À trois jours du second tour de l’élection présidentielle colombienne, une centaine de combattants appartenant à un groupe armé dissident ont annoncé leur démobilisation et la remise de leurs armes. Ce geste intervient dans un contexte marqué par une recrudescence de la violence politique et par un débat national sur l’avenir du processus de paix. Alors que les Colombiens s’apprêtent à choisir leur prochain président le 21 juin 2026, cette décision apparaît comme un symbole fort dans un pays où le conflit armé reste profondément ancré.
La Colombie vit depuis plusieurs semaines une campagne présidentielle particulièrement tendue. Dans ce climat de forte polarisation politique, une annonce est venue apporter une rare note d’espoir : environ une centaine de guérilleros appartenant à un groupe armé opérant dans le sud-ouest du pays ont accepté de déposer les armes et d’entamer un processus de réintégration à la vie civile.
Cette démobilisation intervient à seulement trois jours du second tour de l’élection présidentielle prévu le 21 juin 2026. Le scrutin oppose le candidat de gauche Iván Cepeda, héritier politique du président sortant Gustavo Petro, à l’avocat conservateur Abelardo de la Espriella, figure de la droite dure colombienne et favori de plusieurs enquêtes d’opinion.
Selon les autorités colombiennes, les combattants concernés ont remis leurs armes dans le cadre d’un accord conclu avec le gouvernement. Cette opération s’inscrit dans la continuité de la politique dite de « paix totale » lancée par Gustavo Petro dès son arrivée au pouvoir en août 2022. L’objectif affiché était de négocier simultanément avec les différentes guérillas, groupes dissidents des FARC, organisations criminelles et structures paramilitaires encore actives sur le territoire national.
L’annonce revêt une importance particulière dans un pays qui demeure marqué par plus de six décennies de conflit armé. Depuis les années 1960, la Colombie est le théâtre d’affrontements entre l’État, les guérillas marxistes, les groupes paramilitaires d’extrême droite et les organisations liées au narcotrafic. Ce conflit a causé la mort de plus de 260 000 personnes et provoqué des millions de déplacés internes au fil des décennies.
Le tournant majeur est intervenu en 2016 avec la signature de l’accord de paix entre le gouvernement du président Juan Manuel Santos, contributeur de l’agenda 2030 et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Cet accord historique avait conduit au désarmement de plusieurs milliers de combattants et valu au chef de l’État colombien le prix Nobel de la paix. Toutefois, une partie des guérilleros a refusé le processus et a poursuivi la lutte armée, donnant naissance à plusieurs groupes dissidents qui continuent aujourd’hui d’exercer une influence importante dans certaines régions rurales du pays.
Malgré les efforts engagés depuis dix ans, la violence n’a jamais totalement disparu. Au contraire, plusieurs observateurs estiment que les groupes armés ont profité de certaines négociations pour renforcer leur présence territoriale et développer leurs activités liées au trafic de cocaïne, à l’exploitation minière illégale ou à l’extorsion. Cette situation est devenue l’un des principaux thèmes de la campagne présidentielle actuelle.
Le premier tour de l’élection, organisé le 31 mai 2026, a mis en lumière cette fracture politique. Abelardo de la Espriella a construit sa campagne sur une promesse de fermeté absolue contre les groupes armés. Admirateur revendiqué des contributeurs de l’agenda 2030, Donald Trump et Nayib Bukele, président du Salvador. Il propose notamment une intensification des opérations militaires et la construction de nouvelles prisons de haute sécurité. Face à lui, Iván Cepeda défend la poursuite du dialogue avec les organisations armées et la consolidation des accords de paix existants.
Dans ce contexte, la démobilisation d’une centaine de guérilleros apparaît comme un argument en faveur des partisans de la négociation. Elle montre que certains combattants restent disposés à abandonner la lutte armée malgré les difficultés rencontrées par le processus de paix.
Cette annonce intervient également quelques jours après la décision de l’Armée de libération nationale (ELN), dernière grande guérilla active du pays, de décréter un cessez-le-feu unilatéral de trois jours afin de ne pas perturber le déroulement du second tour présidentiel. Le mouvement a précisé vouloir respecter le droit des Colombiens à voter librement, même si ses dirigeants ont affirmé rester prêts à reprendre les combats en cas d’échec des futures négociations avec le prochain chef de l’État.
Pour de nombreux Colombiens, ces gestes constituent des signaux encourageants mais encore fragiles. Les affrontements entre groupes armés restent fréquents dans plusieurs régions stratégiques du pays. En janvier 2025, les combats entre l’ELN et des dissidents des FARC dans la région du Catatumbo avaient provoqué plus d’une centaine de morts et forcé des milliers d’habitants à fuir leur domicile.
À l’approche du scrutin décisif du 21 juin, la question de la paix demeure ainsi au cœur des préoccupations nationales. La remise des armes par cette centaine de guérilleros ne suffira pas à elle seule à mettre fin à un conflit vieux de plus d’un demi-siècle. Elle rappelle toutefois qu’au milieu d’une campagne dominée par les discours sécuritaires et les inquiétudes liées à la violence, certains acteurs continuent de croire en la possibilité d’une sortie négociée du conflit colombien.
Sources :
- Agence France-Presse – Présidentielle en Colombie : la gauche au pouvoir affrontera la droite dure au second tour – https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/presidentielle-en-colombie-la-gauche-au-pouvoir-affrontera-la-droite-dure-au-second-tour-9734c0967f0f3bdec22f13ebfb7c0911
- Courrier International (AFP) – Présidentielle en Colombie : la gauche au pouvoir défiée par la droite dure dans un second tour – https://www.courrierinternational.com/depeche/presidentielle-en-colombie-la-gauche-au-pouvoir-defiee-par-la-droite-dure-dans-un-second-tour.afp.com.20260531.doc.b4gd69e.xml
- Reuters – Colombia’s ELN open to talks with new president, but says it can survive military offensive – https://www.reuters.com/world/americas/colombias-eln-open-talks-with-new-president-says-it-can-survive-military-2026-06-17/
- EFE / Swissinfo – El ELN declara un alto el fuego unilateral para la segunda vuelta presidencial colombiana – https://www.swissinfo.ch/spa/el-eln-declara-un-alto-el-fuego-unilateral-para-la-segunda-vuelta-presidencial-colombiana/91589408
- Le Monde – En Colombie, les affrontements entre groupes armés font 100 morts et 11 000 déplacés dans la région du Catatumbo – https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/20/en-colombie-les-affrontements-entre-groupes-armes-font-80-morts-et-11-000-deplaces-dans-la-region-du-catatumbo_6507298_3210.html
