Dans les Landes, l’éviction brutale de la directrice départementale de la police nationale après une action d’agriculteurs provoque une vive polémique. Un préfet est accusé d’avoir sanctionné une stratégie jugée trop conciliante, tandis qu’un syndicat de commissaires dénonce une atteinte grave à l’indépendance de la chaîne de commandement policière. L’affaire remonte jusqu’au ministère de l’Intérieur.
L’affaire fait grand bruit bien au-delà des Landes et remonte jusqu’aux plus hauts niveaux de l’appareil d’État. La mise à l’écart d’Agnès Mazin-Bottier, directrice départementale de la police nationale (DDPN), suscite une vive controverse après une opération agricole menée devant la préfecture. En toile de fond, un désaccord profond sur la doctrine de maintien de l’ordre et sur les limites du pouvoir préfectoral face à la hiérarchie policière.
Les faits remontent au 11 janvier. Ce jour-là, des agriculteurs de la Coordination rurale organisent une action coup de poing devant la préfecture des Landes, dans un climat national de colère du monde paysan. Tas de fumier, palettes déposées, dégradations matérielles : les images de bâtiments publics souillés circulent rapidement. La situation est tendue, alors que les autorités cherchent à éviter un embrasement du mouvement agricole.
Sur le terrain, Agnès Mazin-Bottier privilégie une stratégie de dialogue et d’encadrement. Les forces de l’ordre contiennent l’action sans procéder immédiatement à des interpellations. Cette approche s’inscrit dans la ligne politique alors affichée par le gouvernement, qui insiste sur la nécessité d’« entendre la détresse du monde paysan » et d’éviter les affrontements directs. La manifestation se termine sans heurts majeurs, sans blessés ni violences graves.
Parallèlement, le préfet des Landes, Gilles Clavreul, engage une réponse judiciaire en déposant plainte contre des organisations agricoles pour dégradations, puis pour vol aggravé à la suite d’une autre action visant des installations de l’État. Sur le plan pénal, la réaction existe donc. Mais en coulisses, un conflit plus profond s’installe entre le représentant de l’État et la direction policière locale.
Selon le Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), le préfet reproche à la DDPN de ne pas avoir appliqué des instructions exigeant une intervention plus ferme, incluant des interpellations immédiates. Estimant que ses ordres n’ont pas été exécutés conformément à ses attentes, il décide de retirer Agnès Mazin-Bottier de ses fonctions opérationnelles.
Le syndicat affirme que la commissaire aurait reçu un message explicite : « Vous m’avez désobéi, vous êtes démise de vos fonctions ». Pour le SCPN, il ne s’agit ni d’un simple recadrage ni d’une réorganisation interne, mais d’une mise à l’écart brutale, rétroactive et juridiquement contestable. Peu après, la responsable policière est présentée comme partant en retraite anticipée, une formule que ses soutiens assimilent à une sortie contrainte.
Le syndicat dénonce une décision « arbitraire, illégale et humiliante » et accuse le préfet d’avoir outrepassé ses prérogatives en se substituant à la hiérarchie policière nationale. En principe, rappellent les commissaires, les sanctions et mouvements concernant les hauts responsables de la police relèvent du ministère de l’Intérieur et de la direction générale de la police nationale, non de l’autorité préfectorale seule.
Face à cette situation, le SCPN annonce saisir le ministère de l’Intérieur. Il réclame des éclaircissements sur le cadre juridique de la décision, sur la nature exacte des instructions données le 11 janvier et sur la réalité de la prétendue « désobéissance ». Selon le syndicat, la DDPN n’aurait pas refusé d’obéir, mais aurait choisi une modalité d’action différente, compatible avec la doctrine nationale de désescalade.
De son côté, Gilles Clavreul conteste fermement les accusations. Il qualifie de « grossièrement inexacts » les récits évoquant un limogeage illégal et affirme qu’il n’y a eu ni sanction disciplinaire ni abus d’autorité. Selon lui, il s’agit de l’exercice normal de ses prérogatives de représentant de l’État, qui peut retirer un commandement opérationnel lorsqu’une instruction n’est pas appliquée. Il défend la nécessité d’une réponse plus ferme face à des dégradations de bâtiments publics, estimant qu’une absence de réaction visible affaiblirait l’autorité de l’État.
Sources :
- Communiqué du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) sur la DDPN des Landes, mise à l’écart « arbitrairement et illégalement » de ses fonctions par le préfet.
- Article détaillé du Journal du Dimanche sur le limogeage contesté d’Agnès Mazin‑Bottier, directrice départementale de la police nationale dans les Landes, et la position du préfet Gilles Clavreul.
- Article d’analyse « Préfet des Landes vs Police : une mise à l’écart contestée » qui reprend le récit du SCPN et le contexte des manifestations agricoles.
- Article « Répression des agriculteurs : le pouvoir montre des signes de fracture » qui replace l’affaire dans la séquence plus large de la colère agricole et des tensions au sommet de l’État.
- Relais et reprises du récit syndical sur des sites et pages de mobilisation (Police & Réalités, réseaux sociaux militants), utiles pour suivre la viralisation de la formule « Vous m’avez désobéi, vous êtes démise de vos fonctions » mais à traiter comme des sources secondaires/militantes.