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Photo : @Jeanne Menjoulet / Flickr

Canicule : le gouvernement pourra désormais imposer l’arrêt des chantiers pendant les heures les plus chaudes

Face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême en France, le gouvernement a renforcé sa réglementation afin de mieux protéger les travailleurs exposés aux fortes températures. Depuis l’entrée en vigueur d’un nouveau cadre légal en 2025, les autorités disposent de moyens accrus pour suspendre certaines activités, notamment sur les chantiers du BTP, lorsque les conditions météorologiques présentent un risque pour la santé. Une évolution qui s’inscrit dans un contexte de réchauffement climatique marqué par des records de chaleur de plus en plus fréquents.

Les images d’ouvriers travaillant sous un soleil écrasant pourraient progressivement devenir moins fréquentes lors des épisodes de canicule. Depuis le 1er juillet 2025, un nouveau dispositif réglementaire permet en effet aux autorités de renforcer les mesures de protection des salariés exposés aux fortes chaleurs, avec la possibilité d’interrompre certaines activités lorsque les conditions deviennent dangereuses. Les chantiers du bâtiment et des travaux publics figurent parmi les secteurs les plus concernés.

Cette évolution découle du décret n°2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur. Publié au Journal officiel le 1er juin 2025, le texte est entré en application un mois plus tard et marque une étape importante dans l’adaptation du droit du travail aux conséquences du changement climatique.

Jusqu’à présent, les employeurs avaient déjà l’obligation générale de protéger la santé et la sécurité de leurs salariés. Toutefois, les règles spécifiques relatives aux épisodes de chaleur restaient relativement limitées et parfois difficiles à faire appliquer. Le nouveau décret introduit désormais des dispositions précises liées aux niveaux de vigilance météorologique établis par Météo-France.

Concrètement, lorsque des épisodes de chaleur intense sont identifiés à travers les vigilances jaune, orange ou rouge du dispositif national « canicule », les entreprises doivent adapter leur organisation. Cela peut passer par un réaménagement des horaires, l’augmentation des temps de repos, la mise à disposition d’équipements de protection ou encore la suspension des tâches les plus pénibles durant les heures les plus chaudes de la journée.

Pour les chantiers du BTP, particulièrement exposés aux risques de déshydratation, de malaise ou de coup de chaleur, la réglementation va encore plus loin. Les périodes de canicule sont désormais reconnues comme des conditions atmosphériques pouvant ouvrir droit au régime d’indemnisation des intempéries. Cette disposition permet d’arrêter un chantier lorsque les températures rendent le travail dangereux, tout en limitant les conséquences financières pour les salariés concernés.

Cette réforme intervient alors que la France connaît des épisodes de chaleur de plus en plus intenses. Selon Météo-France, les vagues de chaleur sont aujourd’hui plus fréquentes, plus longues et plus sévères qu’au cours des décennies précédentes. L’été 2025 avait déjà été marqué par plusieurs alertes canicule dans de nombreux départements. En juin 2026, le pays a franchi un nouveau cap avec plusieurs records thermiques battus à l’échelle nationale. La nuit du 22 au 23 juin 2026 a notamment été annoncée comme la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des relevés modernes en 1947.

Dans ce contexte, les pouvoirs publics cherchent à éviter la répétition de situations parfois dramatiques observées ces dernières années. Les travailleurs du bâtiment figurent parmi les professions les plus vulnérables face aux fortes chaleurs. Les risques vont bien au-delà de l’inconfort. Déshydratation, épuisement thermique, pertes de vigilance, accidents du travail ou encore coups de chaleur peuvent avoir des conséquences graves, voire mortelles.

Les employeurs doivent désormais intégrer ce risque dans leur évaluation globale des conditions de travail. Lorsque la chaleur représente un danger identifié, ils sont tenus de mettre en œuvre des mesures adaptées. L’accès à l’eau potable fraîche doit être garanti en permanence et renforcé lorsque les températures augmentent. Sur les chantiers dépourvus d’eau courante, un minimum de trois litres d’eau par jour et par salarié doit être assuré. Des dispositifs de ventilation, de protection contre le rayonnement solaire ou encore des zones d’ombre peuvent également être exigés.

L’inspection du travail dispose par ailleurs de moyens accrus pour contrôler le respect de ces obligations. En cas de manquement, elle peut intervenir afin d’exiger des mesures correctives, voire demander l’arrêt temporaire de certaines activités présentant un danger immédiat pour les salariés.

Cette évolution réglementaire témoigne d’un changement de paradigme. Longtemps considérées comme des événements exceptionnels, les canicules deviennent progressivement un paramètre structurel de l’organisation du travail. Les autorités françaises cherchent désormais à adapter durablement les conditions d’exercice des métiers les plus exposés, alors que les projections climatiques annoncent une augmentation continue de la fréquence des épisodes de chaleur extrême au cours des prochaines décennies.

Sources :

[Prévention BTP] – Canicule sur les chantiers du BTP : 5 actions pour travailler en sécurité sur les chantiers – Prévention BTP

[DREETS Hauts-de-France] – Chaleur et canicule au travail (25 mai 2026) – DREETS Hauts-de-France

[Service Public] – Chaleur : quelles obligations pour l’employeur ? (27 mai 2026) – Service Public

[Fonction publique] – Chaleur intense, canicule et travail des agents publics (mise à jour 27 mai 2026) – Fonction publique

[DREETS Provence-Alpes-Côte d’Azur] – Fortes chaleurs : un nouveau cadre légal pour les employeurs entre en vigueur aujourd’hui (1er juillet 2025) – DREETS PACA

[Ministère de l’Économie] – Canicule : quelles sont vos obligations en tant qu’employeur ? (24 juin 2025) – Ministère de l’Économie

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