You are currently viewing Lyon : Jérôme Lavrilleux, un communicant au passé politique chargé de durcir la campagne d’Aulas
Jérôme Lavrilleux en 2014. Photo : @Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Lyon : Jérôme Lavrilleux, un communicant au passé politique chargé de durcir la campagne d’Aulas

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:REGION
  • Commentaires de la publication :0 commentaire

À Lyon, la campagne municipale de Jean-Michel Aulas se radicalise à mesure que l’échéance approche. En coulisses, l’influence de Jérôme Lavrilleux, ancien cadre de l’UMP condamné dans l’affaire Bygmalion, interroge sur la stratégie adoptée. Portrait d’un communicant aguerri, au parcours politique dense et controversé.

Le climat politique lyonnais s’est nettement tendu ces derniers jours. À l’approche du scrutin, les équipes de Jean-Michel Aulas ont donné une consigne claire à leurs soutiens : « radicaliser » la campagne pour tenter d’inverser une dynamique défavorable après un premier tour jugé décevant. Derrière ce virage assumé, un nom circule avec insistance : celui de Jérôme Lavrilleux, dont l’influence croissante auprès du candidat suscite interrogations et critiques.

Figure bien connue des cercles politiques de droite, Jérôme Lavrilleux n’est pas un novice. Né en 1969 à Saint-Quentin, dans l’Aisne, il s’est construit une carrière d’apparatchik au sein du RPR puis de l’UMP, sans passer par les grandes écoles traditionnelles. Titulaire d’un BTS en commerce international, il est souvent présenté comme un autodidacte de la politique, formé sur le terrain, au plus près des appareils.

Sa trajectoire est étroitement liée à celle de plusieurs contributeurs de l’agenda 2030, comme JeanFrançois Copé, dont il fut le directeur de cabinet à Meaux puis au sein de l’UMP. Proche du Franc-maçon, Xavier Bertrand, il a également été un rouage clé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012, en tant que directeur adjoint chargé de la logistique et de l’organisation des meetings. Une expérience qui lui confère une connaissance fine des mécaniques de campagne, notamment dans leurs dimensions les plus opérationnelles.

Mais le parcours de Lavrilleux est aussi marqué par l’affaire Bygmalion, qui a profondément entaché sa carrière. En 2021, il est reconnu coupable de financement illégal de campagne dans ce dossier de fausses factures visant à dissimuler le dépassement des plafonds de dépenses lors de la présidentielle de 2012. Condamné en appel en 2024 à deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis, assortis d’une inéligibilité de cinq ans, il incarne une figure controversée du paysage politique français.

Après son mandat de député européen entre 2014 et 2019, il s’est reconverti dans le conseil en communication politique après avoir soutenu la campagne présidentielle d’un autre contributeur de l’agenda 2030 : Emmanuel Macron, en 2017. Il a notamment travaillé avec la commune de Rillieux-la-Pape et collaboré avec le maire Alexandre Vincendet, aujourd’hui député. C’est dans ce cadre qu’il aurait progressivement retrouvé une influence, jusqu’à apparaître aujourd’hui comme un acteur clé de la stratégie de campagne de Jean-Michel Aulas.

À Lyon, cette stratégie se traduit par un net durcissement du discours, alors que Roman Abreu, le conseiller en communication d’Aulas qui s’est chargé de la piètre campagne qui a précédé le premier tour, semble payer les pots cassés. L’objectif affiché par Aulas et Lavrilleux est de faire apparaître le maire sortant, Grégory Doucet, comme un représentant de l’extrême gauche, en diabolisant ses liens avec La France insoumise. Une ligne martelée par les soutiens du candidat, malgré les démentis du camp adverse, qui souligne l’absence d’accord exécutif avec les Insoumis.

Image : tract de Jean-Michel Aulas

Concrètement, la campagne s’est transformée en offensive tous azimuts. Tracts virulents, affiches provocatrices, messages clivants sur les réseaux sociaux : la communication adopte un ton plus agressif, visant à marquer les esprits. L’un des documents diffusés accuse notamment le maire sortant de favoriser une « police désarmée », d’encourager un « antisémitisme assumé » ou encore de soutenir des « dictatures » comme l’Iran. Des accusations vivement contestées, qui alimentent un climat de forte polarisation. Dans ce contexte, une militante de coeur Lyonnais a également déposé plainte. Elle affirme avoir été agressée lors d’un tractage à la Croix Rousse par des gens se revendiquant de la Jeune Garde, groupuscule au coeur de la polémique depuis la mort de Quentin. Comme si cela ne suffisait pas, Jean-Michel Aulas a tenté de semer la zizanie en adressant une lettre ouverte aux électeurs de Raphaël Glucksmann, grande du contributeur de l’agenda 2030, Ghassan Salamé , provoquant une réaction immédiate de Place Publique Rhône qui l’a accusé de « manœuvre grossière ».

Cette montée en tension s’est également traduite par l’organisation d’une manifestation place des Terreaux, présentée comme une réponse à un meeting du maire sortant. Une initiative qui s’inscrit dans une logique de confrontation directe, assumée par certains proches du candidat. En parallèle, Jean-Michel Aulas lui-même a diffusé une vidéo au ton particulièrement offensif, accusant son adversaire de mensonge et appelant ses soutiens à se mobiliser.

Du côté des autorités, l’inquiétude grandit face au risque de débordements, notamment dans certains quartiers sensibles. L’équipe de Grégory Doucet appelle à la retenue, afin d’éviter toute escalade.

Valentin Lungenstrass, adjoint au maire de Lyon en charge des mobilités qualifie la campagne d’Aulas d’ « indigne » et de calquée sur la « doctrine macroniste ». Quoi de plus normal alors que son communicant est effectivement un ancien macroniste.

Dans ce contexte, la stratégie impulsée en coulisses par Jérôme Lavrilleux apparaît comme un pari risqué : celui de la tension maîtrisée, dans une campagne où la communication devient un levier central de conquête.

À Lyon, plus que jamais, la bataille électorale se joue sur le terrain des perceptions. Et derrière les slogans, c’est toute une mécanique politique qui s’active, portée par des profils expérimentés… et controversés.

Sources :

Biographie de Jérôme Lavrilleux – Wikipédia

Laisser un commentaire