Le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a déclaré le 20 juin 2026 que les épisodes caniculaires ont, « à moyen terme, clairement, un effet négatif sur la croissance ». Ces déclarations interviennent alors que Météo France plaçait une soixantaine de départements en alerte orange canicule, une situation qui illustre les défis économiques croissants posés par le dérèglement climatique.
Interrogé sur France Inter, Emmanuel Moulin, entré en fonction début juin à la tête de la banque centrale française, a nuancé l’analyse des effets immédiats des vagues de chaleur sur l’économie. À très court terme, a-t-il expliqué, les impacts se révèlent « quelque peu ambigus » : d’un côté, la productivité des travailleurs baisse sous l’effet du stress thermique et les chantiers ralentissent ; de l’autre, la consommation d’énergie augmente fortement, notamment via l’usage de la climatisation, ce qui peut soutenir temporairement certains secteurs. En revanche, à moyen terme, le tableau est sans équivoque : les canicules, les sécheresses et les grands incendies de forêt exercent une pression négative durable sur l’activité économique.
Trois secteurs particulièrement exposés
Selon les analyses de la Banque de France, les secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’agriculture ainsi que celui des biocarburants figurent parmi les plus vulnérables aux aléas climatiques de type « sec ». Dans un scénario défavorable combinant canicules répétées, sécheresses et incendies sans réponse politique suffisante, le PIB français pourrait être amputé de façon significative, avec des reculs de production particulièrement marqués dans ces trois filières. La structure sectorielle de l’économie française, plus exposée à ce type d’aléas que d’autres économies européennes, constitue un facteur aggravant selon les économistes de l’institution.
Un appel à mobiliser les capitaux privés
Au-delà du diagnostic économique, le gouverneur de la Banque de France a plaidé pour une mobilisation accrue des investissements en faveur de la décarbonation. Il a souligné que les ressources publiques ne sauraient à elles seules financer la transition climatique, appelant explicitement le secteur financier et le secteur privé à s’engager davantage. « Ce n’est pas seulement l’argent public qui doit être mobilisé », a-t-il affirmé, soulignant le rôle central que les banques et les assureurs doivent jouer, non seulement comme financeurs de la transition, mais aussi comme acteurs directement exposés aux risques climatiques dans leurs bilans.
Le changement climatique, risque systémique pour la finance
Emmanuel Moulin a rappelé que la Banque de France et la Banque centrale européenne considèrent depuis plusieurs années le changement climatique comme un risque systémique pour le secteur financier. Les actifs des banques et des compagnies d’assurance sont directement impactés par les événements climatiques extrêmes : hausse des sinistres, dévalorisation d’actifs dans des zones à risque, ou encore renchérissement du coût du réassurance. Cette prise de conscience institutionnelle se traduit désormais par des exercices de stress tests climatiques menés auprès des établissements financiers, destinés à mesurer leur résilience face à des scénarios de réchauffement accéléré.
Dans un contexte où la France enchaîne les épisodes de chaleur extrême plus tôt et plus fréquemment dans l’année, les déclarations du nouveau gouverneur de la Banque de France marquent une étape supplémentaire dans la reconnaissance officielle des coûts économiques du dérèglement climatique. La question de l’adaptation de l’économie française à ce nouveau régime climatique s’impose désormais comme une donnée structurelle dans les projections macroéconomiques.
X-Pression Academy
Envie de maîtriser le journalisme augmenté par l’intelligence artificielle ? X-Pression Academy forme les rédactions et les indépendants aux outils d’IA pour gagner en autonomie, en créativité et en qualité.