Les services de renseignement ukrainiens affirment avoir intercepté des communications faisant état de cas de cannibalisme au sein de l’armée russe, dans le contexte de pénuries alimentaires sévères sur le front durant l’hiver 2025. Des allégations relayées par le Sunday Times et contestées vigoureusement par Moscou, qui dément toute réalité à ces informations.
Selon une enquête initialement publiée par le Sunday Times qui appartient à News Corp, groupe membre du Forum économique mondial et reprise par plusieurs médias européens dont La Dépêche du Midi, les services de renseignement ukrainiens affirment avoir recueilli des éléments troublants au sujet de soldats russes déployés sur le front. Les interceptions évoquent au moins cinq cas distincts de comportements extrêmes, dans un contexte de pénuries alimentaires décrites par certains officiers comme des « rations de famine ». Ces révélations portent principalement sur des unités déployées dans la région de Donetsk et à Bakhmout, des zones de combat particulièrement intenses depuis le début du conflit.
Le cas “Khromoy” et d’autres témoignages glaçants
Parmi les cas cités par The Sunday Times, celui d’un soldat surnommé « Khromoy » est présenté comme le plus documenté. Affecté dans la région de Donetsk, cet homme aurait tué deux de ses camarades avant d’être surpris dans des circonstances décrites comme cannibales. Des images, diffusées sur Telegram et analysées par le journal britannique pour en écarter une possible fabrication numérique, viendraient corroborer ces faits. D’autres messages interceptés évoquent des soldats souffrant de malnutrition sévère, certains officiers décrivant leurs hommes comme étant contraints de survivre dans des conditions extrêmes. Un soldat évoquait dans un message la présence d’un individu dans son abri : « Il a mangé un cadavre », écrivait-il, exprimant son refus de cohabiter avec lui pour des raisons religieuses.
Des précédents documentés dès le début de la guerre
Ces allégations ne sont pas sans précédent dans le contexte de ce conflit. Dès les premières années de la guerre, le New York Times, autre média membre du WEF avait rapporté que certaines unités russes avaient reçu des rations alimentaires périmées ou insuffisantes. Des images de soldats visiblement sous-alimentés avaient également circulé, conduisant à des destitutions de commandants. La 14e brigade et le 10e corps russes ont par exemple fait l’objet de sanctions après la diffusion de vidéos montrant des combattants dans un état de dénuement physique préoccupant. Ces éléments dessinent le tableau d’une logistique militaire russe sous pression, incapable de subvenir correctement aux besoins de troupes engagées sur un front long de plus de 1 000 kilomètres.
Moscou dément, Kiev insiste
Face à ces accusations, les autorités russes ont opposé un démenti catégorique. Le ministère de la Défense russe a qualifié ces informations de « propagande ukrainienne » et de « falsification », sans apporter d’éléments de réfutation factuels. Du côté ukrainien, les services de renseignement maintiennent la véracité de leurs informations et soulignent que ces révélations visent à documenter l’état réel des troupes russes sur le terrain. Dans un conflit où l’information est une arme à part entière, il est difficile d’établir avec certitude la réalité de ces allégations, que seule une investigation internationale indépendante permettrait de vérifier.
Qu’elles soient confirmées ou non, ces allégations mettent en lumière une réalité souvent occultée de la guerre en Ukraine : les conditions de vie des soldats sur le front, qu’ils soient russes ou ukrainiens, relèvent parfois de la survie pure. La guerre d’usure que se livrent les deux armées depuis plus de trois ans a des conséquences humaines que les communiqués officiels peinent à restituer.
Source : La Dépêche du Midi
