon Musk rappelle que les fenêtres de tir vers Mars sont extrêmement contraintes, l’alignement des planètes ne permettant un départ que tous les 26 mois, pour un trajet d’environ six mois. À l’inverse, la Lune est accessible presque en continu, avec des possibilités de lancement tous les dix jours et un voyage d’à peine deux jours. Cette différence logistique permet, selon lui, d’avancer bien plus rapidement dans la construction d’une ville lunaire que dans l’établissement d’une colonie martienne.
Le fondateur de SpaceX précise toutefois que l’objectif de bâtir une ville sur Mars reste d’actualité et pourrait entrer en phase opérationnelle d’ici cinq à sept ans. Mais dans l’immédiat, la priorité stratégique est claire : sécuriser l’avenir de la civilisation humaine en misant sur l’astre le plus proche et le plus accessible, la Lune.
Selon une source citée par le Wall Street Journal, un premier alunissage d’un vaisseau Starship sans équipage pourrait intervenir dès mars 2027. La colonie lunaire, quant à elle, serait progressivement développée jusqu’à devenir autosuffisante au milieu des années 2030.
Cette nouvelle ambition intervient dans un contexte industriel particulier. Elon Musk vient de valider la fusion de SpaceX avec son entreprise d’intelligence artificielle xAI. L’entité issue de ce rapprochement pèserait environ 1 275 milliards de dollars, selon les estimations avancées. L’objectif affiché est de mutualiser les capacités technologiques pour développer des centres de données spatiaux, capables de soutenir financièrement et logistiquement des bases autonomes sur la Lune, puis sur Mars.
Dans la vision du milliardaire, ces infrastructures orbitales et lunaires permettraient non seulement de financer l’exploration spatiale, mais aussi de créer un écosystème technologique indépendant de la Terre. La « ville lunaire » ferait ainsi office de hub stratégique, à la fois scientifique, industriel et logistique, destiné à préparer une expansion humaine plus large dans l’espace.
Sur le plan politique, cette annonce pourrait trouver un écho favorable à Washington. Donald Trump, revenu à la Maison-Blanche, a réaffirmé à plusieurs reprises son ambition d’envoyer de nouveaux astronautes américains sur la Lune. Dès son premier mandat, il défendait l’idée d’y établir une base permanente, notamment pour contrer les ambitions chinoises. La perspective de voir Pékin poser ses taïkonautes sur la Lune avant les États-Unis constitue un enjeu symbolique majeur pour l’administration américaine.
Reste la question du rôle de la NASA. Si SpaceX est un partenaire central du programme Artémis, l’agence fédérale se montre de plus en plus critique face aux retards accumulés sur le développement du vaisseau Starship, censé permettre un alunissage habité. Initialement prévue pour 2025, cette échéance a déjà été repoussée, au point que l’administration américaine a annoncé l’ouverture d’un appel d’offres concurrent.
Dans ce contexte, un rival se détache : Blue Origin, fondée par Jeff Bezos. La société a confirmé en janvier la suspension de ses projets touristiques pour se concentrer sur un atterrisseur lunaire. Une concurrence directe que Musk dit relativiser, rappelant que la NASA ne représenterait plus qu’environ 5 % des revenus de SpaceX en 2026, l’essentiel provenant de sa constellation satellitaire Starlink.
Avec cette « ville autonome » sur la Lune, Elon Musk pousse plus loin encore sa logique de rupture. Entre pari technologique, calcul géopolitique et aspiration civilisationnelle, le projet s’annonce comme l’un des plus ambitieux jamais formulés dans l’histoire de la conquête spatiale.
Sources :
L’Express, Reuters, Wall Street Journal