L’Initiative européenne de paiements (EPI) a officialisé un partenariat réunissant les principales plateformes de paiement mobile du continent. A partir de 2026, 130 millions d’utilisateurs répartis dans plus d’une dizaine de pays européens auront accès à un système de paiement entièrement souverain, sans transit de données via des serveurs américains. Une alternative concrète à Visa et Mastercard prend forme.
L’Initiative européenne de paiements est un consortium fondé par de grandes banques européennes pour créer une infrastructure de paiement commune, alternative aux réseaux américains Visa et Mastercard. La coalition réunit désormais plusieurs plateformes nationales : Wero en France et en Belgique, Bizum en Espagne, Bancomat en Italie, MB WAY au Portugal, Vipps MobilePay dans les pays nordiques. Ensemble, ces services couvrent déjà plus de 130 millions d’utilisateurs actifs. A terme, EPI ambitionne de couvrir 72% de la population de l’Union européenne et de la Norvège, soit plusieurs centaines de millions de personnes réparties dans douze pays membres.
Un calendrier progressif à partir de 2026
La feuille de route prévoit le déploiement des virements entre particuliers à partir de 2026 dans l’ensemble des pays membres. Les paiements en ligne et en magasin, qui constituent l’essentiel du volume transactionnel, sont annoncés pour 2027. Un prototype fonctionnel baptisé EuroPA relie déjà l’Espagne, le Portugal, l’Italie et Andorre depuis mars 2025. Six millions d’euros de transactions ont été réalisés lors de sa première année d’activité, un volume encore modeste mais qui valide la faisabilité technique du système transfrontalier en conditions réelles. Les pays couverts par le déploiement de 2026 incluent la France, l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, le Danemark, la Norvège, la Suède et Andorre.
La souveraineté des données au coeur du projet
L’argument central d’EPI n’est pas uniquement économique. Le projet est explicitement présenté comme une réponse à la dépendance de l’Europe vis-à-vis d’infrastructures de paiement américaines, qui implique que l’ensemble des données transactionnelles des Européens transite par des entreprises soumises au droit américain. Avec EPI, aucune donnée ne transitera par des serveurs hors de l’Union européenne : chaque transaction restera sur une infrastructure strictement européenne, opérée par des entités soumises au Règlement général sur la protection des données. Ce positionnement résonne particulièrement dans le contexte des tensions géopolitiques et commerciales actuelles, qui ont ravivé le débat sur la souveraineté numérique du continent.
Un défi commercial face à des réseaux mondiaux ultra-établis
Le principal obstacle d’EPI n’est pas technique mais commercial. Visa et Mastercard bénéficient d’une présence universelle, d’une infrastructure sécurisée éprouvée depuis des décennies et d’une acceptabilité quasi-totale dans les commerces du monde entier. Convaincre les consommateurs et les commerçants d’adopter un nouveau standard demande du temps et des investissements marketing considérables. Les acteurs d’EPI misent sur la familiarité des applications nationales existantes – Wero est déjà utilisé par des millions de Français pour les virements entre proches – pour accélérer l’adoption. La question de l’acceptation internationale, hors de la zone EPI, reste en revanche entière pour les voyageurs et les achats transfrontaliers.
Le pari d’EPI est ambitieux mais cohérent. Si les 130 millions d’utilisateurs prévus au démarrage adoptent le système pour leurs paiements quotidiens, l’Europe disposera enfin d’une infrastructure financière réellement souveraine. Ce n’est pas seulement une question de technologie de paiement : c’est un acte politique qui dit quelque chose de la volonté du continent à reprendre le contrôle de ses données financières.
Source : Les Numériques
