Le président écologiste de la métropole de Lyon, Bruno Bernard, officialise sa candidature aux métropolitaines 2026. Après un premier mandat marqué par la transition écologique, il recentre sa campagne sur le social et les services publics. Face à lui, une droite rassemblée autour de Véronique Sarselli et de Jean-Michel Aulas entend renverser l’équilibre politique local, même si le profil rassembleur de l’écologiste pourrait lui permettre de briguer un deuxième mandat.
La campagne métropolitaine lyonnaise entre dans une phase décisive. À quatre mois du scrutin de mars 2026, Bruno Bernard, 54 ans, président sortant de la métropole de Lyon, a confirmé dans un entretien au Progrès, qu’il briguerait un second mandat. L’élu écologiste, à la tête de la deuxième métropole de France depuis 2020, veut aborder un nouveau cycle politique davantage consacré au social, au pouvoir d’achat et aux services publics, après un mandat initial centré sur l’écologie et la mobilité durable.
L’entretien de Bruno Bernard accordé au Progrès
Durant ces quatre années marquées par la pandémie et des chantiers d’ampleur, Bruno Bernard a profondément transformé le territoire : végétalisation massive des espaces urbains, près de deux cents kilomètres de pistes cyclables déployés, développement du tramway, reprise en main publique de la gestion de l’eau. “Nous avons fait beaucoup et parfois vite pour ne pas perdre de temps”, confie-t-il, assumant la cadence soutenue du début du mandat, même s’il s’agit d’une véritable prise de risque alors que cette politique de grands travaux est actuellement en train de plombée la campagne des écologistes.
Des projets de long terme qui ont constitué le cœur de son action, et qu’il revendique aujourd’hui comme des fondations solides avant une “nouvelle étape” tournée vers le lien social et la solidarité. Il faut dire que la Métropole de Lyon a été à l’origine d’initiative innovante avec les Tiny houses qui accueillent notamment des femmes avec enfants de moins trois ans en priorité et l’ouverture des Stations 1 et 2, pour accueillir les mineurs en reçours, dispositifs uniques en France mis en place avec la Préfecture, mais la collectivité reste critiquée sur ce point sur son aile gauche et par les associations face à cette crise humanitaire d’envergure. Le deuxième mandat de Bruno Bernard pourrait peut-être apporter plus de solutions.
Dans Ies colonnes du Progrès, Bruno Bernard évoque une équipe renouvelée, rassemblant les forces de gauche traditionnelles (PS, Écologistes, PCF) ainsi que des mouvements plus récents (Place publique, Voix commune), bénéficiant également du soutien de personnalités locales issues de divers horizons, dont d’anciens proches de Gérard Collomb et l’ex-président de la Métropole David Kimelfeld. Bruno Bernard regrette cependant que La France insoumise ait choisi de présenter des listes concurrentes, suivant selon lui une logique nationale plutôt que locale.
S’il revendique les réalisations de son mandat : attractivité économique renforcée, développement touristique, poursuite des grands projets urbains, déploiement des politiques sociales, transition écologique, il reconnaît toutefois des difficultés liées à la crise sanitaire, à l’inflation et aux restrictions budgétaires imposées par l’État.
Pour le prochain mandat, il fixe trois priorités : le logement, le renforcement des services publics et la poursuite de l’adaptation au changement climatique. Sur les critiques concernant les mobilités, il assume un rythme soutenu de travaux, estimant que certains projets auraient dû être lancés depuis longtemps, tout en promettant un étalement et une meilleure coordination des chantiers dans les années à venir.
Un context délicat
La vague écologiste de 2020, portée par les marches pour le climat, s’est affaiblie, tandis que la contestation s’est durcie. Commerçants et opposants dénoncent un excès de “dogmatisme”, certains maires reprochant au président métropolitain un manque de concertation. Sur le terrain, les critiques se cristallisent notamment sur la zone à trafic limité (ZTL) instaurée dans l’hypercentre de Lyon, symbole pour ses adversaires d’une gouvernance trop verticale.
Face à Bruno Bernard, la droite s’organise méthodiquement. Véronique Sarselli, maire LR de Sainte-Foy-lès-Lyon, mène la bataille métropolitaine et promet de revenir sur plusieurs mesures phares des écologistes, à commencer par la ZTL. Mais c’est surtout l’arrivée de Jean-Michel Aulas qui bouleverse le paysage. L’ancien président de l’Olympique lyonnais, désormais patron du micro-parti “Cœur lyonnais” et adoubé par Laurent Wauquiez, imprime sa marque sur les listes LR. Fort de sa notoriété, présenté comme favori à la mairie de Lyon face à Grégory Doucet, il cherche désormais à peser aussi sur la métropole.
Bruno Bernard voit dans cette alliance un rassemblement hétéroclite des droites et de la macronie, sans profondeur programmatique. “Je n’ai jamais connu une campagne d’un niveau aussi médiocre, sans argument ni projet”, déplore-t-il, dénonçant “invectives” et “chiffres tronqués”.
Répondant aux attaques de ses adversaires, notamment Jean-Michel Aulas et l’alliance LR–macronistes soutenant des audits, Bernard insiste sur la transparence totale de l’action publique. Il dénonce une campagne marquée par les « fake news » et des polémiques sans propositions concrètes. Il oppose à ses critiques l’écologie du quotidien : baisse de la pollution, progression de la fréquentation des transports, plantations massives, collecte gratuite des encombrants, baisse notable des accidents de la route.
Une personnalité de rassembleur
Face à Jean-Michel Aulas, la gauche tente de rétablir l’unité : après l’appel des maires de Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Vénissieux, une centaine de personnalités locales ont signé le 20 novembre un texte contre “les droites réactionnaires”.
Pour mener cette campagne stratégique, Bruno Bernard s’appuie sur Lise Deshautel, sa directrice de campagne, figure aguerrie de la vie politique européenne. Celle-ci promet une ligne claire, articulée autour de la solidarité, du logement et de la qualité de vie, afin de reconquérir un électorat écologiste fragilisé mais toujours influent dans la métropole.
Bernard revendique également de s’inscrire dans une continuité lyonnaise faite de coopération plutôt que de rupture, dans la tradition amorcée dès les mandats de Raymond Barre puis Gérard Collomb, qu’il dit avoir prolongée tout en l’adaptant. Récemment Rolland Bernard, ancien proche de Collomb a d’ailleurs affirmé que les écologistes étaient les véritables héritiers du maire de Lyon, alors que l’ancien président de l’OL revendique cette héritage, au grand dam de Caroline Collomb. Pour Bruno Bernard, l’enjeu de cette élection est d’empêcher une alliance de droite et de macronistes qu’il juge dangereuse pour les avancées sociales et écologiques réalisées.
À l’heure où l’arène lyonnaise devient le théâtre d’un affrontement politique inédit, la candidature de Bruno Bernard marque le début d’une bataille électorale serrée, dans un territoire clé où se joue bien plus que le simple avenir local : un rapport de force national entre écologie politique, droite recomposée et ambitions personnelles de poids lourds régionaux.
Sources :
Le Progrès, Le Monde, Lyon Mag