Battue au second tour des municipales à Lyon, la liste menée par Jean-Michel Aulas refuse de reconnaître sa défaite. L’ancien président de l’Olympique lyonnais évoque des “irrégularités” et engage un recours devant la justice administrative. Une procédure encadrée par des règles strictes et dont l’issue reste incertaine.
On n’en était pas loin de l’assaut de la Préfecture. Surnommé par les écologistes le « Trump lyonnais » pour sa tendance à relayer de fausses informations tout en accusant les Verts de désinformation, Jean-Michel Aulas va jusqu’à contester le résultat de l’élection, à l’image de Donald Trump après la présidentielle américaine.
Crédité de 49,33 % des suffrages face au maire écologiste sortant Grégory Doucet, réélu avec 50,67 %, Jean-Michel Aulas a décidé de ne pas en rester là. L’écart, inférieur à 3 000 voix, nourrit la contestation du candidat soutenu par la droite et le centre, qui affirme que “les résultats sont beaucoup plus serrés que ne l’avaient annoncé les médias”.
Depuis son quartier général de campagne, l’homme d’affaires de 77 ans a dénoncé des “nombreuses irrégularités” sans en détailler précisément la nature. Dans son entourage, certains évoquent notamment des anomalies liées à la couleur des bulletins de vote. Une réserve qui s’inscrit dans une stratégie claire : engager un recours électoral pour tenter d’invalider le scrutin.
À la Prefecture, un journaliste lui a demandé si ce recours n’était pas “un réflexe de mauvais joueur ou une contestation de l’arbitre”, ce a quoi, l’ancien président de l’OL a refusé de répondre.
Jean-Michel Aulas insiste sur la nécessité de faire toute la lumière sur les conditions du vote, estimant qu’“à l’heure actuelle, on ne sait pas qui a gagné Lyon”.
De son côté, Grégory Doucet a salué le travail des agents publics mobilisés durant ses élections municipales dès sa prise de parole. “Sans les agents publics de la Ville de Lyon et de la Préfecture, notre droit fondamental a choisir nos représentant serait menacé”.
Une procédure encadrée et exigeante
Sur le plan juridique, le recours engagé par Jean-Michel Aulas obéit à un cadre précis. Le Code électoral permet à tout électeur ou candidat de contester la validité d’un scrutin devant le tribunal administratif. Mais cette contestation doit être déposée dans un délai très strict : avant 18 heures le vendredi suivant l’élection, soit le 27 mars dans ce cas précis.
Au-delà du calendrier, la charge de la preuve constitue l’obstacle principal. Le requérant doit démontrer non seulement l’existence d’irrégularités, mais aussi leur ampleur et leur impact sur le résultat final. Cela suppose de produire des éléments concrets, comme des observations consignées dans les procès-verbaux des bureaux de vote ou des preuves matérielles d’anomalies lors du dépouillement.
Le juge administratif adopte, en la matière, une approche pragmatique. Comme le rappellent les spécialistes du droit électoral, la simple constatation d’irrégularités ne suffit pas à invalider une élection. Encore faut-il que celles-ci aient altéré la sincérité du scrutin, autrement dit qu’elles aient pu modifier l’issue du vote.
Une issue incertaine
Dans ce contexte, les chances de succès du recours apparaissent limitées, notamment au regard de l’écart de voix, bien que réduit. Le tribunal devra apprécier si les irrégularités alléguées sont suffisamment graves et nombreuses pour remettre en cause la légitimité du résultat.
Parallèlement, le maire réélu dispose lui aussi d’un droit de réponse. Il peut déposer un mémoire en défense dans un délai de cinq jours afin de contester les accusations portées contre le déroulement du scrutin. Pour l’instant, il s’est dit “confiant” à l’annonce du recours d’Aulas.
Sources :
Franceinfo – Le Progrès