À peine élu à la tête de la Colombie, Abelardo de la Espriella affiche une ligne de rupture avec la politique de « paix totale » menée par son prédécesseur Gustavo Petro. Le nouveau chef de l’État a accordé un délai d’un mois aux groupes armés illégaux pour se rendre, tout en promettant une offensive renforcée contre les organisations liées au narcotrafic. Cette annonce intervient dans un contexte de recrudescence des violences et de profondes interrogations sur l’avenir du processus de paix colombien.
Le nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella, élu lors du second tour de l’élection présidentielle du 21 juin 2026, a fixé un cap particulièrement ferme dès les premiers jours suivant sa victoire. L’avocat et homme d’affaires, qui a bâti sa campagne sur un discours sécuritaire, a lancé un ultimatum aux principaux groupes armés opérant dans le pays : ils disposent désormais d’un mois pour déposer les armes et se rendre aux autorités.
« Dans mon gouvernement, il n’y aura ni offres généreuses ni concessions inacceptables », a déclaré le président élu en annonçant sa stratégie. Une déclaration qui marque une rupture assumée avec la politique menée depuis 2022 par le président sortant Gustavo Petro, dont l’ambition de parvenir à une « paix totale » par la négociation avec les différentes guérillas et organisations criminelles a connu des résultats contrastés. Le nouveau chef de l’État affirme vouloir restaurer l’autorité de l’État dans les territoires où les groupes armés contrôlent toujours des pans entiers de l’économie locale grâce au trafic de cocaïne, à l’exploitation minière illégale ou encore aux enlèvements.
Une Colombie toujours marquée par soixante ans de conflit
Pour comprendre la portée de cette annonce, il faut revenir sur plusieurs décennies de conflit armé. Depuis les années 1960, la Colombie est confrontée à une guerre interne opposant l’État à plusieurs guérillas marxistes, notamment les anciennes Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et l’Armée de libération nationale (ELN), auxquelles se sont progressivement ajoutés des groupes paramilitaires et des organisations criminelles liées au narcotrafic. Le conflit a fait plus de 450 000 morts et des millions de déplacés selon les estimations des organismes internationaux.
Une étape majeure est intervenue en 2016, lorsque le gouvernement colombien et les FARC ont signé un accord de paix historique. Environ 13 000 combattants ont alors accepté de déposer les armes et de réintégrer la vie civile. Toutefois, plusieurs factions ont refusé l’accord ou ont repris les armes, donnant naissance à différentes dissidences qui continuent aujourd’hui de contrôler certaines régions stratégiques du pays.
L’échec relatif de la « paix totale » de Gustavo Petro
Premier président de gauche de l’histoire contemporaine de la Colombie, Gustavo Petro avait fait de la négociation avec l’ensemble des groupes armés le pilier de son mandat débuté en août 2022. Sa politique de « paix totale » visait à ouvrir des discussions avec les guérillas, les dissidents des FARC, mais également certains groupes criminels impliqués dans le narcotrafic.
Si cette stratégie a permis quelques avancées, notamment le dépôt volontaire des armes par 99 guérilleros de la Coordination nationale Armée bolivarienne (CNEB) le 18 juin 2026, plusieurs négociations se sont soldées par des échecs. Certaines organisations ont rompu les discussions tandis que les violences se sont intensifiées dans plusieurs départements du pays. La fragmentation des groupes armés a également compliqué les pourparlers. Là où l’État faisait autrefois face à quelques grandes organisations, il doit désormais composer avec une multitude de factions autonomes, souvent davantage motivées par les revenus du narcotrafic que par une idéologie politique.
Le narcotrafic au cœur des priorités
La Colombie demeure aujourd’hui le premier producteur mondial de cocaïne. Cette économie clandestine représente la principale source de financement des groupes armés qui contrôlent des territoires ruraux difficiles d’accès. Abelardo de la Espriella entend donc faire de la lutte contre le narcotrafic une priorité absolue de son mandat. Son programme prévoit un renforcement des opérations militaires, une coopération accrue avec les États-Unis ainsi qu’une présence renforcée des forces de sécurité dans les régions les plus touchées.
Selon lui, il ne peut y avoir de véritable processus de paix tant que les organisations criminelles disposent de ressources financières considérables grâce au commerce international de la cocaïne. Cette approche sécuritaire tranche avec celle de son prédécesseur, qui privilégiait davantage les négociations politiques et les solutions sociales pour réduire durablement les violences.
L’ultimatum lancé par le nouveau président intervient alors que certains groupes armés, notamment l’ELN, avaient récemment laissé entendre qu’ils restaient disposés à reprendre le dialogue avec le futur gouvernement. Dans le même temps, ces organisations ont affirmé être prêtes à résister à une éventuelle offensive militaire. Les prochaines semaines seront donc déterminantes. Si certains groupes choisissent effectivement de déposer les armes, le gouvernement pourra revendiquer un succès politique rapide. À l’inverse, un refus pourrait conduire à une intensification des opérations militaires et à une nouvelle phase de confrontation armée dans plusieurs régions du pays.
Cette séquence ouvre ainsi un nouveau chapitre de l’histoire colombienne, dix ans après l’accord de paix de 2016. Entre volonté de restaurer l’autorité de l’État et nécessité de mettre un terme durable aux violences, le nouveau pouvoir entend privilégier la fermeté face aux groupes armés et aux réseaux du narcotrafic.
Sources :
- Le Monde – 26 juin 2026 – https://www.lemonde.fr/international/article/2026/06/26/colombie-le-president-elu-d-extreme-droite-donne-un-mois-aux-groupes-armes-pour-se-rendre-et-promet-la-fermete-contre-le-narcotrafic_6715468_3210.html
- AFP via Boursorama – 19 juin 2026 – https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/colombie-accord-de-paix-avec-le-gouvernement-petro-une-centaine-de-guerilleros-deposent-les-armes-5cd6365ae85c5652a112008ddb94b61b
- Reuters – 17 juin 2026 – https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/colombie-l-eln-ouverte-au-dialogue-avec-le-futur-president-mais-se-dit-prete-a-survivre-a-une-off-ce7f5cdcdc8cf726
